ARRANGEURS DE LA CHANSON FRANÇAISE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Années 1920-1940 : le temps des pionniers

Au début du xxe siècle, rares sont les chefs d’orchestre-arrangeurs connus du public. Sur les disques 90 à 100-tours, puis 80-tours et 78-tours, on trouve parfois la mention « avec accompagnement d’orchestre », mais le nom du chef de la formation est rarement cité et la notion d’arrangement n’est pas vraiment évoquée.

En 1925, l’invention de l’enregistrement électrique avec microphone marque une véritable révolution qui permet d’enregistrer avec une plus grande finesse les divers instruments, notamment les cordes, et améliore la qualité du son rendu par les disques. Le marché de la musique est toujours plus florissant grâce au disque 78-tours, support des musiques enregistrées jusqu’au début des années 1950. C’est le nom du chef d’orchestre qui figure le plus souvent sur l’étiquette de la gravure et il faut attendre les années 1950 pour qu’apparaisse la mention « arrangements de… » sur quelques pochettes de disques, précision véritablement vulgarisée dans les années 1960.

Plusieurs chefs d’orchestre-arrangeurs marquent les années 1920-1930, entre autres Pierre Chagnon (1893-1957). De formation classique, il accompagne les célébrités du moment tels Mistinguett, Fréhel, Damia, Tino Rossi (Vieni Vieni), Lys Gauty (À Paris dans chaque faubourg), Fernandel (et sa célèbre chanson Félicie aussi) ou le chanteur au canotier, Maurice Chevalier. Preuve de l’importance croissante de ce métier, Chevalier cite le nom de Pierre Chagnon dans la chanson Quand on revient en 1927. Musicien réputé, Albert Valsien (1882-1955) – anagramme de son patronyme, Valensi – travaille dans les années 1930 avec Jean Lumière, Lina Margy ou Berthe Sylva qu’il accompagne et pour qui il arrange Les Roses blanches. Marcel Cariven (1894-1979) est un des plus prolifiques chefs d’orchestre-arrangeurs, notamment aux côtés de Tino Rossi (Marinella) ou Maurice Chevalier (Y’a d’la joie, un succès signé Charles Trenet pour la musique), développant en parallèle une fructueuse activité dans le domaine de l’opérette et du music-hall.

D’autres figures débutent avant-guerre. Avec son orchestre, Wal-Berg (né Voldemar Rosenberg, 1910-1994) accompagne à partir de 1933 Marlene Dietrich pour qui il compose et arrange la musique des chansons Assez et Moi j’m’ennuie, puis Danielle Darrieux, Jean Sablon ou Charles Trenet à ses débuts. Dans la lignée des maîtres anglo-saxons de l’époque, il signe des arrangements parfois teintés de jazz. Les pizzicati réalisés au violon offrent une couleur moderne à Charles Trenet, notamment pour Je chante, en 1937. Les titres à succès du « fou chantant » comme Boum ou Ménilmontant sont également arrangés par Wal-Berg, tout comme certaines chansons d’Édith Piaf, Damia, Léo Marjane puis, dans les années 1950, Suzy Delair et les débutants Gilbert Bécaud ou Dalida. Durant les années 1930 et 1940 se révèle aussi Jacques Météhen (1903-1986), l’un des premiers arrangeurs de Piaf (Mon Légionnaire, 1937). Il signe aussi des scores pour Charles Trenet (Bonsoir jolie madame, 1941), remplaçant Wal-Berg parti se réfugier à Monte-Carlo pour échapper aux lois antijuives, ou encore pour Lucienne Delyle et son immense succès Mon amant de Saint-Jean en 1942. À la fin des années 1940, il devient très actif dans le domaine de l’opérette.

Raymond Legrand (1908-1974), le père de Michel, débute dans les années 1930 comme saxophoniste de l’orchestre de Ray Ventura (1908-1979), formation liée aux succès Tout va très bien, madame la marquise ou Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? Il dirige ensuite son propre orchestre, accompagnant notamment sous l'Occupation et après la Libération Lucienne Boyer, Danielle Darrieux, Tino Rossi, Léo Marjane (Seule ce soir), Suzy Delair (et son célèbre Avec son tra-la-la), ou encore Colette Renard. À la Libération, son beau-frère Jacques Hélian (1912-1986) fait sensation à la tête de sa propre formation avec laquelle il enregistre Fleur de Paris, chanson-hymne célé [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Médias de l’article

Serge Gainsbourg, Alain Goraguer, Jacques Brel et Michel Legrand

Serge Gainsbourg, Alain Goraguer, Jacques Brel et Michel Legrand
Crédits : Jean-Pierre Leloir/ Gamma-Rapho

photographie

Mireille Mathieu, Paul Mauriat et Charles Aznavour

Mireille Mathieu, Paul Mauriat et Charles Aznavour
Crédits : Claude Delorme/ Universal Music France/ Gamma-Rapho

photographie

Yvan Cassar

Yvan Cassar
Crédits : Bertrand Rindoff Petroff/ Getty Images

photographie

Afficher les 3 médias de l'article


Écrit par :

  • : auteur, chroniqueur dans l'émission Étonnez-moi Benoît sur France Musique

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Serge ELHAÏK, « ARRANGEURS DE LA CHANSON FRANÇAISE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arrangeurs-de-la-chanson-francaise/