SOW FALL AMINATA (1941-    )

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Aminata Sow Fall, une des pionnières de l’écriture en langue française des femmes de l’Afrique sub-saharienne, est née le 27 avril 1941 à Saint-Louis, au Sénégal. Elle a suivi sa scolarité dans sa ville puis à Dakar, avant de se rendre à Paris pour des études supérieures de lettres modernes et d’interprétariat. Elle épouse Samba Sow en 1963. À son retour au Sénégal, elle enseigne d’abord à Rufisque et à Dakar. Elle est mère de sept enfants, dont le rappeur Abass Abass.

Aminata Sow Fall

Aminata Sow Fall

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Entre réalisme et poésie, entre écriture et oralité, les romans d'Aminata Sow Fall se veulent un miroir de la société sénégalaise. 

Crédits : Seyllou/ AFP

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Si, sans conteste, Aminata Sow Fall est une écrivaine majeure de la littérature sénégalaise, elle est aussi – et tout autant – une actrice culturelle de premier plan, qui a occupé des fonctions importantes dans le domaine de la formation et de la culture : citons la fondation en 1987 du Centre africain d’animation et d’échanges culturels (CAEC) à Dakar, avec la maison d’édition Khoudia, pour la promotion des jeunes écrivains, qu’elle finance en grande partie grâce à ses droits d’auteurs et aux conférences qu’elle donne à travers le monde. La liste des maisons d’édition où ses romans ont trouvé accueil en dit long sur sa recherche de publication sur le continent et sur sa percée plus lente en France, où sa création était sans doute jugée « trop locale ». Ainsi, elle publie à Dakar, aux Nouvelles Éditions africaines puis aux éditions Khoudia ; aux éditions Sépia également, qui sont consacrées exclusivement aux livres africains sub-sahariens. Désormais, certains de ses titres sont réédités au Serpent à plumes et un seul est édité directement à L’Harmattan. Plusieurs distinctions lui ont valu une reconnaissance nationale et internationale, notamment le Prix international pour les lettres africaines (1982) et le Grand Prix de la Francophonie de l’Académie française (2015).

Son œuvre littéraire est conséquente : huit romans jalonnent son parcours ainsi que des nouvelles et un essai sur la nourriture, Un grain de vie et d’espérance (2002).

Après un premier roman, Le Revenant (1976), la portée sociale de son écriture s’affirme avec force dans son second roman qui lui donne la notoriété, La Grève des bàttu. Les déchets humains (1979). Suivront L’Appel des arènes (1982), L’Ex-Père de la nation (1987), Le Jujubier du patriarche (1993), puis Douceurs du bercail (1998). En 2005, la romancière revient avec Festins de la détresse. L’Empire du mensonge (2017) insiste, comme la plupart des fictions précédentes, sur la fausseté qui imprègne la société sénégalaise, où l’on fait l’éloge de personnes malhonnêtes en passant sous silence leurs malversations. Le cadre du récit rappelle l’éducation première de l’écrivaine : Yacine règne sur le festin qu’elle est en train de préparer pour les siens et ses amis, un dimanche, en un rituel de convivialité à l’image des repas réunissant plusieurs familles (les « cours ») qui parsèment ses romans. C’est l’occasion d’échanges francs qui tournent mal, cette fois, entre Diéry, le fils, et son père, Sada, qui a fait publiquement l’éloge d’un ministre corrompu. Une fois le malaise dissipé, des flash-back éclairent la vie des principaux personnages. Aminata Sow Fall insiste sur ce qui lui est essentiel : faire sortir le pays des ornières où la corruption et les malversations l’ont plongé. Les forces profondes du Sénégal doivent prendre le dessus : « Chacun s’abreuve à la source d’un patrimoine caché depuis la nuit des temps dans les entrailles de la terre. »

Ses romans se focalisent sur des tableaux vivants de la société sénégalaise où quelques personnages forts s’impriment durablement dans l’esprit du lecteur, de l’employé à l’enseignant, du diplômé sans emploi au retraité, de l’ex-président et dictateur déchu au sage en retrait par rapport à la vénalité du présent et à la soif de promotion des nouveaux possédants. Quant aux grandes constantes de son univers, elles consistent notamment à :

– présenter un « miroir de la culture sénégalaise », en donnant toute sa part à la dimension musulmane et à la culture wolof. L’onomastique est résolument sénégalaise. Les thèmes révèlent les tensions entre l’identité d’origine et l’identité acquise ; chacune doit prendre à l’autre le meilleur, sous peine de s’embourber dans une aliénation déstructurante pour l’individu ;

– transcender le réalisme par une écriture poétique dans les évocations de la nature sénégalaise et de la culture des mets et des rencontres ;

– inscrire l’oralité à travers les chants et les contes, les mythes et légendes, toujours intégrés de façon judicieuse dans le cours de la narration ;

– intégrer la langue wolof en provoquant de constantes interférences linguistiques qui obligent le lecteur, même si la dominante du texte est en français, à prendre conscience que la langue des personnages n’est pas toujours celle-ci.

En mars 2017, Boubacar Boris Diop annonçait la substitution dans un avenir proche d’une littérature dans les langues africaines – pour le Sénégal, le wolof – à la littérature d’expression française. Nul doute que le travail sur les langues accompli dans l’écriture d’Aminata Sow Fall est l’illustration d’une transition extrêmement féconde vers d’autres générations d’écrivains sénégalais. Ses fictions se lisent avec fluidité, tant la langue est exacte et l’équilibre heureux entre réalisme et poésie. La voix narratrice, directement ou par le truchement d’un personnage, n’hésite pas à manier l’humour ou l’ironie, ne se lassant jamais de dénoncer les dérives du pays en des accusations souvent cinglantes qui ne ménagent pas les institutions en place. En contrepoint, Aminata Sow Fall inscrit les richesses culturelles et humaines d’un pays et d’un continent.

—  Christiane CHAULET ACHOUR

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Pour citer l’article

Christiane CHAULET ACHOUR, « SOW FALL AMINATA (1941-    ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/aminata-sow-fall/