AURÉLIA, Gérard de NervalFiche de lecture

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« L'univers est dans la nuit ! »

Le récit noue images d'horreur et de tendresse au « hasard objectif » fait de rencontres, de signes et de rêves prémonitoires. La mort d'Aurélia représente à ce titre un tournant décisif, qui confirme « l'épanchement du songe dans la vie réelle ». Théâtre de cette Vita nuova, le Paris familier de Gérard (Paris bohème, amical, érudit et chrétien) apparaît pourtant également à plusieurs reprises dans sa réalité policière et médicale. Échappant à tout critère romanesque, Aurélia épouse les rythmes d'un psychisme menacé, déploie de grandes visions, libère des cris de révolte, condense les crises de 1841 et 1851, évoque les hospitalisations en leur alternance de violence et de paix. Ici, le rêve n'est plus ni évasion ni vie antérieure apaisante, comme dans le poème Fantaisie, pas plus qu'il ne se réduit à la seule production d'angoisse. Il coïncide avec l'intime inconnu, aventurant l'écriture au-delà du dicible.

« Le soleil noir de la Mélancolie » a dédoublé puis morcelé le moi, démultiplié l'image de la femme aimée, livré une conscience devenue christique au désespoir d'un monde sans Père : « Dieu est mort ! le ciel est vide.../ Pleurez ! enfants, vous n'avez plus de père ! ». Aux mots de Jean Paul Richter, placés en exergue du Christ aux oliviers, Aurélia fait écho, par une immersion dans un univers alternant ténèbres et éblouissements, où miroite une mosaïque de croyances, de connaissances ésotériques et de traces du voyage en Orient. Dans cette errance, la nuit que parcourt Nerval s'annonce comme une image inversée du « Paradis » de Dante, où la lumière venue d'ailleurs paraît promettre un sens mais en élude la révélation à mesure que les visions se font plus hermétiques.

« Le monde des esprits » ne serait-il donc que la fresque d'une identité définitivement perdue ; les projections, sur les parois d'une intériorité devenue poreuse, d'un amour deux fois refusé, par le rejet puis par la mort ? La vie changée en songe livre ic [...]

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NERVAL GÉRARD DE (1808-1855)

  • Écrit par 
  • Pierre-Georges CASTEX
  •  • 2 623 mots

Dans le chapitre « La transcription du drame intérieur »  : […] Or, ces deux dernières années, si cruelles, sont aussi, pour l'écrivain, les plus fécondes. Sentant le danger qui le menace, il s'emploie, dans les périodes de répit, à « recomposer » sa tragique aventure. Ses œuvres les plus émouvantes révèlent comment son rêve a pris naissance, puis s'est épanoui et épanché dans la vie réelle, jusqu'à désorganiser sa représentation du monde. Dans Sylvie (une no […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marie-Françoise VIEUILLE, « AURÉLIA, Gérard de Nerval - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/aurelia/