ART (Aspects culturels)Le marché de l'art

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La crise du marché et l'anomie esthétique

La crise de l'ensemble du marché de l'art date de 1975. Elle est liée à la conjoncture économique générale, mais n'atteint pas de la même manière les différents secteurs du marché. Moins vulnérable que celui de l'art rigoureusement contemporain, le marché des œuvres entrées dans l'histoire connaît cependant ses propres difficultés. La raréfaction de l'offre accentue la compétition interne entre les marchands et les salles des ventes comme la compétition externe entre les différentes places (Londres, New York, Paris). Le fait que la crise atteigne ces différentes capitales, en dépit de la diversité des problèmes propres à chaque pays, atteste son caractère international. En ce qui concerne la France, la relance du marché extérieur suppose une réforme de la Compagnie des commissaires-priseurs et des ventes publiques, d'une part ; une révision des dispositions légales et réglementaires concernant l'exportation, d'autre part. Le marché intérieur devrait bénéficier de l'augmentation des crédits publics pour les musées et de l'expansion des marchés locaux ; le marché parisien n'a plus, en effet, l'exclusivité des enchères importantes et les différentes régions, en quête de leur identité, retrouvent de bons peintres de naguère injustement délaissés. De plus, la peinture ancienne est relativement moins chère que la peinture moderne et contemporaine.

L'art contemporain est encore plus vulnérable que l'art ancien aux effets de la conjoncture. Les peintres impressionnistes ont subi, en leur temps, le contrecoup des désastres financiers de 1884 et les artistes des années trente ont éprouvé, plus durablement encore, celui de la grande dépression économique. La répercussion de la crise de 1975 a été immédiate sur la condition des artistes. Alors que, dans les années cinquante, l'échelle de notoriété des artistes coïncidait avec l'échelle des cotes et, grossièrement, avec les ventes, des distorsions entre la notoriété et le succès commercial sont apparues au cours des années soixante et soixante-dix. Un artiste peut fort bien être aujourd'hui célèbre au sein de l'intelligentsia internationale de l'art sans avoir le moyen de vivre de son art. De plus la rotation s'est faite très rapidement et, parmi les peintres abstraits reconnus des années cinquante, certains sont devenus ou redevenus figuratifs, d'autres se consacrent quasi exclusivement à l'enseignement et la trace de beaucoup semble déjà perdue.

Le secteur le plus atteint du marché de l'art contemporain a été celui des récentes avant-gardes. Les effets de la contestation de l'art dans et par l'art, comme de la contestation du marché, ne pouvaient pas, en effet, ne pas se répercuter sur le marché de l'art. Les artistes ont explicitement cherché à rendre leur travail irrécupérable par le marché : œuvres in situ, réalisations éphémères, utilisation de nouveaux supports autorisant la reproduction. Certes, le marché a paru faire face victorieusement à la contestation, en sauvegardant la rareté (unicité de la signature et tirage limité des œuvres ou substituts d'œuvres ou constats d'actions) et en faisant du tourbillon innovateur perpétuel le principe même de son fonctionnement. Mais la spéculation s'inquiète vite d'une rareté menacée par la surproduction (l'usage de la peinture acrylique comme celui de la photoprojection ont autorisé une plus grande vitesse d'exécution) ou par la reproduction (compte tenu des nouveaux supports). Le snobisme est affronté à la « mise hors d'usage psychologique de la nouveauté » sans cesse dépassée par une autre nouveauté (Vance Packard). La plupart des recherches artistiques menées au cours des années soixante et soixante-dix, dans leur zone la plus subversive, ont exigé, pour être comprises dans la complexité de leur intention, un haut degré de complicité culturelle. C'est par la qualité de son information et grâce à sa familiarité avec le milieu et les règles du jeu que se distingue le connaisseur, et son plaisir, si plaisir il y a, est au second degré. Même si une clientèle potentielle se dessine dans la nouvelle classe moyenne intellectuelle, culturellement sophistiquée, l'extension de la demande privée souffre de la disparition de trois motivations d'importance : la spéculation, le snobisme et la délectation. La demande institutionnelle – avec la floraison internationale des musées d'art contemporain – a pris le relais, contribuant ainsi à l'officialisation des avant-g [...]

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The Big Family no1, Zhang Xiaogang

The Big Family no1, Zhang Xiaogang
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Canyon de M. Mayer à la Foire internationale d'art de Bâle, 2007

Canyon de M. Mayer à la Foire internationale d'art de Bâle, 2007
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Écrit par :

  • : directrice de recherche émérite au CNRS
  • : professeur de sociologie de l'art à l'université de Marne-la-Vallée, ancien élève de l'École normale supérieure de Cachan et de l'Institut d'études politiques de Paris, professeur agrégé de sciences sociales, membre de l'Institut universitaire de France

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Pour citer l’article

Raymonde MOULIN, Alain QUEMIN, « ART (Aspects culturels) - Le marché de l'art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/art-aspects-culturels-le-marche-de-l-art/