ÉQUESTRE ART

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Équitation et art équestre

Les origines

Au début du Quaternaire, l'image du cheval apparaît aux côtés de l'homme de Néanderthal dans sa forme presque définitive. Dès lors, l'histoire de l'humanité est liée à celle du cheval.

Tous les peuples s'efforcèrent d'utiliser l'énergie du cheval, tentant de capter au mieux sa force motrice au moyen de perfectionnements successifs apportés aux modes d'attelages et aux organes essentiels du harnachement de selle : le mors, la selle, les étriers et les fers. Le mors – ce frein nécessaire pour mener le cheval monté et régler ses allures – apparaît en Mésopotamie dès le IVe millénaire. Ce n'est qu'au ve siècle de notre ère que les Byzantins découvrent les autres éléments indispensables au développement complet de l'équitation : la selle, les étriers et les fers. Le cavalier peut alors utiliser toutes les ressources du cheval dans ses déplacements, ses chasses et ses combats.

Les techniques équestres de l'Antiquité sont peu connues. La récente découverte de tablettes hittites (1490 av. J.-C.) fournit les premiers principes d'un art équestre. Ils sont dus au guerrier Kikuli et traitent de l'entraînement progressif des chevaux utilisés à la traction des chars de combat. Plus tard, vers 424 avant J.-C., un hipparque grec, Simon d'Athènes, remarque justement, dans un ouvrage consacré à l'art équestre : « Dans ce qu'il fait malgré lui, le cheval ne met pas plus d'intelligence et de grâce qu'un danseur qu'on fustigerait et piquerait de l'aiguillon. » Son disciple Xénophon rédigea vers 370 un traité De l'équitation, une des œuvres les plus magistrales écrites sur ce sujet.

Les Grecs et les Romains usèrent du cheval non seulement comme d'un moyen pratique guerrier et sportif, mais comme un des principaux éléments de leurs jeux ; il ne semble pas, cependant, malgré la légende des Sybarites et de leurs chevaux dansants, que l'Antiquité ait véritablement cultivé l'art équestre, tel qu'on le conçoit aujourd'hui tout au moins. Le tripudium des Romains, pratiqué dans les manèges, était un trépigné, ancêtre sans doute du piaffer. Les allures les plus prisées à cette époque, et communes à tous les peuples de l'Antiquité occidentale jusqu'à l'invention de la selle et de l'étrier, étaient l'ambulatoria (pas amblé) et le canterius (petit galop), deux allures de voyage les moins fatigantes pour le cavalier.

Les documents connus permettent de penser que c'est entre le ixe siècle (après la mort de Charlemagne) et le xiie siècle que les plus grands progrès se sont accomplis dans les harnachements de trait et de selle, et par la ferrure. Grâce à eux, l'énergie animale est utilisée au mieux, gaspillée qu'elle était jusque-là par des colliers de trait étrangleurs ou sous-employée par des cavaliers instables. C'est encore grâce à ces inventions que progresseront, après le xiie siècle, les méthodes d'équitation de l'Occident latin ; le cheval devient le premier élément de combat, et il le reste jusqu'au xixe siècle.

La naissance de l'art

Au xve siècle, l'équitation crée une forme d'expression. Jusqu'alors, le cheval n'avait été utilisé que comme un instrument au service de l'homme.

La première incarnation du mythe du centaure apparut au début du xvie siècle avec les seigneurs espagnols de la suite de Ferdinand d'Aragon à son quartier général de Naples. Le cheval espagnol, merveille de force et d'équilibre, offrait aux écuyers napolitains l'éblouissante vision d'une équitation dont la beauté égalait l'efficacité. La subtilité de quelques hommes, conjuguée à l'adresse de l'animal, révéla les débuts de l'art équestre. À la même époque, c'est encore en Italie, sous la protection des grands ducs de Toscane, qu'est exploré pour la première fois le domaine de l'équitation formelle.

Les académies napolitaines et florentines d'équitation influenceront celles des États voisins, particulièrement de la France ; bénéficiant de ressources plus vastes, les académies de ces États atteindront leur plein épanouissement et deviendront une des expressions de la monarchie classique. Dès lors, l'art nouveau ne cessera de se perfectionner jusqu'au xviiie siècle ; il atteindra son apogée au manège royal de Versailles.

L'art équestre se différencie de l'équitation-transport et de l'équitation-sport comme la chorégraphie se distingue de la marche ou de l'exercice physique. Il vise en effet, grâce à des moyens rationnels, à l'équilibre le plus parfait entre cheval et cavalier, en prenant pour modèle l'air naturel de l'étalon libre et triomphant. Les attitudes du cheval d'école correspondent toutes aux différentes phases d'un combat singulier entre deux chevaux ou entre deux couples cheval-cavalier.

César Fiaschi, gentilhomme ferrarais, fondateur d'une des premières académies d'équitation, a recherché dans le rythme musical la cadence du pas de ses chevaux, mariant ainsi leurs mouvements au rythme de la musique. « Sans temps et mesure, ne se peut faire aucune bonne chose », écrit-il. L'action de cet écuyer est au point de départ de la théorie de l'équitation.

L'acte équestre : art ou technique

Une pratique aisée – tact, habitude, talent – est le fondement de l'art équestre. La condition de cette pratique est un savoir que le cavalier doit accumuler par un long apprentissage. Personne ne peut être bon homme de cheval s'il ne connaît l'usage de ses aides et s'il ne sait mettre à profit les moyens physiques du cheval, s'il ignore les éléments de la psychologie et de la physiologie animales ; il ne peut réussir à se placer convenablement à cheval s'il n'a appris les règles qui déterminent la position. Il faut que l'esprit les conçoive en même temps que le corps s'y accoutume ; la théorie et la pratique s'assistent mutuellement et continuellement. Le dressage d'un cheval, suivant la définition de l'art équestre, consiste, par une méthodologie précise, à mettre l'animal dans diverses positions qui le conduisent à agir et à produire les allures et les airs. La qualité des variations dans l'exécution définit la haute école. C'est à quoi visent toutes les méthodes éprouvées.

Le premier élément de la technique équestre est par conséquent la capacité du cavalier à se maintenir dans une position rigoureusement immuable et néanmoins dynamique. Les modifications de l'équilibre juste du cheval, à toutes les allures, dans tous les airs et dans toutes les utilisations, sont innombrables. Le corps de l'écuyer doit constamment les épouser ou ne s'en dissocier délicatement que dans la mesure où il recherche, par variation de l'équilibre, à varier l'allure, l'air ou la cadence, ou à en changer. Ces principes forment une base dont la valeur s'étend à toutes les disciplines de l'équitation. Les plus élémentaires d'entre elles doivent tirer de la haute équitation tout l'avantage que procure la maniabilité d'un cheval assoupli et équilibré.

La technique du dressage des chevaux de haute école réside d'abord dans la création, par association contiguë, de réflexes et d'habitudes. À partir de ce langage conventionnel, il est possibl [...]

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Pour citer l’article

Michel HENRIQUET, « ÉQUESTRE ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-equestre/