GRACIÁN Y MORALES BALTASAR (1601-1658)

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Un jésuite indocile

Aragonais de Belmonte, fils d'un médecin de village, Gracián appartenait à une famille dont les cinq enfants connus entrèrent dans les ordres : signe de piété, mais aussi de ressources modestes. Novice de la Compagnie de Jésus en 1619, profès en 1635, grand dévoreur de livres, il mène la vie terne et souvent décevante d'un professeur de province, déplacé de collège en collège par le hasard des besoins, le gré de ses supérieurs et les contrecoups de la guerre civile et étrangère qui déchire le royaume d'Aragon. C'est sur ce fond de grisaille que se détachent les événements qui le font pénétrer provisoirement – en invité, pas en égal – dans une classe à laquelle il était étranger : son amitié avec Lastanosa, mécène d'un cercle d'érudits provinciaux ; sa désignation comme confesseur du vice-roi d'Aragon ; ses succès de prédicateur à Madrid, flatteurs, mais sans lendemain ; enfin, épisode héroïque de la vie d'un clerc, son action au siège de Lérida (1646) comme aumônier de l'armée du marquis de Leganès.

Mais ces éclairs n'illuminent que fugitivement la banalité d'un milieu professionnel en proie aux jalousies, aux petites intrigues de clans, aux querelles régionalistes exacerbées par la guerre. Gracián ne s'y fait guère d'amis et semble peu s'en soucier. Sa stature intellectuelle, ses relations mondaines, son nationalisme aragonais, son caractère entier, sa causticité, son dédain implacable des médiocres exaspèrent les inimitiés jusqu'à la haine, cependant que ses succès littéraires – obtenus sous des pseudonymes et en violation systématique de la règle – déchaînent le scandale au sein d'une Compagnie inquiète des attaques jansénistes. C'est alors le drame final, non recherché, mais non esquivé par ce jésuite indocile : attaqué dans un libelle féroce, dénoncé au général, destitué de sa chaire, soumis à pénitence et à surveillance, exilé au monastère de Graus en janvier 1658, Gracián en ressort quelques mois plus tard, apparemment plus brisé que soumis et sans doute plus discrètement réintégré que véritablement réhabilité, pour mourir à la fin de la m [...]


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Écrit par :

  • : maître assistant de langue et littérature espagnoles, U.E.R. de la faculté des lettres et sciences humaines, université de Clermont-II

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Pour citer l’article

Charles MARCILLY, « GRACIÁN Y MORALES BALTASAR - (1601-1658) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/baltasar-gracian-y-morales/