BAUHAUS

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La pensée diffusée

Dès sa création, le Bauhaus provoqua de nombreuses réactions : une affiche placardée sur les murs de Weimar, « la ville de Goethe », demandait aux habitants de participer, le 22 janvier 1919, à une manifestation pour la défense de la Hochschule für bildende Kunst, « menacée de ruine par la prédominance exclusive d'une certaine tendance ». D'un autre côté, l'initiative de Gropius exerça un attrait considérable sur les artistes et les savants européens, puisque quelques-uns parmi les plus grands enseignèrent au Bauhaus ou lui rendirent visite (Theo Van Doesburg, Marcel Duchamp, Albert Gleizes, El Lissitzky, Amédée Ozenfant) ou le soutinrent (Arnold Schönberg, Béla Bartók, Max Reinhardt, Albert Einstein). Le succès des fêtes continuelles qui y étaient données témoigne de sa vitalité. L'orchestre de jazz du Bauhaus, les bals costumés, prétexte à toutes les fantaisies, les représentations théâtrales et les ballets sont restés célèbres.

Mais, dès 1919, on parlait de « bolchevisme culturel à extirper ». L'évolution du Bauhaus, selon la volonté de Gropius et dans un esprit identique à celui de Le Corbusier, le conduisait à rechercher des standards. Craignant une uniformisation du décor, les individualistes rejetèrent en bloc l'institution. Vers 1950 encore, on verra Frank Lloyd Wright résumer ainsi ce point de vue : « Ces architectes du Bauhaus ont fui le totalitarisme politique en Allemagne pour venir installer leur propre totalitarisme dans le domaine de l'art aux État-Unis [...]. Pourquoi me méfier de l'« internationalisme » comme du communisme et pourquoi le défier ? Parce que tous deux doivent, d'après leur nature, conduire au même nivellement, au nom de la civilisation... [Ces architectes] ne sont pas des gens sains. » De fait, les milieux conservateurs, qui ne pouvaient manquer d'associer innovation avec « communisme », chassèrent le Bauhaus de Thuringe.

Pourtant, en août 1923, la Semaine du Bauhaus avait partout suscité un bel enthousiasme. À la demande du gouvernement provincial, une exposition avait été organisée autour du thème : « Art et Technique : une nouvelle unité », qui permit de faire le point de quatre ans d'activité. Les manifestations les plus variées eurent lieu, dont la représentation au théâtre de Weimar de l'Histoire du soldat de Stravinski et du Ballet triadique d'Oskar Schlemmer ; mais la maison Am Horn resta la réalisation la plus commentée : conçue par Gropius, qui laissa Georg Muche la réaliser, elle était de plan carré, les pièces s'organisant autour de la salle de séjour centrale ; elle était entièrement meublée et décorée par les ateliers du Bauhaus.

Déclaré « antigermanique » et « dégénéré », le Bauhaus cessa toute activité en 1933. Pourtant, il continua et continue encore aujourd'hui à avoir une influence dans tous les milieux artistiques (et industriels). De nombreuses écoles européennes ont adopté ses méthodes : l'Académie Műhely à Budapest, avant-guerre ; la Hochschule für Gestaltung fondée par Max Bill à Ulm, après-guerre. En recevant les principaux animateurs de Dessau, les États-Unis ont recueilli l'héritage du Bauhaus : Gropius fut nommé à la Harvard University et Mies van der Rohe à l'Illinois Institute of Technology ; Moholy-Nagy, en 1937, créa à Chicago le New Bauhaus, repris après sa mort par Serge Chemayeff sous le nom d'Institute of Design. Josef Albers enseigna au Black Mountain College, puis à la Yale University.

Pour sa part, l'industrie comprit le profit qu'elle pouvait retirer de l'idée du Bauhaus, selon laquelle un objet bien dessiné se vend mieux ; les nombreux objets produits au Bauhaus (tissus d'Anni Albers, luminaires de Marianne Brandt...) n'ont rien perdu de leur actualité ; les meubles tubulaires de Marcel Breuer – notamment ses chaises en cantilever – qui furent les premiers sont encore édités aujourd'hui et copiés sans vergogne.

Chaises, M. Breuer, Bauhaus

Photographie : Chaises, M. Breuer, Bauhaus

Chaises. Exposition du Bauhaus en 1925. La rangée de gauche correspond à la chaise B32 de Michel Breuer. 

Crédits : AKG-images

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Enfin, le Bauhaus a largement favorisé le développement de l'art abstrait par la publication, dans la remarquable série des Bauhausbücher, des écrits de peintres : Grundbegriffe der neuen gestaltenden Kunst de Theo Van Doesburg (1925) ; Du [...]

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Pour citer l’article

Serge LEMOINE, « BAUHAUS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bauhaus/