RIMBAUD ARTHUR

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'appel des lointains

Né à Charleville en 1854, Rimbaud, fort tôt, dut constater l'absence de son père, militaire de carrière, qui s'était séparé de sa mère, Vitalie Cuif, une paysanne de Roche, alors qu'il n'avait que six ans. L'étroit milieu carolomacérien, où Mme Rimbaud fait figure de personnalité revêche et rigoriste, où l'enseignement du collège est dispensé par un personnel mêlé de laïcs et de prêtres, constitue le monde où il doit vivre. Il découvre alors le superbe antidote de la poésie par le biais d'exercices scolaires tout d'abord, notamment de compositions en vers latins où il excelle par son savoir et son invention : ce seront ses premiers textes publiés, dans le Bulletin de l'académie de Douai. Les recueils poétiques qu'on lui prête ou qu'il vole, les récents fascicules du Parnasse contemporain lui révèlent bientôt un autre univers. Théodore de Banville, Gautier, Leconte de Lisle, autant de modèles qu'il admire et saura démarquer avec toute la vivacité de son génie, cependant que Hugo reste encore pour lui un inévitable sommet, dont il rejette l'emphase, mais retient la fantasia verbale. Déjà, parmi toutes ces voix, il entend celle qui, irrésistiblement, l'appelle : l'étrangeté maléfique de Baudelaire. En 1870, l'heure est venue pour lui d'entrer plus avant en poésie, d'autant qu'un jeune professeur de vingt et un ans, Georges Izambard, assure maintenant les cours de littérature en classe de rhétorique. Confident et lecteur, Izambard donne son avis, encourage, éveille cet esprit hors du commun. Rimbaud, qui n'a pas seize ans, n'hésite pas à s'adresser au plus illustre Parnassien, Banville, auquel il envoie en mai une longue lettre et trois poèmes : Ophélie, un tableau de genre ; Sensation, deux quatrains où s'annonce son sens du vagabondage ; Credo in unam surtout, une sorte de grand manifeste en faveur du paganisme et de la traditionnelle beauté antique. Si l'envoi ne lui vaut pas encore de figurer dans une des livrais [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 8 pages

Écrit par :

  • : agrégé de lettres classiques, docteur d'État, université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, professeur de littérature française à l'université de Nantes

Classification

Autres références

«  RIMBAUD ARTHUR (1854-1891)  » est également traité dans :

RIMBAUD ARTHUR - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Jean-François PÉPIN
  •  • 554 mots

20 octobre 1854 Naissance de Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud à Charleville.1869 Entre en classe de rhétorique.1870 Publication dans la Revue pour tous des « Étrennes des orphelins ». Arrivée au collège d'un nouveau professeur, Georges Izambard, qui aura une grande influence sur Rimbaud.24 ma […] Lire la suite

ILLUMINATIONS, Arthur Rimbaud - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Hédi KADDOUR
  •  • 1 071 mots

Les Illuminations furent publiées en octobre 1886 par les éditions de La Vogue, après publication dans la revue du même nom, de mai à juin 1886. En 1887, le critique et écrivain Félix Fénéon qui avait procuré l'édition en souligna l'importance dans Le Symboliste, disant que ce texte était « en dehors de toute littérature et sans doute au-dessus ». Dans sa pr […] Lire la suite

UNE SAISON EN ENFER, Arthur Rimbaud - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Hédi KADDOUR
  •  • 1 055 mots

Cette plaquette de proses fut publiée en 1873 à Bruxelles, à compte d'auteur. Une rumeur a longtemps voulu qu'Arthur Rimbaud ait ensuite brûlé cette édition ; en fait comme il avait négligé de solder son compte auprès de l'éditeur, celui-ci en avait conservé par devers lui la plupart des exemplaires. Le stock ne fut retrouvé qu'en 1901. Dans l'intervalle, la revue La Vogue avai […] Lire la suite

CORBIÈRE TRISTAN (1845-1875)

  • Écrit par 
  • Jude STÉFAN
  •  • 526 mots

Bien que son œuvre, Les Amours jaunes (1873), s'avère moins magnifique que la leur, le nom de Tristan Corbière, fils d'un écrivain de renom régionaliste, Édouard Corbière, devait être cité aux côtés de ceux de Rimbaud et de Lautréamont : comme les leurs, cette œuvre est porteuse d'une analogue révolte contre l'existence et d'un semblable refus dans la forme même. « On aime jaune comme on rit jaun […] Lire la suite

LITTÉRATURE - La littérature comparée

  • Écrit par 
  • Pierre BRUNEL
  •  • 11 123 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Des influences avouées »  : […] Jean-Sébastien Bach n'hésitait pas à publier sous son nom des transcriptions de concertos de Vivaldi. De même, l'œuvre littéraire n'était pas autrefois considérée comme une chasse gardée (d'où les problèmes d'attribution parfois si difficiles pour les pièces du théâtre élisabéthain ou du théâtre espagnol du Siècle d'or). L'influence a donc pu aller parfois jusqu'au plagiat. Lesage en a été maint […] Lire la suite

NOUVEAU GERMAIN (1851-1920)

  • Écrit par 
  • Alain PETIT
  •  • 1 530 mots

Dans le chapitre « Une quête spirituelle ou un naufrage ? »  : […] Germain Nouveau naquit à Pourrières, petit village du Var. Il semble avoir eu du ressentiment envers sa mère, si l'on en croit le poème Dernier Madrigal . Orphelin très jeune, la seule affection qui lui resta fut celle de sa sœur Laurence. Après avoir fait ses études secondaires et envisagé une vocation religieuse, il monte à Paris, où il dissipe rapidement son petit héritage. Il mène alors une vi […] Lire la suite

PARNASSE, mouvement littéraire

  • Écrit par 
  • Pierre FLOTTES
  •  • 2 524 mots

Dans le chapitre « Destin du Parnasse »  : […] Aux Poèmes antiques de 1852, aux Poèmes barbares (1862, 1872), Leconte de Lisle avait ajouté les Poèmes tragiques en 1884 ; sa vie s'était adoucie, l'Académie se résigna à le recevoir en place de Hugo, la reine de Roumanie lui envoyait ses ordres, il mourut en 1894 chez une de ses admiratrices. Le Parnasse avait enfin réussi à s'imposer. Il avait beau ignorer la politique, il apportait, même in […] Lire la suite

PIGNON-ERNEST ERNEST (1942- )

  • Écrit par 
  • Gilbert LASCAULT
  •  • 2 007 mots

Dans le chapitre « Rimbaud, Pasolini, Caravage... »  : […] À partir de 1978, sur de multiples murs de Paris, quatre cents sérigraphies montrent, grandeur nature, interrogeant les passants et la ville, poète présent au cœur des agitations urbaines, Arthur Rimbaud, attentif et distrait, manifestant sa capacité de s'absenter, d'être toujours un autre, d'être à la fois pleinement ici et toujours ailleurs. Son image est proche de la photographie d'Étienne Car […] Lire la suite

POÈME EN PROSE

  • Écrit par 
  • Jacques JOUET
  •  • 1 014 mots

La frontière qui sépare la poésie de la prose n'est guère indiscutable qu'aux yeux de ceux qui réduisent la poésie à la seule versification. Pourtant, cette frontière — son tracé ou bien son existence même — n'a jamais cessé d'être contestée de toutes parts, à toutes les époques. Le poème en prose , depuis le romantisme, est un des lieux privilégiés de cette contestation. Auparavant, il faut se so […] Lire la suite

POÉSIE

  • Écrit par 
  • Michel COLLOT, 
  • Dominique VIART
  •  • 9 390 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Modernité et altérité »  : […] D'une façon générale, la « révolution » qui a bouleversé le langage poétique en Occident, depuis le milieu du xix e  siècle, paraît souvent comme une contestation systématique de la prédominance du principe d'équivalence. À tous les niveaux de l'organisation du poème, elle a multiplié les ruptures, libérant la différence du cadre rassurant de l'alternance, pour faire surgir une véritable altérité. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean-Luc STEINMETZ, « RIMBAUD ARTHUR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 septembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arthur-rimbaud/