ARABE (MONDE)Langue

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Histoire de la langue

L'arabe est une langue sémitique. Elle appartient génétiquement à la même famille que l'akkadien, l'amorite, l'ougaritique, le cananéen (hébreu, phénico-punique, moabite), l'araméen, le sudarabique et divers idiomes éthiopiens (guèze, amharique, etc.). Mais, au sein de cet ensemble, on considère généralement que ses liens avec le sudarabique et l'éthiopien sont plus étroits qu'avec les autres langues. L'arabe constitue avec elles un sous-groupe particulier : le sémitique méridional. Une hypothèse communément admise assigne pour berceau à ce sémitique méridional la presqu'île arabique d'où serait parti le processus de sémitisation de l'Éthiopie, jusqu'alors domaine des langues couchitiques.

Le sudarabique

Dans la période historique la plus ancienne, l'arabe proprement dit n'occupait pas l'ensemble de la péninsule. L'épigraphie permet de reconnaître deux grands ensembles dialectaux assez différents l'un de l'autre pour qu'il ne soit pas possible de les considérer comme les deux aspects d'une même langue : le sudarabique et l'arabe du Nord. C'est de ce dernier que procède l'arabe actuel.

Le sudarabique nous est connu par un grand nombre d'inscriptions localisées pour la plupart sur les côtes sud et sud-ouest et aussi, pour certaines des plus anciennes, plus au nord dans le Hedjaz. Ces inscriptions, qui selon la chronologie prévalente remonteraient au viiie siècle avant J.-C., peut-être en fait jusqu'au ive seulement, et qui s'étendent jusqu'au vie siècle de l'ère chrétienne, illustrent d'abord un certain nombre de variétés d'une langue unique : le minéen, auquel par la suite se substituèrent sur son propre domaine, dans le Yémen, le sabéen, et, plus à l'est, l'awsanique, le qatabanique et le hadramoutique.

En dépit de leur abondance, ces inscriptions, par leur caractère stéréotypé et leur brièveté, ne permettent pas d'établir la grammaire et le lexique du sudarabique dans tous les détails utiles. Elles suffisent cependant pour le caractériser assez clairement par rapport à l'arabe du Nord, dont il diffère par des traits structuraux importants.

Après l'islamisation, le sudarabique a été pratiquement supplanté par l'arabe du Nord et ne subsiste aujourd'hui que sur quelques points entre le Hadramout et l'Oman, ainsi que dans quelques îles côtières. On distingue le mehri, le harsusi, le botahari ; dans l'île de Soqotra et quelques autres, on parle le soqotri. La relation au sudarabique ancien de ces parlers mal explorés demande à être précisée. Apparemment, ils semblent procéder de dialectes sudarabiques autres que ceux qu'atteste l'épigraphie.

L'arabe du Nord

La situation dans cette partie du domaine « sémitique méridional » se présente sous des aspects fort complexes et qu'il est difficile encore d'organiser clairement.

Les inscriptions

Les premiers documents épigraphiques sont de nature diverse. Les plus anciens sont ceux de la région d'El Ula, l'ancien Dédan, qui semblent se rattacher d'ailleurs au sudarabique. Elles sont postérieures sans doute au viie siècle avant J.-C. D'autres illustrent une variété linguistique différente qui doit être définie comme nord-arabique. Certaines d'entre elles, datant du iie siècle avant J.-C., au vie siècle de notre ère, sont appelées lihyanites d'après le nom des populations qui occupaient ces régions. Dans le nord du Hedjaz, dans le ‘Asir et, plus au nord encore, dans les déserts qui confinent à l'Arabie proprement dite, le Sinaï, la Transjordanie, le sud de la Palestine, l'Égypte, un grand nombre de graffiti dits thamoudéens ne sont pas datés avec précision, mais doivent s'étendre sur la même période. Enfin, on assigne aux trois premiers siècles de l'ère chrétienne un groupe de graffiti safaïtiques relevés sur les rochers du Safa et du nord de la Nabatène.

L'arabe ancien

Par ailleurs, de l'époque même de ces graffiti peuvent être datées deux inscriptions en caractères nabatéens, mais dans un dialecte qui peut être caractérisé comme nord-arabique. Il s'agit de l'inscription de Hidjra (Madain Saleh) dans le nord du Hedjaz, qui peut être datée de 267 après J.-C., et de celle d'Imru 'l-Qays, « roi des Arabes », trouvée à al-Namara et datée de 328 après J.-C.

Ces deux groupes d'inscriptions ne semblent pas illustrer le même type d'arabe. Communément, les premières, lihyanites, [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, directeur d'études à l'École pratique des hautes études, directeur du Centre de littérature et linguistique arabes (C.N.R.S.)

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Pour citer l’article

David COHEN, « ARABE (MONDE) - Langue », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/arabe-monde-langue/