AMÉRINDIENS Amérique centrale

Vie religieuse

Le premier soin des conquérants fut de détruire les religions indiennes et de convertir les Indiens au christianisme. La nouvelle religion, d'abord subie par les indigènes, fut ensuite acceptée volontairement, surtout dans les régions à forte densité de population du Mexique central, où la conquête spirituelle eut lieu très tôt et de manière intensive. Elle se fit avec plus de difficulté en pays maya, dans les lointaines montagnes du Centre, dans les steppes du Nord. Quelques groupes échappèrent à la conversion, d'autres furent à peine touchés. Les Indiens christianisés, c'est-à-dire la grande majorité, n'adoptèrent pas la nouvelle religion sans la modifier plus ou moins, l'adaptant à leur manière de penser. Aujourd'hui, il n'existe donc pas une seule religion dans cette zone, mais plusieurs formes de vie religieuse : catholicisme, catholicisme teinté de paganisme, catholicisme sans polythéisme mais transformé, polythéisme. Quel que soit leur univers religieux, tous les Indiens sont extrêmement pieux et observent avec ferveur leur religion.

Yaxchilan : vue extérieure du temple de l'Oiseau

Yaxchilan : vue extérieure du temple de l'Oiseau

Yaxchilan : vue extérieure du temple de l'Oiseau

Vue extérieure du temple maya de l'Oiseau à Yaxchilan, fin de la période classique, VIIe-IXe siècle.…

Les Indiens polythéistes sont une infime minorité. Citons parmi eux les Lacandons, réduits à quelques centaines dans les forêts du Chiapas. Ces Indiens ont une trentaine de divinités, qui sont censées habiter un point précis de leur territoire et qui existent aussi sous forme d'encensoirs en terre cuite auxquels les Indiens rendent un culte. Un certain nombre de Lacandons vont tous les ans en pèlerinage à l'ancienne ville maya de Yaxchilán. Chez les Huichol, où l'influence chrétienne est presque inexistante, on peut dire que le polythéisme est sans limite. L'aspect le plus singulier de leur religion est l'assimilation totale faite entre le maïs, le peyotl et le cerf. Tous les ans, de petits groupes d'Indiens Huichol font un voyage de quarante jours à Real del Catorce (San Luis Potosi) pour aller cueillir du peyotl. Tout au long de l'année se succèdent des fêtes religieuses où sont inextricablement mêlés des cultes agraires en l'honneur du maïs, des cultes en l'honneur du peyotl et de la chasse au cerf.

Les Chorti du Guatemala fournissent l'exemple d'une religion où christianisme et paganisme sont confondus. L'église est le centre de la vie religieuse, bien qu'il n'y ait pas de prêtre résidant dans le village. Le plus important des padrinos, spécialistes religieux âgés et respectés, est chargé de faire venir la pluie à la fin du mois d'avril. Les padrinos sont censés avoir reçu la permission, à la fois de Dieu et des divinités païennes, de célébrer toutes les cérémonies en rapport avec l'agriculture et les rites de transition. Dieu est placé au sommet d'un panthéon qui comprend de très nombreux êtres surnaturels, parmi lesquels figurent Chiccham, serpent à la fois unique et innombrable, Ah Q'in, dieu du soleil, de la connaissance et des pouvoirs magiques, les saints patrons des villages et des familles, souvent associés aux divinités païennes. La représentation des dieux païens ayant disparu depuis longtemps, les saints sont les seules divinités qui existent sous une forme matérielle. Dans chaque village, la fête du saint patron est la plus importante de toutes. Dans la même région, les croix tiennent une grande place dans la vie religieuse.

Le polythéisme, dont on vient de donner quelques exemples, n'est plus pratiqué que par une petite minorité de groupes indigènes. La religion de la grande masse des Indiens est une religion chrétienne, d'où tout paganisme proprement dit est exclu, et où la première place revient non pas au culte rendu à Dieu, mais à celui rendu aux saints par l'intermédiaire des confréries ou majordomies. Des hommes et des femmes se groupent en association, en vue de célébrer la fête d'une des statues de saints contenues dans l'église. Une fête de majordomie[...]

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Écrit par

  • Georgette SOUSTELLE : maître de recherche au C.N.R.S.
  • Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis

Classification

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Yaxchilan : vue extérieure du temple de l'Oiseau

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Vue extérieure du temple maya de l'Oiseau à Yaxchilan, fin de la période classique, VIIe-IXe siècle.…

Autres références

  • ALLEN PAULA GUNN (1939-2008)

    • Écrit par Universalis
    • 566 mots

    Poétesse, romancière et essayiste américaine, Paula Gunn Allen mêle dans son œuvre les influences du féminisme et de ses racines amérindiennes.

    Paula Gunn Allen, née Paula Marie Francis le 24 octobre 1939 à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, est la fille d'un Américain d'origine libanaise et d'une...

  • AMÉRIQUE LATINE - La question indienne

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    C'est au début des années 1980 qu'un mouvement panindien émerge en Amérique latine. Au Mexique, mais aussi au Guatemala, en Colombie, en Équateur, au Pérou et en Bolivie, des organisations dirigées par une élite souvent éduquée à la ville élaborent des revendications qui vont au-delà...

  • AMÉRIQUE (Histoire) - Amérique espagnole

    • Écrit par Jean-Pierre BERTHE
    • 21 855 mots
    • 13 médias
    ...main-d'œuvre, car les colons entendent bien ne pas travailler de leurs mains les terres et les mines. Étrangers aux conceptions européennes du travail, les Indiens, par ailleurs pressurés et exploités, fuient les entreprises espagnoles. Le gouverneur organise bientôt le travail forcé en concédant aux colons...
  • AMÉRIQUE (Structure et milieu) - Géographie

    • Écrit par Jacqueline BEAUJEU-GARNIER, Danièle LAVALLÉE, Catherine LEFORT
    • 18 105 mots
    • 9 médias
    ...maintes hésitations, reconnaître le statut d'homme (bulle du pape Paul III en 1537), se fondent donc sur la Bible et les textes des auteurs grecs et latins. C'est ainsi que les « Indiens » d'Amérique sont tour à tour considérés comme descendants des Assyriens, des Phéniciens, des Égyptiens, des Hébreux, des...
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Voir aussi