JÉSUITE ART

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Y a-t-il un style jésuite ?

La part une fois faite à une mythologie pittoresque et singulièrement vivace, le séculaire écheveau politico-littéraire tant bien que mal dénoué, ou du moins dénoncé, reste un vrai problème. Car la Compagnie, c'est un fait, a joué un rôle énorme pendant toute cette époque d'intense construction religieuse que fut l'époque de la Contre-Réforme. Les églises bâties directement par elle se comptent par centaines, les statues et les tableaux exécutés sur son ordre par milliers, en Europe et en Amérique. Pour quiconque a présents à l'esprit sa constitution centralisée, la précision de ses objectifs, ainsi que l'intérêt porté par saint Ignace lui-même aux techniques de la visualisation, il est tentant de présupposer une doctrine artistique jésuite ferme et cohérente, un corps de directives applicables d'Anvers à Palerme, de Wilno à Cadix et du Mexique au Potosí – et influençant au besoin, à travers tant de maisons prospères, tout l'art sacré contemporain.

Pierre Moisy a interrogé les faits, au moins dans le domaine architectural et dans les frontières de l'« assistance de France » (c'est-à-dire l'ensemble des provinces jésuites contrôlées par l'assistant du général pour la France). Il aboutit à des conclusions catégoriques : le général et ses conseillers romains examinent certes tous les projets, mais leurs corrections et leurs instructions s'inspirent de considérations administratives et financières, s'attachent à faire respecter des normes fonctionnelles, et ne se préoccupent jamais d'esthétique. Tous les bâtisseurs d'églises doivent tenir compte de la politique de la Compagnie et des exigences de la spiritualité ignacienne : une nef de préférence sans bas-côtés (mais cette simplification exprime une tendance commune à toute l'époque) et fréquemment pourvue de tribunes, un chœur de proportions modestes, un « sanctuaire », simple enveloppe du maître-autel dans les parois duquel s'ouvrent, au premier étage, les fenêtres de quelques oratoires privés. Il faut u [...]

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Pour citer l’article

Pierre CHARPENTRAT, « JÉSUITE ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 septembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/art-jesuite/