ART (Aspects esthétiques)Le beau

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Quel beau ?

Dans ce retour de la beauté, on doit remarquer deux choses. En premier lieu, l'harmonie, les notions classiques de proportion et d'ordre sont loin. La beauté comporte désormais une fonction de signal et de capture de la curiosité. Elle doit singulariser, faire voir et en devient donc criarde, étonnante, marquante. D'où l'importance du marquage des corps, l'emprunt de signes ethniques, punk, gothiques, primitifs ; d'où les couleurs outrées, les maquillages exacerbés, les marques exotiques, les symboles marqueurs ; d'où la recherche des surprises et de l'originalité. En même temps, cette recherche de la beauté possède une signification biologique et vitale : elle exprime le refus de la mort, de la maladie, du vieillissement, du temps qui passe. La chirurgie esthétique comme l'industrie du cosmétique reposent sur cette négation de la mort. Le corps devient l'ultime parure et le rempart paradoxal contre sa propre déchéance. La dimension de la séduction sexuelle est également présente : il faut éblouir, captiver, susciter le désir.

Cette beauté rejoint au fond l'analyse que donnait Darwin des comportements esthétiques des animaux et des humains. Elle individualise celui qui la possède, le signale comme vivant, et éventuellement, augmente ses chances de reproduction. La beauté visible devient la marque de la « vie vivante ». C'est fort peu de choses, rien de substantiel, plutôt une accroche conventionnelle pour matérialiser des différences, et dont la projection sur tel ou tel objet ou corps paraît foncièrement arbitraire.

Une beauté libre, sans attache, colore ainsi le monde, se posant partout sans adhérer nulle part. Pour autant, bien sûr, le monde n'en devient pas substantiellement plus beau. Seulement, tout y est perçu sous la modalité esthétique : les manières de s'habiller, de penser, d'exister, d'agir et de juger. L'esthétique est portée au rang de valeur suprême – de Souverain Bien.

Le Beau transcendantal de la scolastique n'est plus une catégorie, dont on se demandait si elle s'ajoutait ou non aux autres tran [...]

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  • : professeur de philosophie à l'université de Rouen, membre de l'Institut universitaire de France

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Pour citer l’article

Yves MICHAUD, « ART (Aspects esthétiques) - Le beau », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-aspects-esthetiques-le-beau/