ART ET CULTURE, Clement Greenberg

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La défense de l'avant-garde contre le kitsch

L'article « Avant-garde et kitsch » a été écrit à un moment historique crucial (1939), celui de la catastrophe annoncée de la barbarie nazie, et publié dans Partisan Review, revue de la gauche intellectuelle antistalinienne marquée par le trotskisme. Clement Greenberg y soutient, dans une approche qui se veut marxiste, que la crise culturelle résulte de la situation paradoxale de l'avant-garde artistique dans la société capitaliste et du déclin de la bourgeoisie à laquelle elle reste « attachée par un cordon ombilical d'or ». Avec la révolution industrielle, qui a détruit toute culture populaire traditionnelle, les masses nouvellement urbanisées et alphabétisées, insensibles aux valeurs culturelles authentiques, sont avides d'un succédané de culture allié au divertissement, le kitsch : « Il s'agit d'un art et d'une littérature populaires et commerciaux faits de chromos, de couvertures de magazines, d'illustrations, d'images publicitaires, de littérature à bon marché, de bandes dessinées, de musique de bastringue, de danses à claquettes, de films hollywoodiens, etc. » Face à la « détérioration de la haute culture », l'indépendance de l'artiste est nécessaire pour résister à toute récupération. Greenberg propose alors une version mélancolique et pessimiste de l'avant-garde artistique : son rôle consiste moins à s'articuler à un projet politique qu'à participer, dans un rapport de continuité au passé, plutôt qu'en pratiquant la table rase, au sauvetage de la qualité devant l'invasion du kitsch, « ramassis de tous les faux-semblants de la vie de notre temps ».

Si, par certains aspects, cette inquiétude devant un art appelé à être absorbé par une société mercantile peut faire songer à la pensée d'Adorno et de Benjamin, Greenberg s'en éloigne cependant (de façon de plus en plus nette au fil des années) par une conception de « l'art pour l'art » qui se verra attaquée pour son idéalisme et son purisme formaliste. Ce « retournement » d'une analyse partie du marxisme pour aboutir à ce qui sera compris par beaucoup comme un « élitisme conservateur » suscitera de nombreux malentendus et polémiques.

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Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain, université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Patrick de HAAS, « ART ET CULTURE, Clement Greenberg », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 décembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/art-et-culture-clement-greenberg/