AVICENNE, arabe IBN SĪNĀ (980-1037)

Avicennisme latin et avicennisme iranien

Longue est l'« histoire » de l'Intelligence agente jusqu'en ce milieu des Fideli d'amore, autour de Dante, qui la saluaient comme Madonna Intelligenza. Et l'on peut dire que la figure et le rôle de l'Ange, Intelligence agente et Esprit-Saint, permettent de comprendre les destinées ultérieures de l'avicennisme en Occident latin d'une part, en Islam iranien d'autre part. Il y eut certes en Occident, au xiie siècle et à l'orée du xiiie, l'esquisse d'un avicennisme latin à l'état pur, dont il subsiste quelques textes. Cet avicennisme latin tendait à conserver intégralement la noétique avicennienne qui n'est qu'un aspect de la cosmologie, l'une et l'autre n'étant aussi bien qu'un aspect de l'angélologie. Mais cet authentique avicennisme latin n'a pas survécu. Il suffit, pour en comprendre les raisons, de se reporter aux sarcasmes de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, qui s'exprime à l'égard de la hiérarchie des Intelligences et des Âmes un peu à la façon de Voltaire s'exprimant à l'égard du christianisme.

Avicenne et Albert le Grand

En cherchant une autre direction dans laquelle fructifia l'avicennisme au cœur de la scolastique latine, on s'oriente, par le fait même, dans la direction où l'avicennisme exerça une nette influence, certes, mais finalement au prix d'une altération radicale. On relèvera, en premier lieu, l'intérêt des références à Avicenne chez Albert le Grand, dans ses œuvres minéralogiques. Maître Albert a lu dans la physique d'Avicenne qu'une certaine force est immanente à l'âme humaine, une force à laquelle sont soumises les choses et qui est capable de les transformer, surtout quand l'âme est portée à un grand excès d'amour ou de haine, ou à quelque chose de semblable (De mirabilibus mundi). Plus précisément encore, il affirme, en se référant à Avicenne, que l'alchimie appartient à la magie, en ce sens qu'elle est fondée sur les forces occultes de la psyché humaine qui, elle, reçoit des virtutes coelestes l'impulsion à de telles opérations. L'alchimie compor[...]


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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section)

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Pour citer l’article

Henry CORBIN, « AVICENNE, arabe IBN SĪNĀ (980-1037) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/avicenne/