APPRENTISSAGE DE LA COMPRÉHENSION

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Niveaux de représentation et mécanismes de la compréhension

Comprendre un texte consiste à élaborer une représentation cohérente et unifiée de la situation décrite (un modèle de situation). Cette construction est réalisée de manière progressive et dynamique au fur et à mesure de la saisie du texte. Elle sollicite, dans un temps bref et souvent simultanément, des mécanismes cognitifs nombreux et de natures différentes. On admet aujourd’hui que le texte est analysé en trois niveaux de représentations qui rendent compte des principales étapes d’interprétation. Les mots et les phrases activent en mémoire le sens des mots et les connaissances syntaxiques. Ces activations relèvent d’automatismes cognitifs (ce sont des mécanismes rapides, exécutés hors du champ de la conscience). Elles impliquent une activité parallèle de sélection des significations adaptées au contexte, reposant sur un mécanisme concurrent d’inhibition. Par exemple, l’énoncé « Alex prenait des photos de son balcon quand il aperçut Léa voler une pomme dans le jardin voisin » contient deux ambiguïtés, chacune d’elles étant susceptible d’induire des interprétations différentes : la première est syntaxique et le présent contexte ne permet pas de décider si Alex prend des photos de l’espace désigné par « balcon » ou s’il prend des photos depuis son balcon. La seconde provient de la polysémie du terme « voler ». Le contexte justifie ici de sélectionner sans hésiter la signification « dérober » et d’inhiber celle qui conduirait à se représenter Léa planant au-dessus d’un pommier. Ces premiers traitements aboutissent à une « représentation de surface » relativement morcelée, juxtaposant l’interprétation des phrases successives. Il s’agit d’une représentation du « mot à mot » dont la durée de vie est généralement très brève.

Comprendre un texte suppose aussi que soit extrait le contenu sémantique de l’ensemble du texte : « la base de texte » qui constitue le deuxième niveau de représentation. Son élaboration demande d’identifier les relations existant entre les idées énoncées d’une phrase à l’autre (« cohérence locale ») et entre les idées et le thème général du discours (« cohérence globale »). Il s’agit pour l’essentiel de relations de référence, liant les unes aux autres les entités décrites dans le texte, et de relations temporelles et causales, établissant les liens entre les événements. Leur identification s’appuie souvent sur des unités lexicales (connecteurs et unités anaphoriques) mais requiert aussi parfois des inférences. L’exemple donné en ouverture l’illustre. Le premier pronom « ils », bien que ne respectant pas les contraintes morphosyntaxiques habituelles, est aisément compris, car nous pouvons inférer qu’il désigne un collectif : les membres de la famille ; l’auteur de l’auto-explication relie aussi les données explicites à ses propres connaissances pour inférer des relations causales implicites (les membres de la famille ont peur parce qu’ils ont entendu une voix) et pour noter une relative incohérence entre l’événement décrit et la réaction qu’il provoque. L’intégration de l’ensemble des informations dans un modèle de situation représente le troisième niveau, le plus élaboré de la représentation. Les premières phrases servent de fondation à sa construction. Sa mise à jour progressive suppose que cette représentation soit conservée dans une mémoire temporaire (la mémoire de travail) afin d’y intégrer les nouvelles informations. Elle exige enfin qu’un contrôle attentif soit exercé afin de vérifier la cohérence des interprétations, repérer les éventuelles ruptures et modifier, le cas échéant, certains éléments du modèle de situation. Cette dernière dimension, stratégique et active, est très importante, car la compréhension approfondie du texte en dépend. Sa mise en œuvre peut toutefois varier en fonction des motivations, des objectifs et de l’expertise des individus mais aussi en fonction du contenu des textes.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages

Écrit par :

  • : docteure en psychologie cognitive, maître de conférences, université de Grenoble

Classification

Voir aussi

Pour citer l’article

Maryse BIANCO, « APPRENTISSAGE DE LA COMPRÉHENSION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/apprentissage-de-la-comprehension/