AUTISME

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Description clinique

Troubles de la communication

La communication non verbale est perturbée, souvent dès la naissance. L'enfant, qui a pu inquiéter ses parents, dans les premiers mois de sa vie, en ne réagissant pas lorsqu'on s'approchait de lui pour le prendre dans les bras, en restant mou (« comme un sac de pommes de terre », disait Kanner) ou, au contraire, hypertonique, en ne regardant pas le visage de sa mère, en ne souriant pas, tarde à désigner un objet pour attirer l'attention d'un tiers. Il exprime peu ou à contretemps ses émotions et a des difficultés à décrypter les émotions des autres sur leurs mimiques.

Plus tard, le langage peut être absent ou, s'il existe, se limiter à quelques mots répétés, sans valeur de communication. Quand il se développe davantage, il reste modifié, à la fois dans sa musique et dans sa structure. La voix est mécanique, sans nuances. Le sujet de la phrase est longtemps absent avec souvent une inversion pronominale. Même quand la syntaxe devient normale, le langage garde un caractère concret, avec peu de métaphores, des substantifs ou des verbes pris dans leur sens premier, et le locuteur autiste manifeste souvent son incompréhension devant des homonymies et des jeux de mots. Englué parfois dans des phrases répétitives, reprises de l'entourage ou empruntées à des dessins animés ou à des clips publicitaires, répondant souvent en écho et prenant rarement l'initiative d'une demande, il peut produire des néologismes ou des déformations, qui donnent à sa parole les caractères d'un idiome personnel, parfois difficile à comprendre.

Troubles de la socialisation

L'enfant s'isole, ne prend pas l'initiative d'un échange, ne répond pas aux sollicitations, redoute le contact physique ou la simple adresse vocale, fuit l'échange visuel. Ne cherchant pas spontanément de réconfort, lorsqu'il est dans une situation personnelle de détresse, il semble indifférent à l'expression par un autre d'un malaise quelconque et interagit socialement de manière souvent maladroite et inadaptée, comme s'il peinait à comprendre ce que son interlocuteur attend de lui et à se représenter les pensées et les sentiments d'autrui. Il est plus à l'aise avec les choses inanimées qu'avec les gens. Cette extrême solitude (aloneness, dans l'article original de Kanner) retentit sur ses jeux. L'enfant ne s'intéresse pas aux autres enfants. Incapable de jouer ou absorbé par des jeux d'alignement, d'emboîtement ou d'imitation, sans imagination et sans mise en scène symbolique, il utilise souvent les jouets d'une manière étrange et personnelle, en faisant montre parfois d'une agilité étonnante pour faire tourner de petits objets, faire défiler les pages d'un livre ou tripoter, de manière bizarre, un verre en lui imprimant un étrange mouvement de rotation. Il s'absorbe dans des sensations particulières, en se fixant sur un bruit, un froissement, le frottement de deux surfaces, ou sur un miroitement, une fumée, la danse des poussières dans un rayon de soleil, un jeu de lumière à travers des rideaux, ou encore sur un contact doux ou rugueux. Il peut s'envelopper dans sa bave, renifler ou lécher des objets inconnus comme pour mieux les apprivoiser, et se balancer longuement en émettant un long bourdonnement. Cette « autosensualité », recherchée souvent auprès d'un « objet autistique » électif, auquel il peut imposer un perpétuel tournoiement, renforce son isolement.

Stéréotypies, intérêts restreints et immuabilité

L'enfant est envahi par des gestes parasites répétitifs, les stéréotypies. Pouvant survenir plus souvent dans des moments d'excitation ou de contrariété, elles sont de différents types – jeux de mains devant les yeux, chocs rythmés des poings sur les oreilles ou sur la cuisse, mouvements de torsion des doigts, morsure incessante d'une partie du corps – et prennent parfois le caractère violent d'une véritable automutilation. Elles s'associent à des préoccupations électives obsédantes. L'enfant peut ainsi interroger l'entourage de manière incessante sur le temps, limiter ses intérêts à un sujet (les dinosaures, les étoiles, la géographie), et parfois acquérir des connaissances hors du commun, dans un domaine précis, où il lui arrive de faire preuve d'une perception très fine des petits détails au détriment de la prise en compte plus globale d'une situation. Certains, détachant leurs connaissances de tout contexte, savent ainsi par cœur des annuaires, des horaires et des trajets de transports en commun, les dates de naissance d'un très grand nombre de personnes ou des pages entières de dictionnaire. Ce mode de fonctionnement intellectuel particulier ne tolère ni l'imprévu ni le changement. Il impose autour de lui des rituels d'une grande rigidité et contraint ses interlocuteurs à surveiller continuellement leur manière d'être, à suivre les mêmes trajets, par exemple pour aller à l'école, ou à enchaîner les mêmes séquences d'action lors du lever et du coucher, de la toilette, des repas. Toute remise en cause de l'immuabilité (en anglais, sameness) dans laquelle l'autiste s'enferme, déclenche, en effet, des crises d'agitation violente, des cris ou un retournement contre soi de l'agressivité, les automutilations pouvant devenir inquiétantes ou dramatiques.

Diversité de formes cliniques et extension de la notion

Classiquement, on admet que le syndrome autistique existe dès les premiers jours de la vie, associant aux troubles du contact des troubles du comportement alimentaire et des troubles du sommeil, avec longues insomnies, entraînant des pleurs ou pouvant, au contraire, se manifester par une « insomnie tranquille » prolongée, inhabituelle chez un très jeune bébé. Mais la banalisation des films ou des vidéos réalisés par les parents étaie ce que laissaient entendre de nombreux témoignages : l'existence, dans un certain nombre de cas, d'un intervalle libre pendant lequel l'enfant se développe normalement pour ne manifester les premiers signes qu'au cours de la deuxième année.

Environ la moitié des autistes accèdent au langage articulé, mais les deux tiers conservent un retard mental associé, contrairement à l'hypothèse initiale de Kanner qui supposait tous ces enfants, même ceux qui ne parlaient pas, doués d'une intelligence normale, difficile à mesurer du fait de leurs troubles relationnels. Néanmoins, un nombre limité d'autistes dits de haut niveau sont capables, malgré leurs difficultés de communication et de socialisation, malgré leurs rituels et leur besoin d'immuabilité, de faire des études supérieures et de s'insérer socialement de manière satisfaisante. Reprenant un article d'un auteur autrichien, contemporain de Kanner, Hans Asperger, les classifications internationales tendent à regrouper ces cas, san [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université Claude-Bernard, médecin honoraire des hôpitaux de Lyon

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Pour citer l’article

Jacques HOCHMANN, « AUTISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/autisme/