AMÉRIQUE (Structure et milieu)Géologie

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Caractères généraux

Individualité et unité du continent américain

Au sens géologique, l'individualité et l'unité du continent américain sont relativement récentes. En effet, à la fin des temps carbonifères, il y a 280 millions d'années (million d'années : Ma), les deux Amériques étaient partie intégrante de la Pangée, qui rassemblait la totalité des continents, par opposition à la Panthalassa, qui formait un domaine océanique unique autour du futur océan Pacifique : ni l'océan Atlantique ni l'océan Indien n'existaient alors, non plus que la Téthys, océan aujourd'hui disparu : ces océans ne naîtront qu'au cours du Secondaire.

La première rupture dans la Pangée devait séparer deux ensembles continentaux : le Gondwana, au sud, rassemblant les futures Amériques du Sud, Antarctide, Afrique, Arabie, Madagascar, Inde et Australie ; la Laurasia, au nord, rassemblant les futures Amérique du Nord et Eurasie. Cette séparation se fit à l'occasion du développement de la Téthys, nouvel océan qui naquit à partir du Pacifique occidental et s'ouvrit progressivement en ciseaux vers l'ouest au travers de la Pangée, atteignant le domaine de la future Europe méridionale au Trias (il y a 240 Ma environ), le domaine du futur Atlantique central à la limite Trias-Lias (vers 200 Ma) et le futur domaine caraïbe à la limite Jurassique moyen-Jurassique supérieur (vers 160 Ma), pour enfin déboucher dans le Pacifique oriental à la fin du Jurassique (vers 140 Ma,). À ce stade, l'Amérique du Sud restait partie intégrante du Gondwana, et l'Amérique du Nord partie intégrante de la Laurasia, tandis que le golfe le plus occidental de la Téthys annonçait le domaine caraïbe, qui s'individualiserait complètement au cours du Crétacé.

L'indépendance des deux Amériques, du Sud et du Nord, par rapport à l'Afrique et à l'Europe allait naître avec l'océan Atlantique au cours du Crétacé et du Tertiaire. Cette indépendance apparaît au Crétacé inférieur pour l'Amérique du Sud, avec l'individualisation d'un rift continental entre Afrique et Amérique du Sud pendant le Jurassique et le Crétacé inférieur, rift qui est envahi timidement par la mer après que des formations d'évaporites (gypse, sels) se soient développées à la fin du Crétacé inférieur, les premiers dépôts franchement marins, tant au Gabon qu'au nord-est du Brésil, remontant à l'Aptien (110 Ma environ). L'Amérique du Nord se sépare progressivement de l'Eurasie au cours du Crétacé supérieur et de l'Éocène, pour s'en détacher complètement à la fin de l'Éocène (35 Ma environ). Cette histoire correspond à une nouvelle ouverture en ciseaux, du sud vers le nord, qui succède à celle de la Téthys, de l'est vers l'ouest, en lui étant superposée à l'emporte-pièce. Il y eut donc une époque – le Crétacé supérieur – au cours de laquelle l'Amérique du Sud était indépendante des autres continents, alors que l'Amérique du Nord était toujours rattachée à l'Eurasie. Le domaine caraïbe, quant à lui, n'acquit son indépendance qu'avec l'ouverture de l'Atlantique central, au milieu du Crétacé (100 Ma environ).

Indépendantes des continents dont elles se séparaient progressivement, les deux Amériques n'ont été mises en relation qu'ultérieurement : pour la première fois, semble-t-il, au milieu du Crétacé ou légèrement plus tard (vers 80 Ma ?), à la suite d'une orogenèse importante sur la façade septentrionale de l'Amérique du Sud ; pour la deuxième fois, certainement à la fin du Crétacé supérieur (vers 65 Ma), à la suite d'vne orogenèse importante sur les marges nord et sud du domaine caraïbe ; pour la troisième fois, enfin, à la limite Miocène-Pliocène (vers 5 Ma), moment où devait se compléter la bretelle volcanique de l'isthme de Panamá.

Ainsi doit-on avoir présent à l'esprit que les deux Amériques ont eu une histoire relativement indépendante et que ce qu'elles ont en commun tient au fait, d'une part, qu'elles n'ont pas cessé de faire face au Pacifique, d'autre part, qu'elles ont été séparées des autres continents par l'ouverture de l'Atlantique ; le domaine caraïbe, quant à lui, les sépara pendant l'histoire téthysienne, et les rapprocha pendant l'histoire postérieure. En quelque sorte, les deux Amériques ne se sont séparées de la Pangée que [...]

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Amériques : schéma structural simplifié

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Amérique du Sud-Afrique au Précambrien

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Amérique du Nord-Europe au Paléozoïque

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Amérique : épicentres sismiques et âge de la croûte océanique

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Écrit par :

  • : membre de l'Institut
  • : recteur à l'Académie de Nice
  • : docteur d'État, directeur de recherche au C.N.R.S.
  • : professeur à l'université des sciences et techniques de Lille, docteur ès sciences
  • : chargé de recherche au C.N.R.S., agrégé de l'Université, docteur ès sciences
  • : professeur à l'université de Nice-Sophia Antipolis, directeur de l'Institut de géodynamique
  • : agrégé de sciences naturelles (option sciences de la Terre), docteur d'État, professeur à l'université de Savoie
  • : maître de conférences, département de géotectonique, université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie

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Pour citer l’article

Jean AUBOUIN, René BLANCHET, Jacques BOURGOIS, Jean-Louis MANSY, Bernard MERCIER DE LÉPINAY, Jean-François STEPHAN, Marc TARDY, Jean-Claude VICENTE, « AMÉRIQUE (Structure et milieu) - Géologie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amerique-structure-et-milieu-geologie/