ASSYRIE

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Histoire

Débuts de la ville-État (jusque vers 2002)

Pendant longtemps, l'Assyrie se réduit aux campagnes dépendant d'une cité qui porte le nom de son roi divin, le dieu Assour. Les grands travaux des IIe et Ier millénaires avant J.-C. ayant fait disparaître les couches les plus anciennes du site, on ignore à peu près tout des origines de cette ville, qui ne se manifeste à l'archéologue qu'à partir du premier niveau du temple local d'Ishtar (déesse mésopotamienne de la fécondité), qui remonte au Dynastique archaïque III (env. 2400). Les statuettes d'orants du sanctuaire indiquent l'influence de la civilisation de Sumer, sans qu'il soit besoin de supposer la présence d'une colonie sumérienne dans un milieu si différent de la Basse-Mésopotamie : le district d'Assour, un peu moins sec que Sumer (actuellement 200 mm de pluie contre 100 mm, en moyenne), a des vallées trop encaissées pour permettre l'irrigation et se contente, encore au IIIe millénaire, de la culture sèche des céréales et de l'élevage semi-nomade. L'influence qui s'est exercée sur les premiers citadins d'Assour est sans doute celle des commerçants envoyés par les « Temples » sumériens vers les montagnes riches en métal et qui remontaient pour cela le cours du Tigre.

La cité-État du dieu Assour est englobée dans l'empire mésopotamien que les rois de la ville sémitique d'Akkad (dans la région de Babylone) dirigent au xxiiie siècle : en effet, une inscription d'Assour nous apprend que l'Akkadien Manishtoushou (vers 2220) est le souverain d'un certain Azouzou, sans doute un personnage important de la cité. Un autre ex-voto, qui se placerait lors de l'effondrement de la domination akkadienne, puisqu'il n'y est pas nommé de suzerain, émane du « chef » (de la ville), Ititi, qui a battu la cité voisine de Gasour (sans doute celle qui s'appellera Nouzi au IIe millénaire). Victime d'une destruction qui serait le fait des nouveaux maîtres de la Mésopotamie, les Gouti, barbares venus du Zagros, Assour connaît une période de pauvreté jusqu'au moment où elle est incorporée par la troisième dynastie d'Our (env. 2109-2002) à son empire ; la domination de ces rois « néo-sumériens » est attestée par le gouverneur Zariqoum qui restaure un temple « pour la vie de son maître », le roi d'Our, Amar-Souen (env. 2045). Puis, après l'effondrement de cet empire sous les coups des Amorrites (Sémites venus de l'ouest), des inscriptions qui commencent vers 1970 indiquent qu'Assour est gouvernée par des princes indépendants qui portent des noms akkadiens et qui se disent « vicaires » du dieu (le titre royal est longtemps réservé au patron divin de la cité).

À ces maigres documents, qui jalonnent les six premiers siècles de l'histoire de l'Assyrie, il faut ajouter les fameuses listes royales. Attachés à l'idée que leur pays n'avait connu qu'une seule dynastie, les lettrés assyriens n'ont cessé de recopier des listes de souverains, complétées parfois par de courtes chroniques. Mais la partie la plus ancienne de ces textes reste difficile à interpréter, car il n'est pas sûr que les scribes qui l'ont recueillie l'aient eux-mêmes bien comprise.

Les listes énumèrent d'abord « dix-sept rois dont les rapports de famille sont inconnus et qui vivaient sous la tente ». Les quinze premiers, au moins, portent des noms sémitiques de style akkadien (l'assyrien ne se différenciera de cette langue qu'à la longue). On hésite à identifier le treizième, Abazou, avec cet Azouzou qui fut vassal du roi d'Akkad vers 2220 et dont le nom en cunéiforme a d'abord été lu Abazou. Le seizième roi nomade, Oushpia (env. 2180 ?), a laissé un souvenir plus certain puisque, à une époque tardive, on lui attribuera la fondation (ou la restauration) du temple du dieu Assour. On peut penser que ces premiers souverains de la cité étaient des chefs élus, sans succession héréditaire, qu'ils ne portaient pas en fait le titre royal, qu'ils régnaient dans la steppe et se contentaient de protéger la ville ; que les éleveurs et les citadins adoraient également Assour et qu'ils appartenaient, en majorité au moins, au groupe linguistique des Sémites d'Akkad. Notons au passage que, les 16e, 17e, 28e et 29e souverains d'Assour portant des noms qui ne sont peut-être pas sémitiques, on a voulu voir en eux des représentants d'autres groupes linguistiques ayant habité dans le bassin du Tigre moyen à côté des Sémites : les Hourrites, attestés dès l'époque d'Akkad, et les mystérieux Soubaréens, qui auraient été les premiers citadins de la Haute-Mésopotamie, puisque cette région gardera le nom de Soubarou pendant toute la durée de la civilisation mésopotamienne.

Il y a semble-t-il, entre le dix-septième « roi nomade » et le vingt-septième souverain d'Assour un hiatus abusivement rempli dans les listes par une dynastie d'un autre temps et d'une autre ville : en fait, cette période a vu la domination des rois d'Our et peut-être auparavant le gouvernement du chef Ititi. Puis, vers 2000, le vingt-huitième souverain de la liste, le vicaire Kikkia, bâtit ou restaure le mur de la ville, symbole de l'indépendance recouvrée vers la fin de l'empire d'Our.

La prédominance commerciale d'Assour (XXe-XVIIIe s.)

Assour, dont la terre est peu fertile, a renoncé à développer son agriculture et, dès le IIIe millénaire, s'est adonnée au commerce. Après la chute de la troisième dynastie d'Our (2002), elle tend à remplacer les villes sumériennes comme organisatrice des échanges avec la partie nord du Zagros, le Kurdistan et l'Anatolie, régions destinées à fournir des matières premières à la Mésopotamie, parvenue à une meilleure organisation de la société et de la production. Cette expansion se situe à une époque où, dans toutes les villes mésopotamiennes, les Temples cessent de contrôler le grand commerce et laissent le champ libre aux initiatives des individus, des familles et des compagnies commerciales. Les rois qui se sont partagé l'empire d'Our ont un pouvoir limité et, s'ils contrôlent les Temples par la bureaucratie du Palais, ils ne s'opposent pas à la liberté des échanges.

Cette discrétion se comprend assez bien à Assour où le souverain qui se dit Grand ou Chef est avant tout le « vicaire » du dieu Assour, donc le personnage chargé des relations entre la divinité et les habitants de la cité. Chef de guerre et administrateur, pour défendre et gérer les biens du dieu, il doit compter avec l'élite des citadins, les capitalistes enrichis par le commerce et les prêts ; cette bourgeoisie est représentée par un conseil, qu'on nomme la « Ville », l'« Assemblée » et plus souvent le « Quai » (karoum en assyrien) à cause du rôle commercial du port sur le Tigre ; les plus riches des citadins exercent ainsi le pouvoir judiciaire et contrôlent le gouvernement roya [...]

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-1000 à -600. Le fer et les cavaliers

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Guillaume CARDASCIA, Gilbert LAFFORGUE, « ASSYRIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/assyrie/