ANAMORPHOSES OU THAUMATURGUS OPTICUSLES PERSPECTIVES DÉPRAVÉES, Jurgis BaltrušaitisFiche de lecture

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les erreurs de la perspective

La perspective n'étant qu'un procédé artificiel qui permet la reconstruction de l'espace et de la réalité, elle peut engendrer également la représentation d'images fausses qui ne sont que les fantômes du monde réel. Le mot « anamorphose » (apparu au xviie siècle) signifie littéralement une « forme qui revient », car il désigne précisément une inversion de perspective : « Au lieu d'une réduction progressive à leurs limites visibles, c'est une dilatation, une projection des formes hors d'elles-mêmes, conduites en sorte qu'elles se redressent à un point de vue déterminé. » Cette technique s'affirme à la Renaissance, où elle apparaît comme un moyen géométrique permettant de modifier sensiblement l'espace, grâce à l'adoption de perspectives accélérées ou ralenties : le peintre Albrecht Dürer, les architectes Daniele Barbaro, Vignole, Lomazzo en seront les théoriciens les plus importants entre le xvie et le xviie siècle. L'anamorphose devient un véritable genre pictural dans les pays du Nord, où elle se répand d'abord sous la forme des Vexierbilden (tableaux à secret). Les cours raffolent de ces images et les souverains réunissent des tableaux et des gravures anamorphotiques dans leurs collections et leurs Wunderkammern (cabinets de curiosités). Les artistes, conscients du potentiel allégorique de l'anamorphose, transcrivent grâce à elle dans leurs œuvres nombre d'allusions au rapport entre le monde apparent et sa substance cachée. L'anamorphose peut donc être rapprochée des Vanités, ces natures mortes des xvie-xviiie siècles, riches en symboles de la fugacité du temps et de la vie. Dans cette perspective, Baltrušaitis, qui consacre un chapitre entier à cette œuvre, lit les Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune (1533, National Gallery, Londres) et l'anamorphose du crâne, située au premier plan du tableau, comme une Vanité. Il donne une remarquable lecture iconologique de l'œuvre, en rapprochant sa signification religieuse d'illustres sources philosophiques (les textes de Corneille Agrippa ou l'Éloge de la folie d'Érasme).

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : chargée de recherche à l'Institut national d'histoire de l'art, Paris

Classification

Autres références

«  ANAMORPHOSES OU THAUMATURGUS OPTICUS - LES PERSPECTIVES DÉPRAVÉES, Jurgis Baltrusaitis  » est également traité dans :

ILLUSION THÉÂTRALE

  • Écrit par 
  • Elsa MARPEAU
  •  • 943 mots

L'illusion désigne généralement une fiction que l'on tient pour vraie. Elle possède un sens optique, moral et métaphysique – trois sens d'ailleurs conjoints dès Platon. Celui-ci distingue en effet le monde des apparences sensibles et celui des Idées, c'est-à-dire le réel perceptible par l'esprit seul. L'art, imitation d'une imitation, se trouve donc éloigné du réel de trois degrés. C'est au nom de […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Annamaria DUCCI, « ANAMORPHOSES OU THAUMATURGUS OPTICUS - LES PERSPECTIVES DÉPRAVÉES, Jurgis BaltrušaitisFiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/anamorphoses-ou-thaumaturgus-opticus-les-perspectives-depravees/