ARCHÉOLOGIE SOUS-MARINE

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Techniques de l'archéologie sous-marine

L'invention du scaphandre autonome par Cousteau et Gagnan en 1943 et la rapidité avec laquelle son usage s'est répandu après 1945 ont été à l'origine de la plupart des découvertes d'épaves, de l'intérêt du public pour l'archéologie sous-marine et du développement qu'elle a connu. Le plongeur autonome est désormais l'ouvrier normal d'une fouille sous-marine. On sait que les risques d'accidents de décompression rendent impossible un séjour prolongé en eau profonde : d'après les tables légales françaises, un plongeur au travail ne peut rester immergé à 30 mètres de profondeur qu'un quart d'heure s'il veut remonter à la surface sans observer de palier de décompression. S'il reste une heure, il devra en remontant s'arrêter 15 minutes à 6 mètres de profondeur et 30 minutes à 3 mètres. Le temps que le chercheur, le dessinateur, l'archéologue peuvent passer sur un chantier sous-marin est donc très bref : c'est cette contrainte qui crée les plus grandes difficultés des recherches archéologiques sous-marines et en commande la technique.

La limite normale de la plongée à l'air est fixée à 60 mètres. Mais la plongée industrielle, en particulier sur les têtes de puits, se pratique maintenant couramment à 200 mètres de profondeur et plus, grâce aux techniques de plongée en saturation avec des mélanges hélium-oxygène. Infiniment plus coûteuses que la plongée sportive, ces techniques n'ont encore été utilisées que pour peu d'expériences archéologiques. En 1977 et 1978, l'American Institute of Nautical Archaeology et l'entreprise italienne Sub-Sea Oil Services passèrent un accord pour faire réaliser par les plongeurs de cette dernière, sous la direction d'archéologues américains, l'étude et la fouille partielle d'une épave datant de 300 avant J.-C., tombée sur une pente fortement inclinée entre 52 et 90 mètres de profondeur près des îles Lipari. Grâce à la mise en œuvre de moyens techniques importants, des résultats furent obtenus dans des conditions de sécurité satisfaisantes sur un gisement dont l'exploration avait, huit ans plus tôt, coûté la vie à deux archéologues-plongeurs de l'Institut allemand. Mais les archéologues, qui n'étaient pas entraînés à la plongée en saturation, regrettèrent de devoir se contenter de diriger de la surface. De même qu'ils ont dû se résoudre à utiliser le scaphandre, ils devront nécessairement apprendre un jour ou l'autre à recourir à la plongée en saturation.

Prospection

En raison des difficultés posées par le milieu sous-marin, les prospections systématiques, destinées à rechercher de nouveaux sites, sont restées jusqu'à présent exceptionnelles. La méthode élémentaire de recherche à l'aide de plongeurs autonomes équipés de palmes ou remorqués par une embarcation de surface, selon la technique dite du pendeur, ne peut s'appliquer qu'à des zones limitées étant donné les restrictions du temps de plongée et la visibilité réduite (40 m dans des circonstances exceptionnelles en Méditerranée, le plus souvent 15 à 20 m).

Lorsque l'aire de prospection est étendue, il est nécessaire de faire appel à des techniques plus sophistiquées. Parmi les divers systèmes expérimentés (télévision sous-marine, tourelle d'observation, sous-marin de poche) les meilleurs résultats ont été obtenus par le sonar latéral. L'appareil, remorqué de la surface, émet de part et d'autre de sa route un large faisceau d'ondes ultrasonores qui, en se réfléchissant sur le fond, en donne une image acoustique traduite graphiquement sur un enregistreur. Il a notamment été utilisé avec succès par l'équipe de G. Bass en 1967 et en 1973 sur les côtes turques pour retrouver des épaves signalées par des pêcheurs. Car aucune prospection systématique ne peut être valablement entreprise sans une documentation préalable et sans l'apport des renseignements fournis par les plongeurs ou les pêcheurs locaux, qui remontent parfois des fragments d'amphore dans leurs filets.

Il reste cependant que la quasi-totalité des épaves connues ont été découvertes par des plongeurs autonomes, soit que le hasard les ait conduits sur un site au cours d'une promenade sous-marine, soit qu'ils se soient fondés sur des indications de pêcheurs : c'est ainsi que, sur la seule côte méditerranéenne française, plus de deux cents épaves ont été repérées depuis 1948.

Avant de procéder à la fouille, il est souvent nécessaire d'effectuer une prospection du site qui n'est visible que sur une très faible partie. La méthode la plus simple consiste à sonder le gisement à l'aide d'une fine tringle métallique déplacée régulièrement selon un quadrillage déterminé. Cependant, des techniques plus modernes, recourant en particulier au magnétomètre à protons, ont été expérimentées avec succès, notamment en 1967 sur l'épave de Kyrenia (Chypre), où l'on associa cette technique à un détecteur de métaux, et en 1969 et en 1972 sur l'épave de la Madrague de Giens.

Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [1]

Dessin : Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [1]

Shémas des assemblages des coques antiques (d'après l'épave de « La Madrague de Giens »). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [2]

Dessin : Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [2]

Shémas des assemblages des coques antiques (d'après l'épave de « La Madrague de Giens »). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Partie axiale de La Madrague de Giens

Dessin : Partie axiale de La Madrague de Giens

Vue axonométrique de la partie axiale du navire de « La Madrague de Giens » (d'après Gassend-Rival, C.C.J., C.N.R.S.). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Fouille

Des solutions techniques très diverses peuvent être choisies pour une fouille sous-marine et elles doivent être adaptées à chaque site. L'exemple le plus frappant en est donné par la fouille des galères du lac de Nemi. On savait depuis le xve siècle que deux navires romains gisaient au fond du lac de Nemi. Des fragments de statues, de colonnes, de mosaïques furent remontés à plusieurs reprises par des plongeurs, jusqu'à ce qu'en 1928 on décidât d'assécher, à l'aide de pompes puissantes, le lac de Nemi. Après quatre ans de travail, les navires apparurent : la fouille sous-marine devenait une fouille normale. Une étude détaillée des deux grandes galères put être faite. Leur luxe et leurs dimensions font penser qu'il s'agissait de demeures flottantes appartenant peut-être à l'empereur Caligula.

C'est à une solution semblable que l'on eut recours en 1962 pour la fouille des navires vikings de Skuldelev dans le fjord de Roskilde au Danemark, dont le site, peu profond, fut tout d'abord isolé du milieu aquatique, puis asséché.

Un autre exemple caractéristique est fourni par le renflouage, entre 1957 et 1961, du navire royal suédois Vasa qui coula en 1628 dans la rade de Stockholm le jour de son lancement. Gisant par 32 mètres de fond, le navire, bien conservé, fut progressivement amené à 17 mètres de profondeur où eut lieu la récupération finale à l'aide de pontons équipés de vérins hydrauliques.

Vers la même époque, en 1960, une épave de l'âge du bronze (1200 avant J.-C. environ) fut fouillée au cap Gelydonia par G. Bass. Chargée de lingots de cuivre, l'épave était entièrement concrétionnée. Ces concrétions furent découpées en larges blocs, au ciseau et au marteau, et remontées avec les lingots et les objets qu'elles enserraient. Le nettoyage et l'étude de la position respective des objets put ainsi avoir lieu à terre.

En dehors de ces cas exceptionnels, une fouille sous-marine consiste le plus souvent à dégager du sol les objets et les structures qui y sont ensevelis, avant de les remo [...]

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Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [1]

Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [1]
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Assemblages des coques antiques (Madrague de Giens) [2]
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Pour citer l’article

Patrice POMEY, André TCHERNIA, « ARCHÉOLOGIE SOUS-MARINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/archeologie-sous-marine/