STRINDBERG AUGUST (1849-1912)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le fils de la servante

Johan August Strindberg est né à Stockholm, fils d'Oskar Strindberg négociant, bon petit bourgeois malheureux en affaires, et de cette servante (tjänstekvinna) à laquelle il lui arriva d'imputer sa prétendue damnation. Sa mère fut en effet fille d'auberge avant de devenir la gouvernante, puis la maîtresse d'Oskar qu'elle finira par épouser. Mais il n'y a pas lieu de conclure de cette petite mésalliance au malheur de l'enfant. Que ses premières années aient été attristées, rien n'est moins sûr. En revanche, deux évidences s'imposent : d'abord qu'August fut un enfant rêveur, mal adapté à son entourage, ombrageux et déjà beaucoup plus à l'aise dans son monde fictif que dans la réalité ; ensuite que le milieu où il naquit était particulièrement sensible aux notions de classes sociales et aux antagonismes croissants qui les opposaient dans cette Europe secouée par les vagues successives du libéralisme. Ce thème sera l'une des constantes profondes de l'œuvre à venir : il n'est nulle part mieux exprimé que dans Mademoiselle Julie (Fröken Julie) ou dans Habitants de Hemsö (Hemsöborna ), terrible, sous des apparences idylliques. À des degrés divers, il y a toujours un parvenu dans les ouvrages de Strindberg : malheureux ou non, il souffre d'un décalage ou d'un désaccord fondamental qui le pousse souvent au pire, à l'inverse d'autres personnages de même nature dans la littérature scandinave, comme l'August (la coïncidence de noms est curieuse) de Knut Hamsun. C'est probablement en ce sens qu'il faut parler d'opposition au milieu chez Strindberg : lui et ses divers alter ego sont mal dans leur peau, désaccordés ; mais cela n'atteint jamais l'opposition farouche et grandiose, l'anarchisme ibsénien. Chez Strindberg, la vie n'est pas de justifier a posteriori les réactions nerveuses spontanées. « La vie, comédie pour celui qui pense, est une tragédie pour celui qui sent », disait Joubert. Strindberg n'a pas écrit de comédies.

Déséquilibre, inadaptation, refus, révolte : il faut prendre garde à ne pas trop monnayer le [...]

1 2 3 4 5

pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages




Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification


Autres références

«  STRINDBERG AUGUST (1849-1912)  » est également traité dans :

DANSE DE MORT (A. Strindberg)

  • Écrit par 
  • David LESCOT
  •  • 1 278 mots

En signant la mise en scène de Danse de mort (1900), Matthias Langhoff a fait en avril 1996 son entrée à la Comédie-Française, inscrivant du même coup la pièce d'August Strindberg au répertoire de la Maison de Molière. Double irru […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/danse-de-mort/#i_33217

LE SONGE, August Strindberg - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Régis BOYER
  •  • 758 mots

Dans l'ensemble de l'œuvre théâtrale diverse et géniale du grand dramaturge suédois August Strindberg (1849-1912), l'habitude est de retenir avant tout Le Songe (1901) : on aura rarement, semble-t-il, poussé plus loin la représentation sur scène de notre univers intérieur. […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/le-songe/#i_33217

DRAME - Drame moderne

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre SARRAZAC
  •  • 6 053 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Deuxième paradoxe : le personnage divisé »  : […] Des pièces de Pirandello, ce sont plutôt les personnages que l'auteur qui font figure de rénovateurs – évidemment « improvisés » – du théâtre de l'entre-deux-guerres. Dans Ce soir on improvise aussi bien que dans Six Personnages en quête d'auteur , on a l'impression que Pirandello est complètement solidaire du « chef de troupe » – ou du « directeur » – […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/drame-drame-moderne/#i_33217

NATURALISME

  • Écrit par 
  • Yves CHEVREL
  •  • 5 387 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Un modèle pour le drame naturaliste ? »  : […] Le modèle du drame naturaliste, s'il existe, est à chercher hors de France. Le texte théorique le plus représentatif à ce sujet est certainement la Préface de Mademoiselle Julie (1888). August Strindberg, qui a sous-titré sa pièce “tragédie naturaliste”, y déclare d'ailleurs expressément que les “romans monographiques des frères Goncourt” constituent sa référence littéraire […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/naturalisme/#i_33217

SUÈDE

  • Écrit par 
  • Régis BOYER, 
  • Michel CABOURET, 
  • Maurice CARREZ, 
  • Georges CHABOT, 
  • Jean-Claude MAITROT, 
  • Jean-Pierre MOUSSON-LESTANG, 
  • Lucien MUSSET, 
  • Claude NORDMANN, 
  • Jean PARENT
  • , Universalis
  •  • 35 810 mots
  •  • 17 médias

Dans le chapitre « Visages du romantisme »  : […] Parce que la Suède sort amoindrie des guerres napoléoniennes, que le classicisme y survit plus longtemps qu'ailleurs en Europe, que les centres de la vie intellectuelle se placent dans les villes universitaires de Lund et d'Uppsala et non plus à Stockholm, que le prestige de la France le cède à celui de l'Allemagne, un bouleversement se produit qui entraîne un sursaut de patriotisme et un réveil r […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/suede/#i_33217

SYMBOLISME - Littérature

  • Écrit par 
  • Pierre CITTI
  •  • 11 889 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Réception du symbolisme en Europe »  : […] Vers 1890 en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Autriche, en Hollande, en Italie, deux attitudes partagent presque toujours les lettres : nous n'avons pas besoin du symbolisme des Français ; et nous aussi nous sommes symbolistes. Deux attitudes qui peuvent être simultanées : Gabriele D'Annunzio apparaît comme un jeune poète nouveau (c'est-à-dire marqué de modernité européenne et notamment français […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/symbolisme-litterature/#i_33217

THÉÂTRE OCCIDENTAL - La dramaturgie

  • Écrit par 
  • Christian BIET, 
  • Hélène KUNTZ
  •  • 12 310 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'invention d'une dramaturgie du parcours »  : […] Chez Strindberg , le renouveau du théâtre procède au contraire d'une hypertrophie du personnage, placé au centre du Chemin de Damas  I et II (1898), que prolonge un troisième volet en 1901. Chronique de la vie de l'Inconnu, cette trilogie inaugure une esthétique du cheminement dramatique que Strindberg approfondit jusqu'à La Grand-Route (1910). Superpos […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/theatre-occidental-la-dramaturgie/#i_33217

Pour citer l’article

Régis BOYER, « STRINDBERG AUGUST - (1849-1912) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/august-strindberg/