ARMÉEDoctrines et tactiques

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Quelques constantes

En filigrane à travers les doctrines se dessinent quelques constantes, sortes de vérités fondamentales qui soulignent combien l'essence du combat est la dialectique de deux volontés.

Un des plus anciens théoriciens militaires dont l'histoire ait conservé le souvenir, Sunzi (vie s. av. J.-C.), les avait déjà évoquées. D'un enseignement oral qui est à l'origine de tout l'art militaire chinois jusqu'à Mao Zedong se dégagent les principes suivants : imposer sa volonté à l'adversaire, l'obliger à se disperser ; agir du fort au faible, et en secret, mais être renseigné en permanence sur l'adversaire ; feindre, car tout acte de guerre est fondé sur la duperie (Mao Zedong écrira deux mille ans plus tard : « Tout l'art de la guerre est fondé sur l'art de duper ») ; fondre comme l'éclair quand l'adversaire se découvre, car la rapidité est l'essence de la guerre.

Dans sa correspondance militaire, Napoléon évoquera souvent les grands principes de l'art de la guerre et rappellera qu'Alexandre, Annibal et César leur ont été fidèles, mais, chef antidogmatique, il ne leur donnera jamais une formulation précise.

Par contre, Foch s'est attaché à les réduire à trois principes fondamentaux, qui, par leur abstraction même, peuvent s'appliquer à toutes les stratégies : économie des forces, liberté d'action, sûreté. L'économie des forces, « c'est l'art de peser successivement sur les résistances que l'on rencontre, du poids de toutes ses forces et pour cela monter ses forces en système », c'est la répartition optimale des moyens en vue de la bataille pour vaincre. Conserver sa liberté d'action, c'est se soustraire à la volonté de l'ennemi, parer à ses entreprises tout en préparant et menant l'action décisive. En bref, « il faut, comme à l'escrime, attaquer sans se découvrir ou parer sans cesser de menacer l'adversaire ».

Quelques années plus tard, le capitaine de Gaulle, voulant souligner le caractère essentiellement empirique de l'action de guerre, précisera : « Les principes qui régissent l'emploi des moyens : économie des forces, nécessité de procéder par concentration et, en conséquence, par phases ou bonds, surprise pour l'ennemi, sûreté pour soi-même, n'ont de valeur que par la façon dont ils sont adaptés aux circonstances [...]. Apprécier les circonstances dans chaque cas particulier, tel est donc le rôle essentiel du chef [...]. C'est sur des contingences qu'il faut construire l'action. » C'était mettre l'accent sur une autre constante de l'acte de guerre : la nécessaire adaptation des conceptions aux circonstances, grande leçon tirée d'une juste analyse des campagnes de l'Empire. Napoléon estimait que, si la tactique et les évolutions pouvaient s'apprendre dans des traités comme la géométrie, il n'en était pas de même pour la connaissance des hautes parties de la guerre (la partie « divine ») : « Il n'y a point de règles précises, déterminées ; tout dépend du caractère que la nature a donné au général, de ses qualités, de ses défauts, de la nature des troupes, de la portée des armes, de la saison et de mille circonstances qui font que les choses ne se ressemblent jamais. »

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Lazare Carnot

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Évacuation de blessés lors de l'offensive de Champagne de septembre
    1915

Évacuation de blessés lors de l'offensive de Champagne de septembre 1915
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Défilé militaire du 1er mai

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  • : docteur habilité à la recherche, diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, ancien chef du service historique de l'Armée de terre

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Pour citer l’article

Jean DELMAS, « ARMÉE - Doctrines et tactiques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/armee-doctrines-et-tactiques/