AUTISME

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Hypothèses explicatives

L'origine de l'autisme reste énigmatique. Kanner avait d'abord incriminé à la fois un dysfonctionnement organique et les particularités comportementales des parents (froideur, désintérêt pour l'enfant) sans pouvoir ensuite déterminer si ces particularités étaient causales, si elles témoignaient d'une anomalie génétique pré-autistique des parents ou si elles étaient la conséquence sur eux d'une relation décevante et difficile avec leur enfant. Certains auteurs ensuite ont essayé de distinguer un autisme psychogénétique d'un autisme organogénétique, en invoquant deux ordres d'éléments cliniques.

Deux types de causalité ?

Dans la majorité des cas, l'examen neurologique est négatif. Devant l'adhésion auto-calmante à des intérêts restreints et à des mouvements stéréotypés, devant la fascination par des formes évanescentes, on a alors supposé que la façade autistique protégeait des sujets, contre un arrière-plan d'angoisses intenses, en les mettant à distance. Face à des autistes sans langage, on ne pouvait faire que des hypothèses sur ce conglomérat d'angoisses de chute dans un gouffre sans fond, d'angoisses de morcellement, de liquéfaction, d'invasion par une substance répugnante ou maléfique, ou encore de déchirement de l'enveloppe corporelle, source de souffrances indicibles. Mais les témoignages de ceux qui avaient la capacité de décrire, oralement ou par écrit, ce qu'ils éprouvaient, sont venus soutenir ces hypothèses

Dans d'autres cas, par contre, l'autisme est associé à une maladie génétique connue (un trouble métabolique, la phénylcétonurie, lorsqu'elle n'est pas dépistée à la naissance et corrigée par un régime ; la sclérose tubéreuse de Bourneville, une perturbation du développement embryologique qui entraîne un retard mental, une épilepsie grave, des tumeurs disséminées dans plusieurs organes et des lésions cutanées particulières) ou à divers autres syndromes malformatifs congénitaux. Des manifestations épileptiques allant de simples anomalies électroencéphalographiques à de véritables crises généralisées, dont la fréquence peut rester plus ou moins espacée, compliquent souvent l'évolution d'un enfant autiste et sont un argument de plus pour invoquer un dysfonctionnement organique.

Approches psychopathologiques

De l'interprétation psychanalytique, l'opinion n'a généralement retenu que les propositions excessives de Bruno Bettelheim, aux États-Unis, ou de Maud Mannoni, en France. Confondant l'autisme avec les effets des grandes carences affectives, ces derniers avaient, de manière totalement non fondée, attribué les troubles autistiques à un maternage perturbé par un désir de mort inconscient de la mère ou par « l'incarcération de l'enfant dans sa jouissance », formule obscure à l'origine d'attitudes hostiles, culpabilisant fortement les parents.

La plupart des psychanalystes qui se sont intéressés à l'autisme ont pourtant surtout tenté d'en comprendre les mécanismes psychopathologiques, sans prétendre détenir une explication causale définitive. Considérant l'autisme comme une voie finale commune, ils ont voulu préciser les processus susceptibles de conduire l'enfant à construire des défenses de type autistique, à partir d'une rencontre avec un monde extérieur perçu comme menaçant, soit par incapacité organique à maîtriser cette rencontre, soit du fait de projections sur ce monde de fantasmes précoces de persécution. Margaret Mahler a ainsi postulé une phase autistique normale du développement, à laquelle l'enfant autiste régresserait par incapacité (éventuellement biologique) à construire avec sa mère une seconde phase dite symbiotique, préalable nécessaire à l'individuation. Frances Tustin a fait l'hypothèse de difficultés, au moment du sevrage, d'un enfant anormalement intolérant à la frustration, incapable de se décoller du sein maternel, dont le retrait aurait été vécu comme un arrachement. Donald Meltzer a insisté sur le « démantèlement » de l'enfant autiste, incapable d'établir une relation stable et « consensuelle » entre les différentes informations sensorielles en provenance d'un objet perçu sans profondeur, et surexcité par tel aspect de surface, visuel, auditif, odorant ou tactile de l'objet, qui fragmente son unité. En F [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Claude-Bernard, médecin honoraire des hôpitaux de Lyon

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Pour citer l’article

Jacques HOCHMANN, « AUTISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autisme/