SCHÖNBERG ARNOLD

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La période « atonale »

C'est le Deuxième Quatuor de 1907-1908 qui constitue l'œuvre-charnière, le Janus bifrons de la musique moderne, l'équivalent sonore des Demoiselles d'Avignon que Picasso réalisa exactement au même moment. Il débute en fa dièse mineur, semble se désintégrer en un scherzo ricanant et anarchique, puis, avec l'adjuvant inattendu d'une voix de soprano chantant deux poèmes de Stefan George, il fait ses premiers pas, à la fois craintifs et émerveillés, dans l'inconnu sans pesanteur tonale : les paroles du finale : « Je sens l'air d'autres planètes » sont devenues à juste titre symboliques de toute la musique du xxe siècle. Malgré la grande crise conjugale de 1908, 1909 fut l'année miracle, celle qui vit l'achèvement du Livre des jardins suspendus, puis, coup sur coup, la composition des Trois Pièces pour piano, op. 11, des Cinq Pièces pour orchestre, op. 16 et du monodrame Erwartung, op. 17. Sans doute Schönberg ne retrouva-t-il plus jamais une pareille intensité d'inspiration « chauffée à blanc ». Ce sont là les premiers chefs-d'œuvre de la musique atonale et, en même temps, de l'expressionnisme musical. Mais, si Erwartung est impensable sans la révolution de la psychanalyse freudienne (c'est la plus téméraire plongée vers le subconscient jamais tentée par un musicien et, dans son audace informelle défiant toute analyse, la plus géniale et la plus vaste improvisation de toute la musique), la visionnaire troisième pièce de l'opus 16 annonce, un demi-siècle à l'avance, le Ligeti d'Atmosphères et toutes les musiques « statiques » actuelles, fondées sur l'exploration infinitésimale des paramètres sonores.

Les deux années suivantes marquent un inévitable temps d'arrêt, une crise : se heurtant de front au problème de la grande forme en l'absence des structures tonales et du développement thématique, Schönberg se consacre surtout à la peinture (il rencontre Kandinsky, et exposera trois de ses toiles au Blaue Reiter), ainsi qu'à la rédaction de son monumental Traité d'harmonie, dédié à la mémoire de Mahler, bilan de trois siècles de musique tonale et prémis [...]


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Pour citer l’article

Harry HALBREICH, « SCHÖNBERG ARNOLD », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/arnold-schonberg/