BANQUE - La crise des subprimes et le système bancaire

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Les origines de la crise

Les origines de la crise sont principalement de deux ordres, macroéconomique et réglementaire : les politiques monétaires expansives du début des années 1990 se sont conjuguées à la déréglementation, amorcée dès la fin de la décennie de 1970 pour accroître le désordre concurrentiel dans tous les compartiments de l'industrie financière.

La déréglementation financière

La déréglementation financière trouve ses mécanismes déclencheurs dans l'essor des euromarchés à Londres dès les années 1960, la croissance de la finance institutionnelle et, à partir des années 1980, la recherche par les pouvoirs publics de moyens non inflationnistes de financement des administrations et des entreprises.

Pour satisfaire les revendications des banquiers et promouvoir des « champions nationaux » capables de rivaliser au niveau mondial, les gouvernements sont revenus sur la norme séparant strictement les activités de banque commerciale et de banque d'affaires. L'avènement de la banque universelle a ainsi accentué la concentration du secteur bancaire et créé de véritables multinationales financières.

L'accentuation de ces tendances dans les années 1990 modifie le cœur de métier des banques. Plutôt que de garder dans leurs portefeuilles les crédits qu'elles allouent, elles les « titrisent » : elles les regroupent dans des titres représentatifs de ces créances pour ensuite les vendre sur de nouveaux « marchés dérivés », après que les agences de notation les ont évalués. Les paiements effectués par l'emprunteur initial ne sont donc plus encaissés par la banque à l'origine du prêt, mais reversés aux détenteurs ultimes du produit de la titrisation. Ce modèle semblait offrir aux banques et à leurs actionnaires, avides de rendement, un rapport rentabilité/risque incomparablement meilleur que celui de leur métier traditionnel de collecte de dépôts et octroi de crédits. Afin d'exploiter pleinement toute nouvelle opportunité de profit, les banques ont développé leurs activités de négoce pour compte propre, renforcées par un puissant effet de levier qui permet de multiplier la rentabilité des capitaux engagés, mais aussi – en cas de revers – de démultiplier les pertes.

À la fin du xxe siècle, les plus grandes banques des principales économies développées disposent donc d'un cadre réglementaire particulièrement favorable à leur essor, et plus particulièrement à l'accroissement vertigineux des volumes de capitaux qu'elles s'échangent principalement sur des marchés de gré à gré, dans des conditions toujours plus opaques et incontrôlables par les régulateurs. Le système des bonus incitait les traders à prendre des risques à court terme, tandis que le recours systématique aux stock-options encourageait les dirigeants des banques à fermer les yeux devant les agissements de leurs golden boys.

La politique accommodante de la Réserve fédérale

De la résolution des krachs boursiers de 1987 et de 2001 au financement des « déséquilibres globaux » en passant par le surcroît de crédits souscrits par les ménages américains, on retrouve à chaque fois la politique monétaire du président de la Réserve fédérale des États-Unis, Alan Greenspan. Pour le banquier central, si les pouvoirs publics ne peuvent pas éviter les crises, ils devraient en revanche fournir aux opérateurs financiers les liquidités nécessaires pour contenir les embardées de la Bourse. C'est cette politique qu'il a appliquée dès sa prise de fonction, en 1987. Cette liquidité bon marché devait en outre permettre aux États-Unis de financer ses déficits public et commercial par la mobilisation de l'épargne cumulée dans les pays asiatiques et moyen-orientaux. Les premiers ont joué le jeu pour continuer à exporter dans les pays occidentaux ; les seconds plaçaient leurs rentes pétrolières tout en renforçant leurs relations diplomatiques avec la première puissance mondiale. Enfin, les largesses de la Réserve fédérale ont permis aux ménages américains de recourir massivement aux crédits pour soutenir leur train de vie, à mesure que les revenus réels de la plupart d'entre eux stagnaient ou croissaient incomparablement moins vite que ceux des plus riches. Dans ce cadre, l'emprunt immobilier participait non seulement au soutien de la demande globale, mais il procédait aussi d'un choix politique assumé, celui de « renfor[cer] le soutien au capitalisme de marché » par le biais de l'accès généralisé à la propriété immobilière comme, Alan Greenspan le souligna en 2007 dans ses Mémoires.

Cette configuration macroéconomique, qui fondait sur l'endettement le modèle de croissance, n'a pas vraiment alarmé les régulateurs nationaux et internationaux, probablement en raison de la longue, quoique instable, période de croissance économique qui précéda la crise et du recours dans les économies occidentales aux biens importés des pays émergents qui écartaient les risques de tensions inflationnistes. Les autorités considéraient alors qu'un tel « modèle » confirmait le bien-fondé des politiques de déréglementation financière : les marchés, considérés comme « efficients » et « autorégulateurs », devaient être libres d'allouer les ressources à l'échelle du monde en recourant à des « innovations financières » qui facilitaient les mouvements de capitaux et les transferts des risques. La conjonction des politiques monétaire et de déréglementation a donc accentué une concurrence anomique sur tous les segments de l'industrie financière, caractérisée par une foule d'intermédiaires et par la domination de quelques institutions gigantesques. Plutôt que d'insuffler une quelconque « discipline de marché », la concurrence généralisée s'est traduite par l'accroissement des pratiques commerciales les plus risquées, couvertes par la certification du « triumvirat » des agences de notation (Standard & Poor's, Moody's et Fitch).

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Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Paris-Dauphine
  • : professeur de finance à l'European business school, responsable du pôle de recherche en finance de l'Institut de recherche de l'European business school (I.R.E.B.S.)

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Pour citer l’article

Paul LAGNEAU-YMONET, Angelo RIVA, « BANQUE - La crise des subprimes et le système bancaire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/banque-la-crise-des-subprimes-et-le-systeme-bancaire/