APPAREIL, architecture

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Les divers types d'appareils

Tel qu'on l'a défini, l'appareil n'est pas lié étroitement à des périodes historiques ou à certains types d'édifices. Tel appareil à bossage, où la pierre apparaît en saillie, se répétera à certains moments de l'architecture grecque, de l'architecture romaine et de l'architecture classique européenne. C'est donc pour leur nature propre que nous devons étudier les divers types d'appareil et d'après leur technique d'assemblage (mode de liaison, traitement des joints, des parements), en les classant suivant un ordre de complexité et d'habileté technique.

L'appareil en pierres sèches

Les murs en pierres sèches, constitués par un empilement de matériaux à peine dégrossis, appartiennent à toutes les époques et à tous les milieux géographiques pourvus de roches. Ils se rencontrent dans toutes les cultures préhistoriques ou protohistoriques du monde méditerranéen.

Les plus beaux exemples sont conservés sans doute en Sardaigne dans les nuraghi comme dans les habitats et les fortifications indigènes du midi de la France. La simplicité de cet appareil en petites dalles imbriquées, dont le seul parement extérieur est dressé, n'a pas nui à la complexité de certaines constructions comme les tours dressées sur plan circulaire ou les maisons couvertes par des voûtes en encorbellement. Il continue à être employé pour les constructions rapides ou économiques, même dans les périodes les plus brillantes des architectures antiques ou modernes ; il est caractéristique de certains paysages de l'Italie méridionale et de la Sicile.

Ces constructions ne doivent pas être confondues avec les murs de moellons, élevés de tout temps avec des pierres de tailles et de formes diverses, liées par des couches de mortier de terre ou de chaux. L'appareil en pierres sèches ne fait appel à aucun liant ; toute sa solidité tient dans le soin et l'habileté de l'empilement.

L'appareil cyclopéen

De caractère primitif et rustique, l'appareil cyclopéen est propre aux civilisations vigoureuses de la protohistoire ; les vestiges les plus admirés appartiennent aux forteresses célèbres de Mycènes, de Tirynthe dont la construction remonte au milieu du deuxième millénaire avant notre ère, ou aux fortifications et aux palais des princes hittites dans leur capitale de Boghaz Köy sur les plateaux anatoliens (xvie-xive s. av. J.-C.). Cet appareil est caractérisé par l'emploi de très gros blocs (parfois deux mètres de long), dont les faces de joint sont à peine dégagées de l'arrachement naturel et qui sont associés sans grand souci de jointoiement ; souvent des « cales » sont nécessaires pour obturer les interstices. Là encore, emploi rapide et économique des matériaux extraits à proximité des chantiers, mais révélateur d'une civilisation guerrière, militaire, exprimant la force et la puissance de ces princes conquérants dont Homère a célébré les exploits devant les murs de Troie ; la forteresse de Priam n'était pas construite différemment de celles des rois hittites dont l'empire s'est étendu jusqu'aux confins des pays de l'Euphrate et de la Lycie.

Bogazköy, plateau anatolien, Turquie

Photographie : Bogazköy, plateau anatolien, Turquie

La porte des Lions, entrée de la capitale de l'empire hittite, Bogazköy, Hattusha de son nom antique. Cappadoce, Turquie. 

Crédits : mathes/ Fotosearch LBRF/ Age Fotostock

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La rudesse de l'appareil n'exclut pas certaines hardiesses de construction. Les portes des enceintes hittites, les couloirs du palais de Mycènes, les galeries du palais de Tirynthe sont construits en voûte ogivale par encorbellement qui amène les derniers blocs des assises au contact les uns des autres sans avoir recours à l'emploi de clés.

L'appareil cyclopéen se rencontre en diverses autres régions d'Italie, d'Europe centrale ou occidentale. Par sa force et sa puissance, cet appareil est toujours la marque d'une architecture à caractère guerrier et souligne le rôle défensif des constructions où il se trouve employé.

L'appareil polygonal

Extérieurement, l'appareil polygonal peut apparaître comme le résultat d'une évolution artistique de l'appareil cyclopéen, les blocs naturels ayant fait l'objet d'une taille et d'un jointoiement plus soignés. En fait, il relève d'une technique et d'un esprit différents. Dans ce mode de construction, les blocs joints respectent leur contour naturel d'extraction ; ils sont adaptés les uns aux autres, à la demande, au fur et à mesure de leur mise en place ; ils ne peuvent être préparés que sur le chantier à l'aide d'un gabarit en plomb qui dessine les lignes auxquelles ils doivent s'intégrer. Image, dit Aristote, de la souplesse qui s'impose aux principes mêmes de l'éducation et de la formation des jeunes esprits auxquels ils doivent s'adapter sans faire violence à leurs qualités naturelles. Il en résulte des parements d'une très grande valeur esthétique, aux joints sinueux dessinant de souples arabesques, associant une impression de grande vigueur à une recherche arististique réelle. Ce type d'appareil est caractéristique des périodes archaïques dans l'architecture grecque, en Italie préromaine, et a donné lieu à quelques belles réalisations modernes, en particulier dans les soubassements d'édifices ou dans les murs de soutènement. Il est toujours associé à une expression de force et de puissance. Les fortifications de la Grèce archaïque, des enceintes indigènes de Sicile et d'Italie, en particulier le très beau mur qui soutient la terrasse du grand temple d'Apollon à Delphes (fin du vie s. av. J.-C.) illustrent ce mode de construction. Les plus belles réalisations et les plus anciennes conservent aux joints un tracé sinueux, accentuant la valeur graphique de l'appareil. Par la suite et dans les emplois modernes de cette taille, on s'en tient à des joints rectilignes qui n'ont plus la même qualité décorative.

On notera d'ailleurs que l'appareil polygonal est en général traité avec des matériaux de grande qualité, granit, marbre ou calcaire dur. Il en est peu d'exemples réalisés avec des calcaires tendres ou des tufs, ces roches se débitant d'ailleurs plus aisément en carreaux et parpaings réguliers, de forme quadrangulaire.

Les parements extérieurs des murs polygonaux sont ravalés avec soin, tantôt avec un très léger bossage qui accentue la puissance et la force de la maçonnerie, tantôt suivant un plan sans saillie, achevé par un polissage qui met en valeur l'arabesque sinueuse des joints. Valeur expressive et recherche esthétique ne sont jamais absentes de telles constructions ; l'une ou l'autre peut être prédominante, mais elles s'opposent et ne s'excluent jamais.

L'appareil régulier

L'appareil régulier, traité en blocs parallélépipédiques, disposés en assises horizontales, de hauteur uniforme ou variable suivant le système choisi, est celui qui, à toutes les époques, se rencontre dans les belles constructions classiques, les belles façades des xviie et xviiie siècles. Instrument d'une architecture équilibrée où toute la valeur d'un [...]

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Bogazköy, plateau anatolien, Turquie

Bogazköy, plateau anatolien, Turquie
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Palazzo Pitti, Florence

Palazzo Pitti, Florence
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Roland MARTIN, « APPAREIL, architecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/appareil-architecture/