ANÉMIES

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L'investigation physio-pathologique

Devant une anémie, l'étape du diagnostic physio-pathologique est essentielle, même et surtout quand les données de l'examen clinique ou de l'interrogatoire semblent orienter vers une étiologie probable.

On a vu que les deux mécanismes fondamentaux d'anémie sont l'excès de perte et le défaut de production. La mesure des « constantes érythrocytaires » à partir du nombre de globules rouges de l'hématocrite et du taux d'hémoglobine permet d'être plus précis dans l'étude du mécanisme physio-pathologique. Les constantes les plus intéressantes, car jouant un rôle physiologique, sont la concentration corpusculaire moyenne (CCMH hémoglobine / hématocrite) et le volume globulaire moyen (VGM-hémoglobine / le nombre des globules rouges).

L'objectif prioritaire de l'érythropoïèse est de fournir des globules rouges normochromes (c'est-à-dire dont la CCMH est entre 32 et 36 p. 100). Au-delà de 37 p. 100, l'hémoglobine précipite en solution, et un globule rouge ne peut donc pas être « hyperchrome ». À l'inverse, pour prévenir l'hypochromie lorsque la vitesse de synthèse de l'hémoglobine est ralentie, on observe une prolongation du séjour intramédullaire des érythroblastes, avec une augmentation du nombre des mitoses avant la libération des réticulocytes. Ce processus a pour but de libérer des globules rouges « corrects », c'est-à-dire normochromes. C'est ici qu'intervient une deuxième constante de signification physiologique : le volume globulaire moyen. Lorsque le nombre des mitoses augmente dans la lignée érythroblastique (la valeur moyenne normale est d'environ 4 mitoses avant l'expulsion du noyau), le volume globulaire moyen diminue, et cela d'autant plus que le nombre des mitoses augmente : une microcytose est donc synonyme de tentative (presque toujours efficace, car la CCMH reste souvent normale) de compensation d'un défaut de synthèse de l'hémoglobine.

En corollaire, lorsque le nombre des mitoses diminue, le volume globulaire moyen augmente. Cela s'observe dans deux circonstances principales : l'une est évidente, c'est la diminution de synthèse de l'ADN sans modification de la vitesse de synthèse de l'hémoglobine ; l'autre, c'est l'hypersécrétion importante d'érythropoïétine quand la moelle est capable de répondre normalement à cette hypersécrétion : la vitesse de synthèse de l'hémoglobine est alors plus accélérée que la vitesse des divisions cellulaires. On aboutit donc aux mêmes résultats que précédemment : arrêt prématuré des mitoses liées à l'obtention plus rapide d'une CCMH normale, et libération de globules rouges macrocytaires.

À partir de ces données physio-pathologiques, on peut donc distinguer sur les résultats qui sont fournis par l'hémogramme standard : 1. L'anémie microcytaire (normochrome ou hypochrome) : il y a défaut de synthèse de l'hémoglobine. Ce défaut peut provenir d'un défaut de fer dans le plasma, d'un défaut de synthèse des chaînes de globine, plus rarement d'un défaut de synthèse de la molécule d'hème. 2. L'anémie normochrome macrocytaire ou normocytaire régénérative : il peut s'agir d'une hémorragie aiguë, d'une hyperhémolyse ou encore d'une anémie par insuffisance médullaire en voie de réparation. 3. L'anémie est normochrome macrocytaire arégénérative : il s'agit d'un défaut de synthèse de l'ADN. 4. L'anémie est normochrome normocytaire arégénérative : il s'agit d'un défaut essentiellement quantitatif de l'érythropoïèse.

Anémie microcytaire

Tableau : Anémie microcytaire

Anémie microcytaire. Dans ce tableau, comme dans les suivants, on indique les examens biologiques ou les tests thérapeutiques pratiqués, leurs résultats, et en caractères italiques le diagnostic étiologique auquel ils conduisent. 

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Anémie microcytaire normo- ou hypersidérémique

Tableau : Anémie microcytaire normo- ou hypersidérémique

Anémie microcytaire normo- ou hypersidérémique. 

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Anémie normochrome non microcytaire régénérative

Tableau : Anémie normochrome non microcytaire régénérative

Anémie normochrome non microcytaire régénérative. 

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Anémie normochrome macrocytaire arégénérative

Tableau : Anémie normochrome macrocytaire arégénérative

Anémie normochrome macrocytaire arégénérative. 

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Anémie normochrome normocytaire arégénérative

Tableau : Anémie normochrome normocytaire arégénérative

Anémie normochrome normocytaire arégénérative. 

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À ces quatre grandes catégories, on peut ajouter : 5. Les anémies normochromes normocytaires ou macrocytaires hypochromes ; la première hypothèse doit être celle d'un problème technique (sous-évaluation du taux de l'hémoglobine ou surévaluation de l'hématocrite) ; la première chose à faire est donc de vérifier l'hémogramme. 6. Les anémies avec CCMH supérieure à la normale ; les hémogrammes présentant cette caractéristique sont habituellement immédiatement recontrôlés par le laboratoire, car il s'agit toujours d'un problème technique (présence d'agglutinines froides en particulier).

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Anémie microcytaire

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Anémie microcytaire normo- ou hypersidérémique

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  • : professeur des Universités, chef de service hématologie adultes, hôpital Necker-Enfants malades, Paris

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Pour citer l’article

Bruno VARET, « ANÉMIES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anemies/