MASSON ANDRÉ (1896-1987)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le théâtre des matières

Né dans un village industriel de l'Oise en 1896, la même année qu'André Breton, Masson commence son apprentissage artistique en 1907 à l'Académie royale des beaux-arts et arts décoratifs de Bruxelles avec pour maître un « phare » du symbolisme belge : Constant Montald.

En 1912, il poursuit cette formation a priori vouée à la grande décoration, dans les ateliers de Raphaël Collin et de Paul Baudouin à l'École nationale des beaux-arts à Paris. Puis c'est la guerre : les tranchées, les morts-vivants, la blessure, la révolte antimilitariste, les hôpitaux psychiatriques – Masson a raconté tout cela dans La Mémoire du monde (1974). Engagé à l'automne de 1922 dans 1'équipe de jeunes peintres que rassemble Kahnweiler dans la galerie Simon ouverte en 1920, il en sera la figure de proue. Le symbolisme mystique de l'année 1922 va céder la place à un érotisme sans entrave, qui s'exprime d'abord dans les dessins à l'encre dits « automatiques ». La formation symboliste prépare Masson aux fêtes et aux tourments de l'inconscient, du rêve et des métamorphoses.

Quand il entre dans le groupe surréaliste en 1924 (dont il s'éloignera de 1929 à 1937, puis définitivement à partir de 1943), il y est parfaitement à 1'aise. Mais c'est un trait de sa personnalité que de ne jamais se figer dans une catégorie ou un groupe : il a – il aura toujours – de très nombreux amis écrivains ou peintres extérieurs au mouvement.

De 1924 à 1927, la première phase surréaliste de Masson serait inconcevable sans une intériorisation intense des principes de jeu, de hasard et de subversion mis au premier plan par les surréalistes. Les « tableaux de sable » conçus dans l'hiver de 1926-1927 préludent à un corps à corps de plus en plus maîtrisé et jubilatoire du peintre avec le matériau non pictural. À diverses époques, Masson reprendra l'usage du sable jeté et collé sur la toile – 1937-1939, 1942-1944, 1955-1960 –, et 1'on constate, dans la dernière période, une amplitude du geste, un goût de la surprise, qui ne sont pas sans rappeler l'attitude de Pollock au moment du dripping. Juste retour des choses, car il est indéniable que Pollock, de 1938 à 1945, a trouvé dans l'œuvre de Masson des propositions iconographiques, techniques et stylistiques qu'il a faites siennes.

La fin des années 1920 et le début des années 1930 constituent un épisode à part dans la vie de Masson : séparation en 1929 d'avec sa femme Odette Cabalé (dont il a une fille Gladys, dite Lily, née en 1920 à Paris), puis divorce en 1930 ; séjour à Grasse en 1931-1932 avec sa compagne Paule Vézelay, une femme peintre anglaise de talent ; rupture avec Kahnweiler en 1930 pour un contrat avec Paul Rosenberg. Ces années de crise sont aussi marquées par deux grandes commandes : la décoration murale de l'appartement de Pierre David-Weill à Paris, posée en 1930, puis les décors et les costumes du ballet Les Présages de Léonide Massine, créé en 1933. Après une phase dominée par un bestiaire fantaisiste et cruel, la thématique privilégiée de Masson, au début des années 1930, emprunte ses figures au mythe et à la fable antiques, sous leurs aspects les plus violents (Massacres, Enlèvements...). Domine alors un « Éros noir », repris à Sade.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  MASSON ANDRÉ (1896-1987)  » est également traité dans :

LEIRIS & CO (exposition)

  • Écrit par 
  • Pierre VILAR
  •  • 1 136 mots

Dans le chapitre « Dans l’amitié des peintres »  : […] L’expérience surréaliste de Michel Leiris est richement illustrée, après la rencontre sans aucun doute déterminante du milieu Kahnweiler à Boulogne et de Max Jacob (Gris, Masson, Lascaux, sa future épouse Louise, dite Zette), puis celle non moins décisive des amis de la rue Blomet, Miró, Tual, Jouhandeau, Limbour, Salacrou, Desnos. Les pages (rarement montrées) de la chronique graphique tenu par É […] Lire la suite

SURRÉALISME - Surréalisme et art

  • Écrit par 
  • Gérard LEGRAND
  •  • 4 884 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Le développement de l'art surréaliste »  : […] Les deux impulsions fondamentales sont fournies au mouvement surréaliste par Masson et Ernst. Le premier, qui débute presque dans la peinture (il n'a jamais participé au dadaïsme), croit pouvoir fournir d'emblée un équivalent de l'enregistrement écrit de l'«   automatisme psychique pur » par des dessins automatiques et des « peintures au sable » exécutées rapidement. Malgré leur liberté expressio […] Lire la suite

Pour citer l’article

Françoise LEVAILLANT, « MASSON ANDRÉ - (1896-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-masson/