BA JIN [PA-KIN] (1904-2005)

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L'émancipation de l'individu

La seconde trilogie, Jiliu (« Le Torrent »), est de beaucoup la plus importante. Elle ne sera achevée que beaucoup plus tard, lorsque paraîtront ses deux dernières parties, Chun (« Le Printemps », 1938) et Qiu (« L'Automne », 1940). Mais le livre qui, en 1933, est publié isolément et rencontre un immense écho, La Famille (Jia), aurait pu se suffire à lui-même. S'inspirant directement de l'expérience personnelle de l'auteur, il met en scène, au cœur même de Chengdu, les troubles qui viennent agiter le vieux clan familial des Gao lorsque l'autorité du patriarche est remise en question par ses descendants et que la cohabitation traditionnelle de plusieurs générations sous un même toit se révèle de plus en plus impraticable.

Le roman est habilement centré sur la différence de comportement des trois frères que sont Juexin, Juemin et Juehui. Le premier, qui est l'aîné, sait que tout l'équilibre de la famille repose sur lui ; aussi, quand il lui faut renoncer à l'amour de sa cousine Mei pour épouser la femme que son père lui a choisie, il préfère se soumettre. Le second n'est pas prêt à se résigner et à accepter le sort qui l'attend, mais le plus résolu des trois frères à combattre le régime patriarcal qui leur est imposé est le plus jeune, Juehui. Lorsque la jeune servante Mingfeng qu'il aime se noie pour échapper au barbon vicieux qu'on lui destine, le garçon se décide à quitter définitivement sa famille et la ville.

Les deux parties qui succéderont à La Famille, ne feront que montrer, à travers les malversations des aînés et les souffrances des plus jeunes, la décomposition finale du clan Gao. Mais la trilogie se termine tout de même sur une note plus optimiste que la réalité vécue dont le romancier s'est inspiré. Non seulement Juexin ne se suicide pas comme le frère aîné de Ba Jin, mais Juemin finit par épouser Qin qu'il a toujours aimée, et Juehui, en qui l'écrivain semble avoir mis beaucoup de lui-même, est rejoint à Shanghai par sa cousine Shuying qui, elle aussi, s'est rebellée et entend mener désormais une vie totalement indépendante.

Ami de Lu Xun, qui a salué en lui « un écrivain plein de passion et aux idées avancées », Ba Jin, jusqu'à la guerre, a toujours refusé de s'inféoder, même aux organisations progressistes dont il semblait proche. Pendant plusieurs mois, en 1935, il a été, avec Jin Yi, rédacteur de la Wenxue jikan (« Revue trimestrielle de littérature »). Par ailleurs, il a, des années durant, assumé la responsabilité des Éditions de la vie culturelle (Wenhua shenghuo chubanshe), qui, grâce à lui, survivront au conflit. Mais, face à l'agression japonaise, l'écrivain ne peut pas ne pas s'associer au mouvement de résistance qui réunit alors la plupart des écrivains de son pays.

Tandis que l'extension de la guerre le chasse de ville en ville, Ba Jin profite d'un séjour à Guilin, où il vit de 1941 à 1943, pour composer sa troisième trilogie, Huo (« Le Feu »). Œuvre essentiellement de propagande, le livre est destiné à exalter les sentiments patriotiques de la jeunesse chinoise, en particulier de jeunes chrétiens pour lesquels le romancier semble, dès cette époque, manifester de l'intérêt. À Guiyang, où il se marie en 1944, puis à Chongqing, l'écrivain rédige en même temps deux romans de taille plus réduite : Disi Bingshi (« La Salle d'hôpital no 4 ») et Qi yuan (« Le Jardin du repos »). Seul le second, qui évoque le retour de l'écrivain dans sa ville natale, a conservé un charme nostalgique suffisant pour retenir encore aujourd'hui l'attention.

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Écrit par :

  • : professeur de littérature chinoise à l'université de Paris-VII

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Pour citer l’article

Paul BADY, « BA JIN [PA-KIN] (1904-2005) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ba-jin-pa-kin/