ARCHITECTURE RELIGIEUSE AU XXe SIÈCLE, France

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Les Chantiers du Cardinal

Le poids démographique et, partant, l'enjeu politique représenté par la Région parisienne impliquaient la mise en œuvre d'un programme particulier. Le cardinal Verdier, nommé archevêque de Paris en 1929, en prendra l'initiative en 1931, dans le but avoué de favoriser l'évangélisation des classes laborieuses et de lutter contre la montée du communisme. Les Chantiers du Cardinal se substituaient alors à la modeste « Œuvre des chapelles de secours de la banlieue parisienne », instituée en 1901 mais qui, depuis la séparation des Églises et de l'État, devait se satisfaire de dons pour chacune de ses constructions.

En moins de dix ans, plus de cent nouveaux lieux de culte seront élevés dans les arrondissements périphériques de la capitale et en banlieue. La plupart des églises sont modestes et peu d'entre elles reflètent un réel souci d'innovation ; on notera d'ailleurs que, pour beaucoup, le programme décoratif l'emporte en ambition sur les formes architecturales. Les deux architectes les plus prolifiques, Henri Vidal et Charles Venner, se distinguent par un emploi exclusif de la pierre en façade, et donnent à leurs créations l'allure d'églises de campagne (une nef et un clocher en façade) ; pour autant, les charpentes métalliques ou de bois lamellés qu'ils utilisent fréquemment, sont de bons exemples d'application de procédés de construction économiques à l'architecture religieuse. Outre Sainte-Agnès de Maisons-Alfort, on retiendra parmi les œuvres les plus remarquables : Notre-Dame-des-Missions à Épinay par Paul Tournon (reconstruction du pavillon des Missions à l'Exposition des arts décoratifs de 1925), Saint-Stanislas des Blagis à Fontenay-aux-Roses (Georges Braive) ou encore Sainte-Jeanne-d'Arc à Gennevilliers (Marcel Favier), rare témoignage de l'influence allemande dans les églises de France.

L'œuvre des Chantiers du Cardinal est incontestablement plus riche à Paris, où la générosité de l'archevêché a de surcroît bénéficié de quelques faveurs de la Ville – quand ce n'était pas des conseils des architectes municipaux. Si, pour des raisons de coût, le plan basilical domine largement en banlieue, Paris se fait au contraire le terrain d'élection du style romano-byzantin. Saint-Pierre de Chaillot s'inspire du roman périgourdin, tandis que l'église de la Cité universitaire (rattachée aujourd'hui à Gentilly), placée sous le vocable du Sacré-Cœur, ne cache pas ses emprunts à la basilique de Montmartre. Quant à l'église du Saint-Esprit, de Paul Tournon, dans le XIIe arrondissement, n'est-elle pas considérée comme une réplique de Sainte-Sophie – bien qu'elle soit plus proche, en l'occurrence, de la mosquée de Schezadé également à Istanbul ? Malgré une situation urbaine peu enviable, les portées offertes par la construction en béton armé ainsi que le considérable ensemble de peintures murales qu'il accueille font de cet édifice le plus réussi des années 1930.

Le bilan des Chantiers du Cardinal fut sévèrement jugé par la critique moderniste. Le manque d'audace de l'archevêché dans le choix des maîtres d'œuvre, l'ignorance quasi totale des progrès réalisés à l'étranger – l'Allemagne et la Suisse alémanique sont alors le plus riche foyer d'art sacré moderne – conduisent certains architectes à se joindre au critique d'art Joseph Pichard, fondateur de la revue L'Art sacré en 1935 : Robert Mallet-Stevens et Georges-Henri Pingusson, dont les projets destinés aux Chantiers du Cardinal ne rencontreront pas d'échos, comptent parmi les principaux défenseurs d'un art sacré sobre et porteur de valeurs essentielles.

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Sacré-Cœur de Montmartre, Paris, les coupoles

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Notre-Dame-du-Haut, Ronchamp : représentation schématique

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Pour citer l’article

Simon TEXIER, « ARCHITECTURE RELIGIEUSE AU XXe SIÈCLE, France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/architecture-religieuse-au-xxe-siecle-france/