RIVET ANDRÉ (1572-1651)

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Théologien protestant français, né à Saint-Maixent, André Rivet joua un rôle important au sein des Églises réformées et dans la vie politique du xviie siècle. Au terme d'études philosophiques et théologiques à La Rochelle, puis à l'Académie d'Orthez, nouvellement fondée par Henri de Navarre, il avait été appelé à Thouars en 1595 comme pasteur et chapelain de Claude de La Trémoille. Lié avec Philippe du Plessis Mornay, gouverneur de Saumur, qui tenta à plusieurs reprises, mais en vain, de l'attacher comme professeur à l'Académie protestante de cette ville, Rivet s'imposa, dès le temps de son pastorat à Thouars (1595-1620), comme une personnalité des plus marquantes parmi les réformés français. En 1610, au lendemain de l'assassinat de Henri IV, il fut l'un des trois représentants de la minorité protestante venus témoigner à la cour de leur loyauté au jeune roi et à la régente Marie de Médicis. En 1617, il présida le Synode de Vitré. Il fut désigné en 1618, avec les pasteurs D. Chamier et P. Du Moulin, comme délégué des Églises françaises au Synode national convoqué à Dordrecht par les états généraux des Provinces-Unies, mais l'interdiction royale l'empêcha de se rendre en Hollande. Au cours de ces mêmes années, Rivet s'affirme comme un redoutable controversiste scripturaire et patristique. En 1608, il publie un Sommaire et abrégé des controverses de notre temps, suivi, en 1616, du Catholique orthodoxe opposé au catholique papiste et d'une Introduction générale à l'Écriture sainte (Isagoge seu introductio generalis ad Scripturam sacram). En 1620, lors de l'épuration qui suivit en Hollande le Synode de Dordrecht, André Rivet fut appelé à une chaire de théologie à l'université de Leyde. Ainsi que le souligne Gustave Cohen (Écrivains français en Hollande dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris, 1921), il y représenta de 1620 à 1632 « non sans éloquence et sans éclat, la pensée française sous son aspect calviniste, comme de 1579 à 1587 l'y avait représentée Doneau, comme de 1593 à 1609 l'y avait incarnée Scaliger, comme, de 1632 à 1653, la personnifiera Saumaise ». Rivet est le coauteur avec ses trois autres collègues de la faculté de théologie de Leyde, J. Polyander van Kerckhoven, A. Walaeus et A. Thysius, de la Synopsis purioris theologiae, publiée en 1625, traité de dogmatique réformée appelé à une grande diffusion au xviie siècle (quatre rééditions en furent données de 1632, 1642, 1652 et 1658). Du reste, l'enseignement de Rivet, dont le renom s'étendit rapidement au-delà des frontières des Provinces-Unies, contribua, dans une très large mesure, à conférer à la faculté de théologie de l'université de Leyde la primauté dont elle devait jouir pendant plusieurs générations au sein du monde réformé.

Nommé en 1632 par Frédéric-Henri gouverneur du jeune prince Guillaume, Rivet quitta Leyde pour La Haye. Il assuma cette fonction jusqu'au mariage de son élève princier, en 1642, en même temps que celle de « pasteur de la maison d'Orange ». En 1646, il est nommé curateur, avec Constantin Huygens et Jan van Kerckhoven, de l'École illustre, ou Collegium auriacum, que Frédéric-Henri vient de fonder à Breda (ville qu'il a reconquise en 1637 sur l'Espagnol). C'est dans cette dernière ville, où il avait fixé en 1647 sa résidence, que Rivet meurt.

Outre les titres de gouverneur ou de pasteur, on trouve sur les lettres adressées à Rivet à La Haye celui de « conseiller de son Altesse le prince d'Orange ». Il n'est pas douteux, en effet, que Rivet exerça à la cour du stathouder un rôle aussi important que discret. Les lettres qu'il échangea avec nombre de correspondants, en Hollande et hors de Hollande, révèlent en lui l'homme des bons offices, très au fait de la vie des Églises réformées, mais non moins bien informé de la situation politique et militaire dans ces années cruciales qui précèdent la paix de Westphalie. Elles font encore ressortir un autre aspect, longtemps méconnu, de son activité. Dans ce carrefour de l'Europe savante qu'est la Hollande du xviie siècle, occupant une place privilégiée au cœur même d'un ample réseau d'échanges épistolaires, Rivet ne laisse pas d'apparaître comme un des membres éminents de cette Respublica litteraria et christiana qui ignorait le plus souvent les barrières politiques et confessionnelles. On sait le dialogue qu'il entretint des années durant avec Mersenne à Paris. D [...]

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  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Paul DIBON, « RIVET ANDRÉ - (1572-1651) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-rivet/