BAGDAD

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Histoire

Fondation de la Ville Ronde

La fondation de Bagdad fut décidée par le second calife abbasside Maṇsūr, avec l'utilisation d'un ancien nom iranien signifiant « la Dieudonnée ». Les plans furent tracés par des ingénieurs en 758 ; les travaux commencèrent quatre ans plus tard, et la date de 765 marque l'installation réelle du souverain. La dénomination officielle fut Madinat al-Salam, la « cité de la paix ».

L'agglomération primitive fut aménagée sur la rive occidentale du fleuve. Le plan circulaire adopté imposa des divisions géométriques très simples. Au centre s'élevait la mosquée-cathédrale et le palais du calife, appelé la Porte d'Or. De là partaient, dans quatre directions, des avenues qui aboutissaient à des portes, dont les appellations montrent l'orientation : porte du Khurāsān, porte de Syrie, porte de Kūfa et porte de Bassorah. L'ensemble, d'un diamètre d'environ deux kilomètres, était ceint d'une épaisse muraille, protégée par un avant-mur, un glacis et un fossé plein d'eau. À l'intérieur de ces remparts étaient logés les officiers de la cour et les bureaux administratifs. Tous les bâtiments étaient construits en briques, matériau habituel dans la région.

Le site semblait réunir toutes les conditions pour la sécurité et le développement d'une capitale politique et économique, car la position avait sa valeur pour le contrôle des routes stratégiques et commerciales. Les événements prouvèrent que Bagdad n'était pas à l'abri des invasions, mais les deux cours d'eau, le Tigre proche et l'Euphrate, plus éloigné vers l'ouest, facilitaient la circulation des hommes et des biens.

D'ailleurs Maṇsūr ne se sentait pas tranquille, puisque dès avant sa mort (775), il présidait à la fondation d'un nouveau quartier pour servir de résidence à son fils Mahdī, quartier qui porta le nom significatif de Camp de Mahdī. Le fleuve avait été franchi et le nouvel emplacement, nommé aussi Rụsāfa, fut situé sur la rive orientale, comme blotti dans une boucle du Tigre.

Rapidement les marchés furent prévus dans un quartier du sud de la Ville Ronde, le Karkh, où, suivant des données préétablies, chaque spécialité était groupée à part. Tel fut le premier aménagement, car, bien entendu, les marchés suivirent pas à pas les nouveaux quartiers d'habitation.

La fin de la cité de Maṇsūr

Il est impossible de retrouver sur place le noyau primitif de Bagdad, même d'une façon hypothétique. La Ville Ronde disparut lors de la guerre de succession, en 812-813, entre le calife Amīn, assiégé dans sa capitale, et les troupes de son frère Ma'mūn, venues du Khurāsān. Ce furent des combats de rues sans merci ; la population ne savait plus où s'abriter ; les artères de la ville étaient jonchées de cadavres ; les ruines s'accumulaient partout, causées par les projectiles des machines de siège.

C'en sera donc fini de la cité de Maṇsūr, dont subsistera un unique point de repère, la mosquée-cathédrale. L'arrivée en Mésopotamie du calife Ma'mūn se place six ans après et, dès ce moment, les califes songèrent à prendre leurs distances : les palais royaux s'élevèrent nombreux dans un vaste emplacement situé sur la rive orientale, immédiatement à l'est de la Ville Ronde, au sud de Rụsāfa. Ce terrain, qu'on appela bien vite la Résidence, fut, à la fin du xie siècle, clos d'un rempart, percé d'un certain nombre de portes, et chaque calife eut le souci d'embellir cet espace : pavillons avec portiques à colonnes, entourés de jardins d'un aspect plaisant, pelouses, ruisseaux et pièces d'eau, parcs zoologiques et enceintes de chasse. Ici aussi, tout a disparu, mais les califes résidèrent dans ce vaste quadrilatère, bordé à l'ouest par le Tigre, jusqu'à l'attaque de Hūlāgū. Le voyageur andalou Ibn Djubayr s'extasiera à la fin du xiie siècle sur l'aspect florissant de ces jardins califiens.

Les chroniques fournissent de nombreux renseignements sur l'essor intellectuel auquel Ma'mūn a donné son nom. On ne peut malheureusement situer sur le terrain ce fameux bureau de traductions et l'académie de la Sagesse, faute de données topographiques valables.

De bonne heure, les deux rives du Tigre furent reliées par des ponts de bateaux, dont le nombre a varié, de trois à cinq, ainsi que l'emplacement : ces ponts étaient très visés lors des séditions populaires, et souvent détruits par les crues du fleuve.

Créations urbaines

Les habitants de Bagdad étaient loin de vi [...]

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  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de géographie, maître de conférences à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : membre de l'Institut, professeur honoraire au Collège de France

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Pour citer l’article

Brigitte DUMORTIER, Gaston WIET, « BAGDAD », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bagdad/