ANTHROPOLOGIE DE L'ART

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L’art comme acteur social

Dans les années 1990, sous l’influence de l’anthropologie des émotions et du cognitivisme, des ethnologues vont approfondir la question de l’efficacité en s’attachant aux seuls effets psychologiques produits par l’art sur ses destinataires. Alfred Gell soutient que, à la manière d’un outil, l’art sert à transformer le monde et non à l’embellir ou à délivrer des messages à son sujet. Accordant la primauté à la technique contre l’esthétique et à l’action contre la signification, il l’assimile à un véhicule d’intentions et de stratégies, un instrument dont les hommes se servent pour influencer les pensées et les comportements d’autrui – notamment grâce à son pouvoir d’enchantement. Dans Art and Agency (1998), où il formalise cette approche de façon radicale, il va jusqu’à le considérer comme un « agent social » impliqué dans un réseau de relations. Il invite alors à privilégier l’étude des interactions entre l’objet, son prototype (modèle ou référent), son producteur et son destinataire (spectateur, commanditaire), chacun pouvant agir sur l’autre ou être agi par lui. Cette thèse, qu’il entend appliquer à l’art en général – sans distinction d’époques ni de cultures – et qui se focalise sur les interactions sociales en jeu dans sa production et sa circulation, se veut la première théorie anthropologique de l’art. Mais Gell avance que n’importe quel objet fonctionnant comme une extension de la personne en ce qu’il actualise ses intentions et capacités d’action mérite de recevoir l’appellation d’art. Il dissout donc cette notion en l’étendant potentiellement à tout ce qui existe, au point de l’appliquer, par exemple, aux mines antipersonnel qui réalisent à distance des visées meurtrières.


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Pour citer l’article

Brigitte DERLON, Monique JEUDY-BALLINI, « ANTHROPOLOGIE DE L'ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anthropologie-de-l-art/