AMÉRINDIENSAmérique du Nord

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Les premières nations

Une économie rationnelle et diversifiée

Les économies tribales n'étaient nullement conduites au jour le jour mais extrêmement diverses ; qu'il s'agisse de l'agriculture (régions à l'est des Plaines, au sud des Grands Lacs, le long des fleuves et points d'eau des régions arides du Sud-Ouest), de la chasse (régions subarctiques et du Nord), de la pêche (côte pacifique et rivières à saumon), de la collecte (Californie), ces économies reposaient sur une organisation rationnelle et un savoir considérable. On a dénombré 1 000 espèces végétales et 1 500 espèces animales entrant dans l'alimentation. Les Indiens utilisaient des méthodes de conservation et de stockage, intervenaient de façon discrète sur le milieu. Ces économies ne visaient pas à surproduire, à exploiter le monde en vue d'un profit ; elles ignoraient toute spécialisation dans la division du travail, y compris entre sexes. Aucune tribu ne s'appuyait sur un seul type de ressources, mais exploitait selon les circonstances le plus grand nombre de celles-ci, ce qui limitait les risques de pénurie et assurait à la communauté, à chaque groupe domestique, une totale autonomie. Les Indiens se rencontraient fréquemment d'un peuple à l'autre ; on peut suivre de longues routes commerciales du Texas à la Californie, du Saint-Laurent aux Plaines. Des peuples nomades, tels les Apaches, occupant les Plaines, et des peuples sédentaires, tels les Pueblos agriculteurs du Nouveau-Mexique se rencontraient chaque hiver lorsque les premiers venaient apporter viande, peaux, sel aux seconds et en recevaient maïs, poteries, tissus de coton.

Les économies indiennes dans leur diversité reposaient sur des choix, des actes de liberté, une conception différente de celle des Européens ; si les Indiens du xvie siècle ont une curiosité enjouée pour les outils, les armes de leurs visiteurs, ils ne montrent pas d'avidité à les posséder. Ici et là ils ajoutent blé et plantes à leur agriculture, les Navajos élèvent des moutons, d'autres adoptent le cheval, Navajos et Pueblos l'orfèvrerie, tout cela témoigne du sens économique indigène tourné vers le plaisir de vivre et non vers l'avoir.

Un univers non conflictuel

Il y avait avant l'arrivée des Européens 2 000 langues indigènes. Beaucoup d'Indiens connaissaient 2 ou 3 langues, et il existait des moyens de communication intertribaux, langages par signes ou langues internationales. L'habitat était dispersé, les concentrations humaines permanentes de quelques milliers de personnes étaient rares. Il n'y avait nulle organisation politique apparente au-delà des communautés locales, nulle trace de pouvoir centralisé. Ce monde avait sa propre logique, support ou expression d'une vision du monde. Il est courant de dire que la vie indigène, dominée par la religion, était essentiellement magique et caractérisée par l'insuffisance du développement technique ; or les techniques indigènes n'étaient nullement rudimentaires, elles visaient à d'autres fins que la technologie européenne. Ces religions étaient dans leur expression extrêmement variées, ce dont les Indiens ne s'offusquaient pas, pas plus qu'ils ne cherchaient à étendre leurs propres croyances.

C'est ainsi qu'ils ont accueilli les missionnaires chrétiens, ne faisant pas obstacle à leurs entreprises aussi longtemps qu'elles ne devenaient pas violentes. Ils avaient le sens de la relativité de toute culture, et c'est au choix individuel qu'ils rapportaient toute décision en ce domaine. Les rites n'étaient pas des cultes organisés mais des rencontres. Ces peuples concevaient la pensée comme devant être échangée et partagée plutôt qu'apprise et unitaire. Ce qui existe trouve autour de lui les éléments nécessaires à la vie. L'univers est solidarité, l'existence n'y est pas concevable isolément. Le cycle des éléments et saisons influe sur tout ce qui est. Les êtres vivants sont liés par leur respiration, leur alimentation, leur expérience sensible, leurs actes, et tout moment, tout être, toute chose est en communication avec l'univers. Ils ne conçoivent pas l'être humain comme une espèce au-dessus des autres formes d'existence, image d'un dieu au sommet de l'évolution, ni non plus écrasé par une nature hostile. L'univers n'est aucunement conflictuel ; l'homme, plutôt que dominer ou exploiter le monde, doit vivre en harmonie avec lui, puisque sa vie lui est donnée. Il y gagne sa liberté. Il n'y a pas deux êtres, deux moments, deux choses qui soient identiques, chaque chose est l'aboutissement de l'univers, l'aboutissement unique. Toute existence est absolue, est pouvoir. Le mal, la souffrance ? Les Indiens ne sont pas obsédés par la mort, ils ne fuient pas sa réalité puisqu'ils vivent de la mort des choses, plantes, animaux. De même ils ne conçoivent pas de mal en soi ; des choses peuvent entrer en conflit, il s'agit alors de réparer, de retrouver le sens de l'harmonie entre elles. Tel était le sens des thérapeutiques et de la résolution des conflits, par la confiance et la réconciliation.

Le territoire n'est propriété ni des membres ni même de la tribu, il a sa propre vérité ; les Indiens n'ont pas disputé aux Européens le droit de s'installer, les ont même aidés. Le territoire est chair de la tribu, il la crée. En vivant avec ce qui l'entoure, en être autonome et responsable, l'être humain peut trouver sa liberté et sa vérité personnelles. C'est le sens de l'attachement extrêmement fort des tribus à leur environnement.

La tribu est la rencontre et non la somme de ceux qui la composent. Les structures sont l'émanation du quotidien. Elle ignorait les règles majoritaires, si un consensus ne peut être atteint, chacun suit la voie qui lui semble la meilleure.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 16 pages

Médias de l’article

États-Unis, XIXe siècle

États-Unis, XIXe siècle
Crédits : Encyclopædia Universalis France

carte

Reddition de Geronimo

Reddition de Geronimo
Crédits : Education Images/ Universal Images Group/ Getty Images

photographie

Commerce des fourrures

Commerce des fourrures
Crédits : Hulton Getty

photographie

Leçons d'agriculture

Leçons d'agriculture
Crédits : Kurt Hutton/ Picture Post/ Getty Images

photographie

Afficher les 6 médias de l'article


Écrit par :

  • : professeur adjointe, département d'anthropologie, université de Montréal
  • : maître de conférences à l'université de Paris-VII (U.F. d'anthropologie-ethnologie)

Classification

Autres références

«  AMÉRINDIENS ou INDIENS D'AMÉRIQUE  » est également traité dans :

AMÉRINDIENS - Amérique centrale

  • Écrit par 
  • Georgette SOUSTELLE
  • , Universalis
  •  • 7 493 mots
  •  • 1 média

L'empire aztèque s'est écroulé le 13 août 1521, jour de la prise de Mexico-Tenochtitlán par l'armée d'Hernán Cortés, armée composée en majeure partie d'Indiens désireux de secouer le joug aztèque. Au cours des années suivantes, l'occupation espagnole s'étendit aux autres régions du Mexique et à l'Amérique central […] Lire la suite

AMÉRINDIENS - Hauts plateaux andins

  • Écrit par 
  • Carmen BERNAND
  •  • 4 680 mots

Les peuples amérindiens des hauts plateaux andins sont les héritiers de traditions millénaires. Ces civilisations préhispaniques, dont on ne peut ici retracer la diversité, possèdent des traits distinctifs : une hiérarchie sociale très marquée qui n'exclut pas un fort communautarisme ethnique et se reflète dans les cités et les monuments qui jalonnent l'histoire de cette région ; une économie agri […] Lire la suite

AMÉRINDIENS - Amazonie et Guyanes

  • Écrit par 
  • Simone DREYFUS-GAMELON, 
  • Universalis
  •  • 5 645 mots
  •  • 2 médias

Les premiers établissements humains en Amérique du Sud remonteraient à environ 15 000 ans avant J.-C. Situés dans les régions côtières du Venezuela et de la Colombie, ils indiquent un peuplement d'origine septentrionale, introduit par l'isthme de Panamá, répandu peu à peu le long du littoral et pénétrant au cœur du continent par les voies fluviales. Du syst […] Lire la suite

ALLEN PAULA GUNN (1939-2008)

  • Écrit par 
  • Universalis
  •  • 569 mots

Poétesse, romancière et essayiste américaine, Paula Gunn Allen mêle dans son œuvre les influences du féminisme et de ses racines amérindiennes. Paula Gunn Allen, née Paula Marie Francis le 24 octobre 1939 à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, est la fille d'un Américain d'origine libanaise et d'une métisse qui compte des ancêtres Laguna, Sioux et Écossais. La jeune femme abandonne l'université pou […] Lire la suite

AMAZONIE

  • Écrit par 
  • Martine DROULERS
  •  • 3 265 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « La reconnaissance de la bio et de la sociodiversité »  : […] Avec 15 à 20 p. 100 du total des espèces de la terre, l'Amérique du Sud tropicale est une des régions de la planète les plus riches en biodiversité, notamment pour la flore. Six pays amazoniens figurent parmi les douze pays les plus riches en diversité biologique. La Colombie est au premier rang mondial pour la biodiversité des vertébrés – en excluant les poissons, car sinon le Brésil arrive au p […] Lire la suite

AMÉRIQUE (Structure et milieu) - Géographie

  • Écrit par 
  • Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, 
  • Danièle LAVALLÉE, 
  • Catherine LEFORT
  •  • 18 056 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Le substratum indien »  : […] Au moment de la conquête, il existait donc une population indigène, mais les estimations varient extraordinairement : 4 ou 50 millions ? L'hypothèse la plus vraisemblable estime à quelque 12 millions la totalité de ces groupements primitifs. L'imagerie populaire qualifie les Indiens de Peaux-Rouges ; la science les range dans la catégorie des Jaunes. La couleur de leur peau va du gris-jaune clair, […] Lire la suite

AMÉRIQUE (Histoire) - Amérique espagnole

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre BERTHE
  •  • 21 938 mots
  •  • 13 médias

Dans le chapitre « La société »  : […] La réussite et l'ascension sociale d'une minorité ne doivent pas toutefois abuser : la société des Indes n'en acquiert pas pour cela le caractère ouvert et la mobilité interne d'un monde dominé par l'esprit capitaliste. En fait, et quelque important que puisse y être le rôle de l'argent, elle obéit à une échelle de valeurs de type aristocratique, fondamentalement identique à celle qui règne dans l […] Lire la suite

AMÉRIQUE LATINE - La question indienne

  • Écrit par 
  • David RECONDO
  •  • 2 811 mots
  •  • 3 médias

C'est au début des années 1980 qu'un mouvement panindien émerge en Amérique latine. Au Mexique, mais aussi au Guatemala, en Colombie, en Équateur, au Pérou et en Bolivie, des organisations dirigées par une élite souvent éduquée à la ville élaborent des revendications qui vont au-delà des demandes traditionnelles de récupération de terres et d'amélioration des conditions socio-économiques des popul […] Lire la suite

NOUVEAU MONDE CHRONIQUES DU

  • Écrit par 
  • Jacques LAFAYE, 
  • Itamar OLIVARES
  •  • 3 665 mots
  •  • 8 médias

Dans le chapitre « Les conquistadores »  : […] La conquête militaire et spirituelle du Nouveau Monde, consécutive à la découverte, fut d'abord et avant tout un fait espagnol. En moins de cinquante ans de la plus formidable aventure de tous les temps, les conquistadores achevèrent, dans les grandes lignes, de conquérir l'Amérique. Les épisodes majeurs de cet exploit, et surtout ceux qui eurent pour théâtre le Mexique et le Pérou, furent consig […] Lire la suite

ANTHROPOLOGY DAY (1904)

  • Écrit par 
  • Pierre LAGRUE
  •  • 1 202 mots

Les jeux Olympiques de Saint Louis demeurent avant tout ceux de l'Amérique blanche. La guerre de Sécession est achevée depuis moins de quarante ans, la victoire du Nord sur le Sud a permis l'abolition de l'esclavage en 1865. Cette abolition ne signifie pas pour autant l'égalité des races, loin de là : malgré les 14 e et 15 e  amendements de la Constitution votés par le Congrès en 1868 et en 1870 […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marie-Pierre BOUSQUET, Roger RENAUD, « AMÉRINDIENS - Amérique du Nord », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amerindiens-amerique-du-nord/