NAÏF ART

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Le calendrier des postes

Le calendrier des postes est reçu comme une icône, à savoir comme image d'une réalité adorable ou d'une irréalité non moins adorable. L'expression « calendrier des postes » désigne tout autant les pages-couvertures du Petit Journal que les catalogues des grands magasins. Des images de grande diffusion dans un style fatalement académique puisqu'il n'était pas question de s'adresser à Corot, à Manet, à Gustave Moreau, ni à Toulouse-Lautrec ! L'académisme d'alors vaut par une certaine précision de l'image irrémédiablement compromise par l'absence totale de vérité humaine, la convention absolue de la mise en scène, l'affectation des gestes et des sentiments. Images lisibles autant que fausses. Ce dont, en dépit du respect avec lequel il les considère (puisque tout de même on a pris la peine de les choisir, de les imprimer à des milliers et des milliers d'exemplaires pour les donner, en somme, comme modèle esthétique et moral à la foule !), l'homme du peuple ne peut manquer de se sentir plus ou moins confusément averti. Surtout si l'image, comme il est fréquent, fait allusion à sa propre expérience des êtres et des choses. En effet, la peinture académique de la fin du xixe siècle et du début du xxe est essentiellement (tout comme son prolongement commercial dans l'imagerie à bon marché) peinture de genre ou de genres : l'histoire, la légende, la mythologie, la Bible (ce sont les genres nobles, qu'adoptera par exemple André Bauchant), mais aussi le portrait, la nature morte et plus encore les scènes de la vie quotidienne, qu'elle tente d'arracher à l'hydre menaçante de la photographie (les noces, les conscrits, les normaliens, les ministres en rangs d'oignons) par un effort vers la fantaisie. Il suffit de feuilleter n'importe quel catalogue d'exposition d'art naïf pour s'apercevoir que le répertoire naïf est exactement celui du calendrier des postes. Non pas qu'il faille incriminer ici une faiblesse à imaginer. Au contraire : l'artiste naïf porte témoignage de ce qu'il connaît et, de ce fait, s'inscrit en faux contre l'imagerie académique. Il en a assez, notamment, de ces paysans d'opérette et de ces promeneurs sophistiqués, de ces villages préfabriqués et de ces villes sans âme ! L'artiste naïf veut montrer le vrai visage des choses.

Calendrier de l'année 1897

Photographie : Calendrier de l'année 1897

Calendrier de l'année 1897. Institution Provvidenza baliatica, Milan, Italie. 

Crédits : De Agostini Picture Library/ Bridgeman Images

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Calendrier de l'année 1897

Calendrier de l'année 1897
Crédits : De Agostini Picture Library/ Bridgeman Images

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Moi-même. Portrait-paysage, H. Rousseau

Moi-même. Portrait-paysage, H. Rousseau
Crédits : Bridgeman Images

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., docteur ès lettres

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Pour citer l’article

José PIERRE, « NAÏF ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-naif/