ARMÉNIE

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Nom officielRépublique d'Arménie (AM)
Chef de l'ÉtatArmen Sarkissian (depuis le 9 avril 2018)
Chef du gouvernementNikol Pachinian (depuis le 8 mai 2018)
CapitaleErevan
Langue officiellearménien
Unité monétairedram (AMD)
Population2 965 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)29 743

L'art arménien

Les tribus indo-européennes venues du haut plateau anatolien se trouvaient, de par la situation géographique du pays, placées entre deux domaines culturels différents : d'une part les civilisations asiatiques, d'autre part les civilisations méditerranéennes, qui jouèrent, mais à des degrés divers, un rôle dans le développement de l'Arménie.

Les fouilles n'ont encore mis au jour ni monuments ni œuvres d'art des siècles qui suivirent l'installation des Arméniens ; il n'est guère possible, dès lors, de déterminer ce que la tradition arménienne a pu conserver de l'art ouartien, ni de saisir quels ont pu être les apports de l'art achéménide. Avec les conquêtes d'Alexandre, l'Arménie entre dans l'orbite du monde hellénistique dont l'influence se maintient pendant longtemps. La ville de Tigranocerte, fondée par Tigrane II au ier siècle avant Jésus-Christ au moment de la plus grande expansion de l'Arménie, était un centre de culture grecque où des acteurs grecs jouaient des pièces d'Euripide ; le roi Artavazd II, fils de Tigrane, était réputé pour les tragédies et les récits qu'il avait lui-même composés. Au dire de Moïse de Khorène, des statues de divinités importées de Grèce ornaient quelques-uns des temples arméniens, et le seul fragment connu à ce jour, la tête d'une statue de déesse découverte à Erzinjian (l'ancienne Erez), est effectivement une œuvre grecque. Non loin d'Erevan, le temple de Garni, dont les ruines sont conservées, est un temple périptère de type hellénistique et, au palais de Garni, sur la mosaïque formant le pavement du bain, les divinités marines de la mythologie grecque sont désignées par des inscriptions grecques.

Pour autant qu'on puisse en juger par ces quelques vestiges, un art de caractère national ne commença à se former qu'après cette période, et c'est tout particulièrement dans le domaine de l'architecture que cette individualité s'est le mieux exprimée.

Les œuvres artistiques appartiennent à deux périodes distinctes : la première va du début de la conversion au christianisme jusqu'aux années qui suivent la conquête arabe (640) ; mais, en fait, les monuments conservés ne sont guère antérieurs au ve siècle ; la seconde période comprend des monuments qui s'échelonnent de 885 (l'Arménie recouvre son indépendance avec l'accession au trône du roi Achot Ier) à la fin du xive siècle.

Première période : Ve-VIIe siècle

Architecture

Pour l'architecture arménienne, cette période a été, à bien des égards, la plus créatrice. Les nombreuses églises conservées sont postérieures au partage de l'Arménie entre Byzance et la Perse, mais l'activité architecturale, durant ces siècles, est le fait de chefs, de nationalité arménienne ; en effet le pays fut gouverné en grande partie par des Arméniens et les grandes familles féodales avaient conservé leurs domaines. Ce sont ces chefs, ainsi que les catholicos, qui ont édifié les monuments sur lesquels ils se sont parfois fait représenter, et où ils ont fait graver les dédicaces qui permettent de les dater.

Les églises arméniennes sont construites avec les pierres volcaniques du pays qui revêtent souvent des teintes jaunes ou rosées ou même de tonalité plus foncée. Des parements de pierre, relativement minces et soigneusement appareillés, recouvrent un blocage de menues pierres et de mortier. Ce système de construction est employé pour toutes les parties : murs, voûtes, coupoles et même les supports isolés. Ces édifices sont en général de petite dimension, de forme massive et compacte, mais de proportions harmonieuses. L'aspect extérieur ne révèle pas toujours l'agencement de l'intérieur. Les fenêtres cintrées dans les murs sont petites et peu nombreuses ; dans les églises à plan central, l'éclairage principal est donné par les fenêtres qui s'ouvrent dans le tambour de la coupole. La sévérité des surfaces extérieures unies est atténuée par les encadrements des portes et des fenêtres, par des arcatures aveugles, par les niches ou renfoncements triangulaires et, de plus en plus, par une sculpture ornementale et même figurative. À partir du vie siècle, la coupole centrale, recouverte d'un toit conique, sera l'élément caractéristique commun à la grande variété des plans.

Les plus anciens édifices connus à ce jour sont des basiliques voûtées, le plus souvent à trois nefs : dans les uns, de type « oriental », un toit à deux versants recouvre les trois nefs, comme à K'asagh, dans d'autres, de type « hellénistique », la nef centrale s'élève sensiblement plus haut que les nefs latérales, comme à Ereruk. Dans quelques grandes basiliques, à Ereruk, et dans la forme primitive de Dvin et de Tekor, l'édifice était muni de portiques latéraux se terminant par des absidioles ou par des pièces transversales aux côtés de l'abside principale.

À côté du plan basilical qui dérive de la basilique païenne et qui présente plus d'analogies avec le type anatolien qu'avec le type syrien, les Arméniens ont employé de très bonne heure l'édifice à plan central et à coupole, dont les antécédents sont à rechercher parmi les mausolées de la basse Antiquité. C'est ce que viennent de révéler les fouilles récentes à Etchmiadzine ; l'église du ve siècle, dont on a retrouvé les fondations, avait la forme d'une croix inscrite dans un carré avec quatre niches axiales et saillantes, et quatre piliers libres portant la coupole. À partir du vie siècle, l'église à coupole deviendra le type prédominant, mais ces édifices présentent une très grande variété de plans et les solutions apportées au problème des constructions voûtées y sont diverses. Parmi les plans rayonnants on trouve des quatre-feuilles simples (Arzni, Agarak) et des églises polygonales à huit niches (Irind, Eghvard). À l'église de Zvart'nots, construite par Nersès III entre 644 et 652, une des œuvres maîtresses de l'architecture chrétienne, seule la niche orientale du tétraconque est un mur plein, les trois autres sont des exèdres à colonnes donnant accès à la galerie circulaire. Les arcs supportant la coupole reposaient sur quatre puissants piliers d'une grande hauteur, et l'ensemble de l'édifice s'élevait en trois gradins : celui de la galerie circulaire, celui des voûtes épaulant la coupole, et celui de la coupole elle-même.

Le carré central contre-buté par quatre absides revêt aussi des formes variées. La coupole sur trompes d'angles recouvre tout l'espace intérieur, elle est portée par huit arcs qui reposent sur les points de croisements des murs droits et des absides. À Mastara et à Art'ik (viie s.), l'abside orientale est flanquée de deux pièces latérales, et seules les trois autres absides se projettent à l'extérieur. L'église de Sainte-Hrip'simé à Vagharchapat (618), aux proportions harmonieuses, présente une variante typiquement arménienne : quatre petites niches outrepassées se logent sur les diagonales entre les quatre [...]

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Arménie : carte physique

Arménie : carte physique
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L'Arménie, République socialiste soviétique

L'Arménie, République socialiste soviétique
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Arménie, XIe siècle

Arménie, XIe siècle
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Pour citer l’article

Jean-Pierre ALEM, Françoise ARDILLIER-CARRAS, Christophe CHICLET, Sirarpie DER NERSESSIAN, Kegham FENERDJIAN, Marguerite LEUWERS-HALADJIAN, Kegham TOROSSIAN, « ARMÉNIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/armenie/