SALA ANRI (1974- )

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Dans la nuit des langages

Suivront de nombreuses œuvres vidéographiques consacrées aux difficultés de transmission et de compréhension. Ainsi de Lákkat (2004), qui désigne la langue maternelle, en wolof parlé notamment au Sénégal. On y voit trois enfants s’exercer sous l’autorité de leur maître. Dans l’obscurité à peine déchirée par un néon attirant les insectes nocturnes, les petites voix tentent de répéter correctement les mots et les expressions qui décrivent précisément le spectre allant de la lumière à la pénombre, du clair au foncé, du blanc au noir. L’apprentissage atteint le registre de la musicalité au fur et à mesure de l’incompréhension des enfants et de la perte de sens pour le spectateur. Filmant le clair-obscur de la scène, Anri Sala livre par l’image son interprétation des mots qui s’égrènent, comme une traduction subjective.

Cette œuvre, montrée en 2004 à l’ARC-musée d’Art moderne de la Ville de Paris, composait avec d’autres, tout aussi nocturnes, l’exposition Entre chien et loup, une étape marquante de son parcours. Dans cette exposition convergeaient à la fois des œuvres consacrées à la dialectique tout en témoignant de l’intérêt grandissant du vidéaste pour le langage musical et son interprétation. Cette même approche régissait la participation d’Anri Sala à la biennale de Venise, lorsqu’il représenta la France en 2013. Après les musiques électroniques (Mixed Behaviour, 2003) et le free jazz avec Long Sorrow (2005), Ravel Ravel Unravel (2013) s’attache à une interprétation croisée du Concerto en ré pour main gauche, écrit par Maurice Ravel en 1931. Le titre polysémique est lui-même une indication de ces va-et-vient interprétatifs et décalages, puisque ravel signifie en anglais « emmêler » et unravel, « démêler ». Deux projections monumentales simultanées se concentrent sur la main de deux pianistes (Louis Lortie et Jean-Efflam Bavouzet) filmés lors de deux enregistrements distincts (et témoignant de différences notables), tandis que dans deux autres pièces est perceptible l’interprétation de DJ Chloé à qui le vidéaste a confié les enregistrements pour qu’elle les retravaille à sa façon.

Anri Sala montre une prédilection pour la déconstruction des phrases et des partitions, redoublant les prestations pour mieux en faire ressortir les nuances. En 2012, l’artiste avait ainsi occupé la galerie sud du Centre Georges-Pompidou à Paris avec quatre œuvres filmiques articulées en une méta-œuvre grâce à un travail de montage spatialisé qui amenait les visiteurs à se déplacer d’un écran à l’autre. Extended Play (2012) synthétisait Answer Me (2008), Le Clash (2010), Tlatelolco Clash (2011) et 1395 Days Without Red (2011) à la manière dont un DJ mixerait des extraits musicaux pour générer un nouveau récit.

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Écrit par :

  • : critique d'art, historienne de l'art spécialisée en art écologique américain

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ANRI SALA. ENTRE CHIEN ET LOUP (exposition)

  • Écrit par 
  • Charles-Arthur BOYER
  •  • 946 mots

L'expositionEntre chien et loup, consacrée au jeune artiste français d'origine albanaise Anri Sala et organisée dans l'immense salle de l'ancien couvent des Cordeliers par le musée d'Art moderne de la Ville de Paris (25 mars-16 mai 2004), renouvelle de façon significative la façon de présenter des œuvres vidéo dans un lieu dévolu à l'ar […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bénédicte RAMADE, « SALA ANRI (1974- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anri-sala/