BANLIEUE

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Genèse et évolution de la notion

Le terme « banlieue » est apparu dans la langue française dès le xiiie siècle. Il vient du mot « ban », qui désignait la proclamation d'un suzerain s'appliquant à un territoire autour d'une ville. La banlieue était une couronne d'une lieue, où s'exerçait la juridiction de l'autorité citadine en raison de la proximité de la ville. Ce territoire était soumis à certains règlements d'administration et de police pour des raisons militaires et économiques : par exemple, ne pas gêner les fortifications et la défense, écarter les artisans qui pourraient travailler pour la ville sans être soumis aux règlements des corporations, etc. La banlieue, à l'origine, correspond donc davantage à des notions d'ordre juridique et administratif qu'à l'idée d'expansion urbaine et de peuplement.

Mais hors de l'enceinte, en général au-delà de chaque porte et de part et d'autre des routes quittant la ville, dès que s'instaure un minimum de sécurité, apparaissent des noyaux de peuplement : les faubourgs, souvent foyers d'activités commerciales ou artisanales puis industrielles. Leurs habitants, les forains, sont eux aussi soumis à des mesures de contrôle, notamment quant à leurs constructions et leurs activités. Lorsque les faubourgs deviennent importants, ils sont en général annexés à la ville et l'enceinte est reportée plus loin, ce qui peut s'être produit à plusieurs reprises pour de grandes villes comme Paris. La banlieue devient faubourg puis ville.

À partir du xviie siècle, le terme banlieue désigne par extension les environs immédiats d'une ville, perdant ainsi son sens juridique et administratif. Mais la banlieue, au sens moderne – dépendance directe de la ville, vivant en osmose avec elle – est née surtout du chemin de fer et de la révolution industrielle.

Toutefois, l'influence de la ville sur son environnement rural immédiat est bien antérieure à ce phénomène moderne ; elle se manifeste très tôt, notamment par le développement de l'agriculture maraîchère, de l'élevage laitier et de l'aviculture, par le creusement des carrières, par la construction de routes rayonnant autour de la ville, par la multiplication de la propriété rurale citadine et des résidences de plaisance avec parcs privés.

Plus tard, la ville déverse sur sa banlieue la population qu'elle ne peut plus loger. Elle rejette aussi à sa périphérie ce qui l'enlaidirait ou l'encombrerait mais qu'elle doit garder dans son voisinage : carrières et sablières, forts et zones non aedificandi, terrains militaires, usines, gares de marchandises et de triage, autoroutes, aéroports, stations d'épuration d'eau potable et d'eaux usées, centrales gazières et thermiques, décharges d'ordures, parcs à ferraille et à voitures réformées, dépôts de stockage pour charbon, pétrole et bois, etc., hospices et maisons de retraite, asiles, hôpitaux, cimetières, stades et terrains de sports, hippodromes, etc.

Par cette expansion spatiale continue, la ville submerge la campagne. Or, le plus souvent, le sol a été marqué par des aménagements ruraux dont l'origine est fort ancienne : tracé des chemins, morcellement parcellaire (formes et dimensions des parcelles), types de clôtures (fossés, talus, végétation), modes d'utilisation du sol (bois, champs, jardins), sites d'habitat. Il est rare que certains de ces aménagements, même devenus inadaptés et en partie effacés, ne se manifestent pas encore dans le paysage actuel de la banlieue, même très anciennement urbanisé ; les plus durables sont le tracé des voies et du parcellaire.

La valeur croissante du sol et des constructions, ainsi que la plus-value qui en résulte, refoulent peu à peu et sans cesse plus loin les utilisations sans rapport avec le prix du sol qu'elles occupent : grande culture, maraîchage, entrepôts, artisanat, petites industries, logement des petites gens, etc., pour leur substituer des usages plus rentables : logements de luxe, bureaux, commerces. C'est la cause principale de l'extrême morcellement du sol urbain, de la multiplication et de l'accélération des mutations foncières, de la densité croissante. Toutefois dans certains pays – surtout scandinaves, germaniques, anglo-saxons – la constitution de réserves foncières par les collectivités locales peut supprimer ou freiner la plus-value et ses conséquences.

C'est la voie ferrée qui, assurant le transport massif et quotidien des travailleurs ou des denrées et matières premières, a permis aux villes de franchir un seuil de croissance et de devenir agglomérations en se donnant une banlieue au sens moderne du terme. Jusqu'en 1850, il n'existait pas dans le monde d'agglomération urbaine de plus de 5 kilomètres de rayon et dépassant les deux millions d'habitants ; les deux plus importantes étaient Londres et Paris.

Mais l'influence des chemins de fer n'a pas été immédiate. Il a fallu que les gares de banlieue deviennent plus nombreuses, les trains plus rapides et plus fréquents, notamment avec l'électrification, le coût des trajets quotidiens plus accessible avec les cartes d'abonnement. Cela a demandé, selon les pays, entre un demi-siècle et trois quarts de siècle.

Comme les chemins de fer empruntent de préférence les vallées ou les plaines côtières, c'est là que se sont répandues les coulées de banlieues et c'est ainsi, surtout par l'intermédiaire des voies ferrées, que le relief a joué un rôle dans l'expansion de la banlieue. Aujourd'hui, avec le développement de la circulation automobile, les autoroutes suburbaines et leurs échangeurs jouent un peu le rôle des voies ferrées et des gares. Par ailleurs, l'usage généralisé des moyens de transport individuels a permis l'urbanisation de secteurs mal desservis, le comblement des vides du tissu urbain.

Selon l'éloignement du centre de la ville, on parlera de proche, moyenne ou grande banlieue, mais il s'agit davantage de distance-temps que de distance kilométrique. C'est la carte des isochrones qui rend le mieux compte de l'éloignement. En général les trajets selon des rocades sont plus difficiles et plus longs que les trajets selon des radiales.

Si l'ordonnance du centre urbain porte le plus souvent la marque d'une volonté organisatrice et d'une recherche esthétique, de la banlieue se dégage souvent une impression de confusion et d'improvisation. Les règlements d'urbanisme ont été moins stricts que dans la ville. On y cherche en vain une pensée ordonnatrice. La banlieue constitue un espace et un cadre de vie inorganisé et incomplet. Toutefois font exception, du moins en partie, les cités-jardins et les villes nouvelles (new towns), répandues surtout dans les pays anglo-saxons et scandinaves. C'est la banlieue conçue et prévue qui s'oppo [...]

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Écrit par :

  • : président de la Société de géographie, professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne
  • : professeur en sociologie, École normale supérieure
  • : professeur à l'université de Paris-Sorbonne, membre de la section prospective et planification du conseil économique et social de la Région Île-de-France

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Pour citer l’article

Jean BASTIÉ, Stéphane BEAUD, Jean ROBERT, « BANLIEUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/banlieue/