FRANCE ANATOLE (1844-1924)

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Une jeunesse difficile

À la différence de la plupart de nos écrivains, Anatole France n'a pas reçu la culture comme un dû. Son père, paysan illettré jusqu'à vingt ans, devint un grand spécialiste de la Révolution française ; mais sa culture demeura lacunaire. Situation très particulière que celle du jeune Anatole : il grandit dans la librairie « France » (le nom fut pris par son père), au milieu des documents rares ; mais il connaît une vie étroite et gênée, et bientôt l'amertume d'être méprisé par ses riches camarades du collège Stanislas. Sa scolarité, traversée de quelques réussites, est en général médiocre. Mais il acquiert grâce à la librairie une culture très personnelle sur la Révolution, sur l'occultisme et sur la latinité tardive, dont il est aisé de saisir l'importance pour son œuvre. Les livres ont pour ce solitaire une présence charnelle autant qu'intellectuelle. La bibliothèque est un lieu d'élection de ses romans, qui nous présentent souvent des personnages d'érudits, Bonnard, Coignard, Bergeret. Mais ces personnages, sans cesse poussés par l'amour ou par la politique, nous montrent bien aussi que France mesure les limites d'un monde uniquement livresque. Les humiliations ressenties dans son enfance sont pour beaucoup dans cette attitude, ainsi que les déboires amoureux du jeune homme. Il fut repoussé par la comédienne Élise Devoyod, par une jeune fille qui entra au couvent, par d'autres encore. Voilà de quoi revenir sur quelques jugements bien hâtifs concernant l'écrivain. Auteur d'autobiographies charmantes ? Mais si, dans Le Livre de mon ami ou La Vie en fleur, nous lisons des témoignages authentiques sur l'amour que France portait à sa mère ou à Paris, les blessures sont cachées systématiquement, et l'enfance n'est si délicieuse que parce qu'elle est fabriquée. À l'inverse, Les Désirs de Jean Servien nous en présente une version noircie, qui force sur l'amertume. France, homme léger, changeant ? Mais le personnage de la comédienne aimée vers 1860 traverse son œuvre. En 1904 il prend encore, sur elle, dans Histoire comique, une revanche imaginaire  [...]


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Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée de lettres, docteur ès lettres, professeur de littérature à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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«  FRANCE ANATOLE (1844-1924)  » est également traité dans :

JEANNE D'ARC (1412-1431)

  • Écrit par 
  • Jacques LE GOFF
  •  • 4 335 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « Jeanne après Jeanne »  : […] Jeanne avait de son vivant connu une célébrité due surtout à l'étonnement de voir la Pucelle « passer de la garde des brebis à la tête des armées du roi de France ». Au lendemain de sa mort son souvenir fut tantôt honoré, tantôt exploité, bien que, à la cour et au sommet de la hiérarchie ecclésiastique, on fût porté à faire silence sur elle pour attribuer à Dieu seul et à son intérêt pour la monar […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/jeanne-d-arc/#i_3740

Pour citer l’article

Marie-Claire BANCQUART, « FRANCE ANATOLE - (1844-1924) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/anatole-france/