AUTOFINANCEMENT

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Le choix de l'autofinancement

Pourquoi l'entreprise recourt-elle à l'autofinancement et ne fait-elle pas appel uniquement au financement externe ?

Différentes raisons peuvent amener les dirigeants de l'entreprise à préférer l'autofinancement à l'émission d'actions ou d'obligations, ou encore au crédit bancaire.

Un tel choix peut résulter, en premier lieu, d'une attitude spontanée des dirigeants visant à employer au mieux, et dans la perspective d'une meilleure rentabilité, les liquidités réalisées au cours de l'exercice. Il s'agit souvent d'un réflexe de bonne gestion financière. Comme il convient de ne pas laisser des sommes oisives, lorsqu'on arrive en fin d'année, les bénéfices ont souvent déjà été réinvestis dans des actifs et la rétention va alors de soi.

De plus, l'autofinancement apparaît souvent comme préférable pour un ensemble de motifs qui témoignent du désir des dirigeants de l'entreprise de garder le contrôle de celle-ci, de minimiser le risque des investissements ou le coût du capital.

Si la firme est une organisation qui tend avant tout à maximiser les profits, c'est aussi une unité économique engagée dans une lutte constante pour sa vie et son indépendance. À cet égard, les apporteurs de fonds peuvent constituer une menace, et les augmentations de capital, si elles ne sont pas soigneusement préparées, accentuent les risques de « raids » boursiers. Le danger des participations bancaires, quant à lui, a été maintes fois souligné par les hommes d'affaires dont les entreprises florissantes constituent une tentation permanente pour les groupes financiers. Le financement des investissements sur les ressources dégagées par l'activité est évidemment le meilleur moyen d'assurer au groupe dominant la permanence de son contrôle.

Cette préférence repose aussi sur la conviction, partagée par la plupart des administrateurs des grandes affaires, que l'entreprise est une institution ayant une existence distincte de celle de ses propriétaires. Le dividende leur paraît fréquemment semblable à un intérêt versé aux actionnaires, de telle sorte qu'au-delà du minimum statutaire la propension à retenir les profits est forte. Henry Ford exprimait ouvertement cet état d'esprit : « Je considère les profits industriels, à partir d'un certain pourcentage modéré, comme appartenant à l'affaire elle-même plutôt qu'aux actionnaires. »

Mais on peut aussi penser que l'autofinancement va dans l'intérêt des actionnaires : il permet d'échapper à une fiscalité plus sévère pour les bénéfices distribués que pour les bénéfices retenus et entraîne l'accroissement de l'actif net réel de la firme, c'est-à-dire (à long terme) une hausse de la valeur boursière des titres qui la représentent. Il est vrai que cette hausse ne se fait pas régulièrement, ni sans fluctuations et revirements parfois spectaculaires. Mais, au-delà des variations erratiques que subit le marché boursier, la tendance à long terme de la valeur des actions s'ajuste à la croissance de la production et à l'augmentation des actifs réels. Il semble donc que les actionnaires profitent largement, par les plus-values qu'il entraîne, de l'autofinancement.

Enfin, le choix de l'autofinancement parmi les procédés de financement qui s'offrent à la firme est souvent explicable par des considérations relatives à la diminution du risque et à l'augmentation de rentabilité qui en résulte pour un investissement donné. D'une manière générale, le dirigeant d'entreprise est mieux à même que l'épargnant ou le banquier d'évaluer le risque que comporte une opération d'investissement : il a une idée plus précise des courbes de coût et de demande de la firme, ainsi que des conditions de la concurrence. Son évaluation subjective du risque sera donc inférieure à celle de l'apporteur de capitaux.

L'autofinancement sera en outre fréquemment préféré au recours à l'emprunt parce que, sa réalisation accomplie, il n'entraîne pas de charge financière permanente susceptible de peser sur les coûts de l'entreprise, voire de mettre en péril sa rentabilité. On sait combien l'endettement de certaines firmes, par le poids considérable des intérêts qu'il implique, est dangereux pour leur équilibre. L'autofinancement n'est certes pas gratuit, même si son coût apparent est nul. Sur un marché parfait, des actionnaires rationnels exigeraient des fonds réinvestis sous forme d'autofinancement la même rentabilité que s'il s'agissait d'apports directs. Mais [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Paris-Est et à l'E.S.C.P. Europe

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Pour citer l’article

Geneviève CAUSSE, « AUTOFINANCEMENT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autofinancement/