ARCTIQUE (géopolitique)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les pays de l'Arctique et l'éveil des peuples autochtones

La méditerranée Arctique ne compte que cinq pays riverains, en excluant l'Islande. Ainsi l'immense façade de l'Eurasie, de la presqu'île de Kola en Europe au détroit de Béring, sur plus de 5 000 kilomètres, relève d'un seul pays, la Russie. En Amérique du Nord, le Canada exerce sa souveraineté sur l'ensemble de l'archipel arctique qui termine le continent, et l'Alaska appartient aux États-Unis qui ont acheté cette colonie russe en 1867. En Europe du Nord-Ouest, Norvège et Danemark bordent l'Arctique. La première occupe l'extrémité septentrionale de la péninsule scandinave avec la province du Finnmark, entièrement située au nord du cercle polaire, et l'archipel du Svalbard. Quant au second, de retour au Groenland au xviiie siècle, après une première occupation viking à laquelle il avait participé, il a placé l'île sous sa souveraineté en 1921, en a fait une province danoise en 1953, avant de lui conférer une assez large autonomie en 1979.

Arctique : situation politique

Dessin : Arctique : situation politique

Pays riverains, principaux peuples autochtones et frontières maritimes dans l'Arctique (conception : F. Carré et F. Bonnaud). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

Afficher

Les cinq pays se partagent inégalement les territoires qui bordent l'océan Arctique. Le Groenland (Danemark) est entièrement situé dans le monde polaire, les autres n'y sont que partiellement et à des degrés divers. Le Canada et la Russie y sont les plus engagés ; les États-Unis sont les plus extérieurs, puisqu'ils n'y sont présents que par la façade septentrionale de l'Alaska qui est, certes, un État de l'Union depuis 1959, mais sans continuité avec le territoire national.

Quant aux archipels, situés à des latitudes encore plus élevées, ils appartiennent aujourd'hui aux pays riverains, ce qui n'a pas toujours été le cas pour deux d'entre eux. La Terre François-Joseph a d'abord été intégrée à l'empire d'Autriche-Hongrie, patrie de ses découvreurs, avant de passer à l'URSS (aujourd'hui à la Russie). Le Spitsberg, longtemps non revendiqué faute d'intérêt suffisant, est revenu avec quelques îles voisines à la Norvège par le traité de Paris en 1920 ; l'ensemble a pris le nom de Svalbard.

Sur les territoires de ces États souverains vivent des peuples autochtones, traditionnellement chasseurs, pêcheurs et éleveurs de rennes. Ces petits groupes d'habitants, dispersés et parfois nomades ou semi-nomades, ont, depuis le milieu du xxe siècle, pris conscience de leur identité et nourrissent des revendications territoriales, politiques et économiques. Ils rassemblent moins de 500 000 individus, répartis entre plusieurs dizaines de peuples, parmi lesquels les Inuits, appelés autrefois Esquimaux ou Eskimos, en Amérique du Nord et au Groenland, sont les plus nombreux (150 000). Mais il y a aussi les Sâmes (dénommés autrefois Lapons) en Scandinavie et jusqu'en Russie (60 000) et les divers « petits peuples » en Russie du Nord, qualifiés ainsi en raison de la faiblesse de leurs effectifs, environ 200 000 personnes au total pour une trentaine de groupes ethniques.

Ces peuples autochtones se sont groupés dans trois associations boréales qui exigent des compensations à la tutelle des pays riverains et entendent peser sur les politiques de développement économique de l'Arctique. L'Inuit Circumpolar Conference, constituée en 1977, a obtenu la reconnaissance de plusieurs territoires autonomes. Les Inuits du Groenland ont été les premiers à se voir concéder par le Danemark, en 1979, un statut d'autonomie politique au sein du royaume, encore renforcé en 2008. Les vingt mille Inuits du Canada, en dehors de la province de Québec, ont reçu la pleine propriété d'un vaste territoire septentrional, assorti de droits miniers dans certaines régions. Ainsi est né, le 1er avril 1999, le Nunavut, esquisse de territoire inuit au sein de l'État fédéral canadien. Au Québec, le régionalisme inuit a été reconnu à l’échelle provinciale sur toute la partie nord, désormais appelée Nunavik. En Alaska, la reconnaissance des autochtones est moins avancée, bien que, à la suite de la mise en valeur des gisements de pétrole de Prudhoe Bay, l'Alaska Native Claims Settlement Act (1971) ait rendu aux Indiens et aux Inuits 10 % du territoire et leur ait accordé des indemnisations financières en échange de l'abandon de leurs droits sur le reste des terres ancestrales. En Europe du Nord, les Sâmes ont créé des parlements en Norvège, Suède et Finlande pour défendre leur culture et leur identité. Enfin, chez les petits peuples du nord de la Russie, soumis à la russification et à la collectivisation sous le régime soviétique, l'éveil identitaire est moins marqué. Une association nationale des peuples du Nord (Russian Association of Indigenous Peoples of the North, Siberia and Far East) a vu le jour au début des années 1990, qui rassemble 185 000 autochtones dans l'Arctique, répartis en plus de vingt-cinq petits peuples ; pour le moment leurs revendications ne trouvent guère d'écho auprès du pouvoir central russe.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages


Médias de l’article

Arctique : situation politique

Arctique : situation politique
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Arctique : géo-économie

Arctique : géo-économie
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur de géographie de la mer à l'université de Paris-Sorbonne

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

François CARRÉ, « ARCTIQUE (géopolitique) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arctique/