BEAT GENERATION

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Préhistoire

Le noyau originel de ce qui allait devenir, l'orchestration publicitaire aidant, la beat generation, naquit de la rencontre à New York, en 1943-1944, d'un trio improbable : Kerouac, Ginsberg et Burroughs. William Burroughs (1914-1997) avait déjà trente ans ; après des études d'anthropologie à Harvard, il vivait de petits métiers et jouait au chat et à la souris avec la brigade des stupéfiants. Burroughs restera toujours proche de ses amis beat, mais on peut penser que, sans la beat generation, il aurait tout de même écrit, avec un glacial humour d'arnaqueur pince-sans-rire, à mi-chemin entre W. C. Fields et Jonathan Swift, les textes où (depuis Junkie, 1953, et The Naked Lunch, 1959) il débusque les pièges, linguistiques et autres, par où le système social nous traque. Jack Kerouac (1922-1969), d'une famille franco-canadienne, avait joué au football américain, navigué dans la marine marchande ; il rêvait d'être un nouveau Jack London, un second Thomas Wolfe. Quant à Allen Ginsberg (1926-1997, né à Paterson (New Jersey), où son père, poète lui-même, était instituteur, il n'était encore qu'un tout jeune étudiant à l'université Columbia où ses frasques faisaient scandale.

William Burroughs

Photographie : William Burroughs

L'écrivain américain William Burroughs (1914-1997), compagnon de route de la beat generation. 

Crédits : Ulf Andersen/ Hulton Getty

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Le trio fréquente le monde des paumés et des drogués de Times Square, se frotte à la petite pègre des « rues sans joie », découvre aussi l'envers nocturne de la grande ville, le jazz de Harlem comme « l'aube blafarde des clochards à la dérive ». John Clellon Holmes (1930-1988) a évoqué le climat de ces années dans Go (1952), le premier roman beat. Depuis le xixe siècle, le mot beat désignait le vagabond du rail voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises, dormant la nuit dans les « jungles » en contrebas des remblais. Passé dans le lexique des jazzmen noirs (Man, I'm beat) auxquels les beats l'empruntèrent comme le reste de leur argot (hip, dig, jive), il en vint à signifier une démarche, une manière de traverser la vie : être beat, c'était être en bout de course, à bout de souffle, exténué, « foutu » – l'impression « d'être réduit au tréfonds de la conscience, d'être acculé au mur de soi-même » (Holmes) et de survivre, furtivement, dans les marges clandestines du monde urbain. Cette sensibilité de marginal, déjà esquissée par les films noirs où jouait Bogart, voire dès 1931 par Peter Lorre et sa manière, souvent imitée, de frôler les murs dans M le Maudit de Fritz Lang, Kerouac y vit le style propre à toute une génération ; il inventa le label : il y avait eu la « génération perdue », celle-ci était la génération « foutue » qui, parvenue au bout de la route, continuait « furtivement » à marcher. Norman Mailer (1926-2007), compagnon de route des beats, devait en 1957 faire une brillante analyse de ce « style » dans son essai The White Negro.

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  • : professeur de littérature américaine à l'université de Paris-IV-Sorbonne et à l'École normale supérieure

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Pour citer l’article

Pierre-Yves PÉTILLON, « BEAT GENERATION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/beat-generation/