ART & SCIENCES

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Quelques exemples d'études et de recherches réalisées en laboratoire

L'exploration d'un tableau de chevalet se fait d'abord avec la lumière frisante, qui provoque des ombres à partir des moindres reliefs causés par des craquelures, un décollement de la couche picturale, un empâtement de la matière utilisée dans un repeint ou une pliure de la toile autrefois réduite dans son format. Les ultraviolets émis par une lampe à vapeur de mercure, ou lampe de Wood, provoquent des phénomènes de fluorescence sur certains matériaux et permettent de distinguer les apports d'une restauration, les usures, les vernis refaits. Ces premiers examens sont donc importants pour établir l'état de conservation du tableau. Les infrarouges pénètrent aussi dans la couche picturale et impressionnent une plaque photographique. À l'aide d'une caméra qui explore la surface du tableau, la méthode de la réflectographie infrarouge fait apparaître les dessins sous-jacents exécutés au fusain, dessins préparatoires de la composition définitive, ainsi que des indications de repères placées sur la couche de préparation. On peut ainsi trouver, sous la couche des couleurs, la trace des hésitations de l'artiste dans l'attitude des personnages représentés ou la mention de couleurs qui ont été par la suite appliquées ou pas.

Les rayons X, émis par un tube de 30 à 100 kilovolts, traversent le tableau et apportent des informations sur la couche picturale visible plus ou moins restaurée, sur d'éventuelles superpositions de couches picturales, sur la couche de préparation et enfin sur le support. Celui-ci peut être caractéristique d'un artiste, qui choisit, par exemple, des panneaux de chêne ou de peuplier, les assemble selon des techniques éprouvées, les enduit de la couche de préparation sur laquelle il peint ; un autre artiste utilisera toujours le même type de toile, tissée plus ou moins serrée, en lin ou en chanvre, et tendue sur un châssis en bois. Pour Les Noces de Cana (1563), œuvre de très grandes dimensions, conservée au musée du Louvre, Véronèse a utilisé deux grandes pièces cousues en leur milieu. La couture, plus ou moins soignée, des deux parties, couture souvent défaite et refaite, retrace l'histoire de la toile présentée d'abord à Venise dans le réfectoire de San Giorgio puis au Louvre, après son transport en France en 1798. Restaurée en 1989-1991 l'œuvre a été radiographiée dans le musée même, et de nombreuses observations ont été faites à cette occasion, en particulier sur les repentirs (ou hésitations) du peintre et sur les modifications apportées ultérieurement à la toile.

La radiographie des tableaux permet de faire de nombreuses découvertes au niveau de la couche picturale : elle révèle parfois des modifications dans la composition ou dans l'attitude des personnages. Ces repentirs éclairent l'évolution des intentions de l'artiste, qui met en valeur ou supprime tel geste ou telle expression. Deux exemples sont célèbres à cet égard : L'Homme blessé (musée d'Orsay) de Courbet est un homme abandonné par la femme qui apparaît à la radiographie et qui n'est plus visible dans la version définitive ; L'Autoportrait (musée d'Antibes) de Picabia se révèle comme un masque qui cache l'enlacement d'un homme et d'une femme, peint au cours d'une précédente élaboration. Les tableaux sont des confidences visuelles, autobiographiques, témoins vite cachés par l'artiste. De nombreuses œuvres révèlent à la radiographie des changements de composition radicaux.

Dans son film Le Mystère Picasso, Henri Clouzot a su montrer le peintre au cours des différentes étapes de la création, étapes que l'on retrouve en analysant des radiographies de tableaux tels que La Flûte de Pan du Centre Georges-Pompidou à Paris ou La Joie de vivre du musée d'Antibes. Parfois, il n'y a aucune relation directe entre deux peintures superposées d'un même artiste : celui-ci a eu simplement besoin en urgence d'une nouvelle toile et a réutilisé la première, jugée de moindre intérêt. C'est le cas d'une œuvre attribuée à Rembrandt et conservée au musée du Louvre, un Jeune Homme. Sous cette composition la radiographie révèle une tout autre œuvre : une vieille femme penchée sur un berceau. Il est vraisemblable que la première version soit aussi de la main du maître. Pourquoi a-t-il superposé deux compositions aussi différentes ? Et que dire des trois superpositions reconnues dans le tableau de Goya Les Vieilles (musée de L [...]

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  • : conservateur général du patrimoine, directeur de la rénovation du musée de l'Homme

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Pour citer l’article

Jean-Pierre MOHEN, « ART & SCIENCES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 février 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-et-sciences/