MALRAUX ANDRÉ

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Le romancier d'avant guerre : un héros de son temps (1920-1939)

Le Malraux d'avant guerre ne s'est pas trouvé d'emblée. Seuls les spécialistes de l'œuvre s'intéresseront aux Lunes en papier (1921), écrit dans la mouvance de Max Jacob, ou même au Royaume farfelu (1928), plus tardif, dont le titre indique ce qui sera une constante, mais mineure, dans le reste de l'œuvre. Malraux va multiplier durant ces années de jeunesse des expériences assez diversifiées : animateur ou conseiller de revue d'art, technicien de l'édition, bibliophile averti, spéculateur malheureux. Un premier séjour en Indochine, en 1923, au cours duquel il se croit habilité à découper des bas-reliefs du temple de Banteai-Srey, se termine par une condamnation à trois ans de prison ferme, peine réduite en appel, puis sans doute annulée en cassation. Un second séjour, en 1925, le voit animer avec feu un journal, L'Indochine (plus tard L'Indochine enchaînée), qui proteste contre les injustices de l'empire français : cette aventure indochinoise met au premier plan un militant anticolonialiste qui tente d'organiser, en marge de son journal, le mouvement « Jeune-Annam ». Retour d'Asie, il compose un essai à deux voix, La Tentation de l'Occident (1926), qui esquisse le dialogue de deux cultures, celle de la Chine (substituée à l'Indochine) et celle de la France : ce n'est pas encore le vrai Malraux qui écrit ici, mais, avec de beaux accents, un émule de Barrès, Suarès et Claudel. Le jeune écrivain s'intègre au groupe de la Nouvelle Revue française, qui exerce alors un pouvoir sans égal sur la vie intellectuelle. Jamais Malraux n'a tant brillé, fulguré, rayonné qu'à l'intérieur de ce groupe presque fabuleux, où il éblouit Valéry et Gide, ses aînés, séduit Drieu la Rochelle et Emmanuel Berl, impressionne Maurice Sachs, qui fera de lui dans Le Sabbat un portrait remarquable ; aux Décades de Pontigny, excroissance de la revue, les improvisations encyclopédiques de ce jeune intellectuel font sensation : on en trouvera les traces dans Les Cahiers de la petite dame (Mme Théo van Rysselberghe). Avant même d'avoir donné ses chefs-d'œuvre, Malraux aura été l'étoile d'une revue qui connaît alors son âge d'or. Durant les années trente, il restera un animateur de la N.R.F. pour les éditions d'art, la littérature anglo-saxonne et l'histoire littéraire. Un certain culte de l'art, de la littérature et de l'intelligence critique ainsi qu'une grande compétence dans la fabrication de livres resteront chez lui les traits les plus profonds.

Avant tout écrivain, à partir du succès des Conquérants (1928), Malraux saura se donner une stature spectaculaire de militant, par plusieurs interventions qui mêlent au savoir-faire le faire-savoir : avec André Gide, il va à Berlin réclamer la libération de Dimitrov, emprisonné par les nazis ; à Moscou, il s'adresse aux écrivains soviétiques ; à Paris, il anime déjà des groupes d'intellectuels antifascistes. En 1935, il est le plus ardent des « compagnons de route » du Parti communiste, sans qu'on puisse trouver chez lui une véritable adhésion au marxisme, ni a fortiori une approbation du stalinisme. Mais voici que le tribun fébrile de la Mutualité devient en juillet 1936 un combattant et un chef militaire : il va pendant sept mois organiser l'escadrille España, participer aux combats aériens avec un courage incontesté, permettre aux républicains espagnols d'attendre l'arrivée des brigades internationales. Le héros intellectuel est devenu homme de guerre, et il prolongera son effort pour les républicains espagnols par la propagande, les conférences, le cinéma. La victoire finale de Franco n'ôte pas à l'intervention des volontaires français dans la guerre d'Espagne son caractère emblématique. Avant même que la guerre mondiale n'éclate, Malraux a su la vivre et la comprendre.

André Malraux

Photographie : André Malraux

Avec celle de l'intellectuel, l'écrivain engagé représente l'autre face de la politisation de la littérature au XXe siècle. Ici, André Malraux en 1945. 

Crédits : Archiv Gerstenberg/ Ullstein Bild/ Getty Images

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Dans un très curieux mouvement rétroactif, la vie réelle de Malraux est venue, après coup, authentifier ses romans. L'auteur des Conquérants donnait à croire qu'il avait eu un rôle considérable dans les événements de Canton, comme agent du Guomindang, à tel point qu'un homme aussi averti que Trotski lui reprochera plus tard d'avoir été l'un des « étrangleurs de la révolution chinoise » en 1925-1926. Drieu la Rochelle, émerveillé par ces mêmes Conquérants, estim [...]

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  • : professeur de littérature française à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Jacques LECARME, « MALRAUX ANDRÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/andre-malraux/