AMÉRINDIENSAmazonie et Guyanes

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Histoire culturelle

Les premiers immigrants nomades, vivant de chasse, de pêche et de cueillette, utilisant pour la confection de leurs outils et de leurs abris surtout des matériaux périssables d'origine végétale ou animale, ont laissé peu de traces. En climat tropical humide, aucune matière organique ne se conserve ; seuls, donc, quelques débris osseux et de rares objets lithiques donnent à l'archéologue une bien pauvre idée de l'équipement technique des sociétés préagricoles. Rien n'interdit de supposer que celles-ci ne surent pas, aussi bien que les chasseurs-cueilleurs des temps historiques, tirer parti du milieu naturel. Plusieurs millénaires séparent les vestiges primitifs des tessons qui, vieux d'environ 5 000 ans et provenant des terres basses du nord de la Colombie, prouvent qu'à cette époque une importante étape culturelle avait été franchie. L'introduction de la poterie a, semble-t-il, précédé de beaucoup la domestication des plantes dans le nord-ouest de l'Amazonie. C'est seulement au cours du Ier millénaire avant J.-C., et toujours dans le nord du système Orénoque-Amazone, que la culture du manioc et la fixation en villages sont attestées. À l'embouchure du grand fleuve et dans les Guyanes, en revanche, des indices accréditent l'hypothèse d'une concomitance entre le passage à l'agriculture et la fabrication de la céramique. Plus précisément, les plus anciens fragments de poterie y sont associés à l'habitat semi-sédentaire qu'imposent les activités agricoles et qui contraste avec le nomadisme des chasseurs-cueilleurs.

Techniques agricoles et systèmes sociaux

Peut-être importées d'Amérique centrale ou des Andes, peut-être inventées localement, les techniques agricoles se sont diffusées dans l'aire de la grande forêt. Elles constituent la base économique de toutes les sociétés amazoniennes. Celles-ci ont réalisé, au cours de leur longue histoire, une remarquable adaptation à leur milieu naturel. Le sol y est pauvre en dépit de son apparente luxuriance, l'agriculture sur brûlis ne donne pas des rendements très élevés dans les conditions où elle est pratiquée ici. Cependant l'immensité de l'espace ouvert a permis, par la dispersion des groupes, de ne pas dépasser un optimum démographique. Quand l'espace est limité, de nouvelles techniques agricoles, assurant le contrôle de l'eau, doivent être mises en œuvre, qui impliquent une organisation sociale hiérarchisée et un pouvoir assez fort pour disposer de la main-d'œuvre. C'est la solution qu'avaient adoptée les insulaires des Antilles et les habitants des plaines côtières de la région circumcaraïbe. Là avaient été édifiées des civilisations en beaucoup de points semblables à celle de l'Amazonie, mais qui en différaient par leurs structures politiques.

Une telle organisation s'est implantée aussi, tardivement, dans la grande île de Marajó (47 694 km2), située presque sous l'équateur, à l'embouchure de l'Amazone. Succédant à des « phases culturelles » de type amazonien et plus particulièrement guyanais, la civilisation de Marajó proprement dite a atteint son plein développement au xiiie ou au xive siècle de notre ère. Elle a laissé de superbes poteries polychromes, modelées et peintes aux motifs géométriques, une décoration anthropomorphe et zoomorphe, de nombreux objets et statuettes d'argile dont la destination est inconnue, des tombes luxueuses et des tertres impressionnants (certains ont 8 m de haut, 120 m de long, 40 m de large). Mais les plaines limoneuses de Marajó, formées par les alluvions de l'Amazone, se transforment en lacs et marais à la saison des pluies, puis en campos au sol durci et craquelé par le soleil quand arrive la sécheresse. Aucune trace de canaux de drainage et d'irrigation n'y a été relevée. Rapidement la civilisation de Marajó s'est étiolée, jusqu'à disparaître complètement. On suppose que, originaire des vallées équatoriennes ou colombiennes, pénétrée d'influences andines, transplantée par migration, cette civilisation complexe n'a pas survécu dans un environnement hostile et différent, faute d'y avoir réalisé une nouvelle adaptation. Les raisons de son déclin sont peut-être du même ordre que celles qui ont provoqué la disparition brusque et inexpliquée des établissements maya des plaines tropicales du Guatemala. À l'arrivée des Portugais, le genre de vie des descendants des Marajó ne se distinguait plus guère de celui de leurs voisins amazoniens.

Conquête européenne et extinction des Indiens

Au moment de la conquête européenne, les Indiens de l'Amazonie et de son pourtour, groupés selon les liens de parenté dans des villages ou de grandes maisons communautaires, vivaient des produits de leurs plantations, de la forêt et des fleuves. Bien qu'il soit très difficile d'évaluer le chiffre de la population avant la venue des Blancs, on estime qu'elle pouvait être de l’ordre de quatre à cinq millions à la fin du xve siècle. Au début du xxie siècle, les estimations de la population indienne dans cette même région oscillent entre 250 000 et 400 000 individus. Depuis quatre siècles, l'histoire des Indiens de l'Amazonie est celle de leur disparition. Épidémies souvent volontairement propagées (au début de ce siècle et récemment encore, on disposait sur les chemins menant aux villages des cadeaux contaminés par la variole ou la rougeole), maladies apparaissant après le passage de visiteurs étrangers, même pacifiques, mais porteurs de germes inconnus dans la forêt, massacres systématiques par le feu ou le poison pour vider de leurs occupants des terres convoitées, travail et regroupements forcés ont été les facteurs de l'extermination des Indiens. Dans la plupart des cas, les survivants du génocide ont été victimes de la désagrégation de leurs structures sociales traditionnelles, provoquée par la volonté missionnaire, la pénétration des aventuriers, le climat d'insécurité entourant même les villages les plus éloignés, le contact omniprésent avec une société marchande et dominatrice qui s'est toujours acharnée à détruire les valeurs qui lui sont étrangères. Dans les années 1970, on pensait les Indiens du Brésil en voie d'extinction totale, malgré une protection légale qui devait leur garantir la possession de territoires (création par décret, en 1961, du Parc national du Xingú), mais qui était battue en brèche par les pouvoirs économiques et politiques locaux. Les recensements réguliers ont montré depuis lors, au contraire, une certaine reprise de la croissance démographique dans beaucoup de groupes, et une résistance inattendue des cultures indiennes, naguère dissimulées par honte ou par crainte, et aujourd'hui revendiquée avec fierté. On dénombrait ainsi en 2005 pour le seul Brésil 225 ethnies parlant près [...]

Indiens d'Amazonie

Photographie : Indiens d'Amazonie

Bus traversant un territoire indien en Amazonie. L'irruption brutale du monde blanc a presque toujours signifié pour les Indiens la destruction de leur culture. 

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Yagua

Photographie : Yagua

Les indiens yagua vivent sur la frontière entre le Brésil et le Pérou. 

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  • : directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, responsable de l'équipe de recherche en ethnologie sud-amérindienne associée au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Simone DREYFUS-GAMELON, « AMÉRINDIENS - Amazonie et Guyanes », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/amerindiens-amazonie-et-guyanes/