ANTHROPOLOGIE POLITIQUE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le domaine du politique

L'information ethnographique résultant des enquêtes directes révèle une grande diversité des formes politiques « primitives », depuis les bandes (eskimo, amérindiennes, pygmées) jusqu'aux grands États (comme ceux de l'Afrique occidentale et centrale). Si cette variété appelle les classements et les typologies, elle impose aussi la question préalable du repérage et de la délimitation du champ politique. À cet égard s'opposent deux camps : maximalistes et minimalistes. Les premiers pourraient avoir pour devise l'affirmation de Louis de Bonald : « Il n'y a pas de société sans gouvernement » ; ils qualifient de politiques les institutions qui assurent la direction et le maintien de la société globale (tribu, chefferie, royaume, État-nation). Les seconds se montrent négatifs ou ambigus en ce qui concerne l'attribution d'un gouvernement à toutes les sociétés « primitives » ; ils affirment l'existence de sociétés dépourvues d'organisation politique et vivant dans un état d'anarchie. En fait, la constatation négative est très vulnérable ; elle n'exprime le plus souvent que le manque d'institutions politiques comparables à celles qui régissent l'État moderne, ce qui justifie les tentatives qui visent à briser une dichotomie trop simpliste, opposant les sociétés tribales aux sociétés à gouvernement nettement constitué et « rationnel ».

Repérage du domaine politique

Quatre procédures ont pu être retenues séparément ou conjointement pour délimiter le domaine politique. La première utilise les modes d'organisation spatiale : c'est ainsi que Max Weber caractérise l'activité politique, en dehors du recours légitime à la force, du fait qu'elle se réfère à un territoire aux frontières précises ; la deuxième prend en considération les fonctions qui, sous leur forme la plus générale, sont vues comme assurant la coopération interne et la défense de l'intégrité de la société contre les menaces extérieures ; une troisième procédure fait appel aux modalités de l'action politique, toute action sociale devenant politique lorsqu'elle cherche à contrôler ou à influencer les décisions concernant les affaires publiques ; et la dernière, aux caractéristiques formelles qui incitent les analystes « structuralistes » à considérer le politique sous l'aspect de la prépondérance d'une structure sur toutes les autres, dans une société unifiée.

Cet inventaire simplifié des démarches est aussi celui des obstacles rencontrés par les anthropologues qui ont abordé le domaine politique. Il montre que les délimitations demeurent imprécises ou contestables, que chaque école a sa manière propre de les tracer, tout en utilisant souvent les mêmes instruments. C'est dans les sociétés dites à « gouvernement minimal » et à « gouvernement diffus » – selon les formules de L. Mair – que l'incertitude est la plus grande. Les mêmes partenaires et les mêmes groupes peuvent y avoir des fonctions multiples – dont les fonctions politiques – variant selon les situations, comme dans les pièces de théâtre à un seul acteur. Les buts politiques ne sont pas uniquement atteints par le moyen des relations qualifiées de politiques et, à l'inverse, ces dernières peuvent satisfaire des intérêts d'une nature différente (économiques, par exemple). L'essence du politique semble toujours échapper lorsqu'on croit la saisir.

Le pouvoir politique

Les notions de pouvoir, de coercition et de légitimité s'imposent nécessairement, et d'une manière solidaire, au départ de toute recherche théorique. Mais la première est en position dominante. Le pouvoir, quelles que soient les formes qui conditionnent son emploi, est reconnu dans toute société humaine, même rudimentaire. Il est constamment au service d'un système social qui ne peut se maintenir par la seule intervention de la « coutume » ou de la loi, par une sorte de conformité automatique aux règles. De plus, toute société réalise un équilibre approximatif et reste de ce fait vulnérable. Les anthropologues débarrassés des préjugés fixistes, non soumis à la fascination structuraliste, reconnaissent cette instabilité potentielle, même en milieu « archaïque ». Le pouvoir a donc pour fonction de défendre la société contre ses propres faiblesses, de la conserver « en état », pourrait-on dire, et, si nécessaire, d'aménager les adaptations qui ne sont pas en contradiction avec se [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales

Classification

Autres références

«  ANTHROPOLOGIE POLITIQUE  » est également traité dans :

ANTHROPOLOGIE

  • Écrit par 
  • Élisabeth COPET-ROUGIER, 
  • Christian GHASARIAN
  •  • 16 099 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « L'étude du changement social »  : […] La question des rapports du structuralisme avec l'histoire devint embarrassante lorsque la situation historique même des sociétés dites froides souleva le problème de leur développement dans une situation coloniale qui imposait un sens unidirectionnel à l'histoire. Contingences historiques et réflexions vivifiées par le structuralisme engendrèrent ainsi de nouveaux débats au cours desquels l'histo […] Lire la suite

BALANDIER GEORGES (1920-2016)

  • Écrit par 
  • Jean-Claude PENRAD
  •  • 811 mots
  •  • 1 média

Né le 21 décembre 1920 à Aillevillers-et-Lyaumont, en Haute-Saône, le sociologue et anthropologue Georges Balandier a vécu sa prime jeunesse dans cette région où l'insoumission et les combats de la Résistance le ramèneront, lorsque ses études à l'École pratique des hautes études et à la Sorbonne seront interrompues par la tourmente, après la licence et le diplôme de l'Institut d'ethnologie (1942) […] Lire la suite

CHEFFERIE

  • Écrit par 
  • Henri LAVONDÈS, 
  • Jean-Claude PENRAD
  •  • 2 924 mots

L' anthropologie sociale, plus encore peut-être que l'histoire, élargit l'interprétation courante de la définition aristotélicienne de l'homme comme être naturellement « politique » à bien d'autres références que les sociétés dites « historiques » ou que les sociétés dominées par un appareil étatique. Dans la diversité effective des degrés et des types d'organisation du pouvoir politique, la chef […] Lire la suite

CLAN

  • Écrit par 
  • Jacques MAQUET
  •  • 3 066 mots

Dans son acception minimale, qui est aussi celle du langage courant, le terme « clan » désigne un groupement fondé sur la parenté : ses membres se reconnaissent descendants d'un même ancêtre. Cette signification fondamentale du clan en fait l'institution qui, par excellence, incarne et illustre un des principes de base de l' organisation de la vie en société : la consanguinité. Le lien de sang, o […] Lire la suite

CLASTRES PIERRE (1934-1977)

  • Écrit par 
  • Claude LEFORT
  •  • 1 331 mots

Avec une sûreté, une concision et une élégance qui devaient marquer chacun de ses écrits, le premier essai de Pierre Clastres, Échange et pouvoir : philosophie de la chefferie indienne , jetait les fondements de son anthropologie politique. Il contenait déjà, pour l'essentiel, l'interprétation du monde dit primitif ou sauvage que Clastres ne devait cesser d'enrichir dans la suite. Nombreux ont été […] Lire la suite

ÉTAT (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 3 060 mots

Dans le chapitre « L’État est-il nécessaire ? »  : […] Et si l’absence d’État dans les sociétés autrefois qualifiées de « primitives » n’était pas due à une incapacité des hommes à élaborer une structure aussi complexe, mais l’effet d’une crainte quasiment prémonitoire de tous les excès dont s’avéreront coupables les États historiques ? Telle est l’hypothèse originale que l’ethnologue Pierre Clastres (1934-1977), cheminant dans les pas de Jean-Jacque […] Lire la suite

ETHNIE

  • Écrit par 
  • Jean-Loup AMSELLE
  •  • 3 853 mots

Dans le chapitre « Préhistoire de la notion »  : […] L'idée selon laquelle il existe une hiérarchie entre des sociétés occupant des positions voisines dans l'espace n'est pas nouvelle. Les Grecs opposaient ainsi les ethnè (sing. ethnos ) et la polis (cité). Les sociétés qui relevaient de leur culture mais auxquelles « manquait » l'organisation en cités-États étaient des ethnè . Le terme est souvent traduit par « tribu » (en allemand, Stamm ), ou p […] Lire la suite

ETHNOLOGIE - Ethnologie générale

  • Écrit par 
  • Raymond William FIRTH
  •  • 9 525 mots

Dans le chapitre « Relations politiques »  : […] Par relations politiques, on entend la conduite des affaires publiques, intérieures et extérieures. Bien qu'elles visent essentiellement à régler le comportement, elles ne se fondent pas purement et simplement sur la force, même dans le groupe le plus élémentaire. […] Lire la suite

EVANS-PRITCHARD EDWARD EVAN (1902-1973)

  • Écrit par 
  • Raymond ECHES
  •  • 694 mots

Probablement le représentant le plus prestigieux de l'anthropologie britannique, Evans-Pritchard se montre soucieux d'allier le détail recueilli avec soin sur le terrain à l'explication fonctionnelle sans passion. En cela, il fut un élève modéré de Malinowski, mais jamais son disciple. E.-P., comme ses élèves l'appelaient, ajouta à cette tradition de très fortes préoccupations historiques chaque f […] Lire la suite

GLUCKMAN MAX (1911-1975)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 254 mots

Spécialiste sud-africain de l'anthropologie sociale, Max Gluckman est connu pour ses contributions à l'anthropologie politique et juridique, en particulier pour ses analyses des dimensions culturelles et sociales du droit et de la politique chez les peuples africains. Il envisagea notamment le rapport que les querelles et les conflits entretiennent avec l'évolution culturelle dans l'ouvrage Cus […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Georges BALANDIER, « ANTHROPOLOGIE POLITIQUE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anthropologie-politique/