A.F.L.-C.I.O. (American Federation of Labor-Congress of Industrial Organizations)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'American Federation of Labor

Dans l'histoire sociale du monde occidental, le cas américain a été notoirement brutal. Comme l'écrivent Philip Taft et Philip Ross (in H. D. Graham et T. R. Gurr dir., The History of Violence in America) : « Les États-Unis ont eu l'histoire du travail la plus sanglante et la plus violente de toutes les sociétés industrialisées. » D'après les sources de l'époque qu'ils citent, il y eut, par exemple, entre janvier 1902 et septembre 1904, époque qui n'est troublée par aucune grande grève, 198 morts et 2 000 blessés dans diverses grèves locales et lock-out.

Naissance de l'A.F.L.

L'histoire du syndicalisme américain est particulièrement ancienne. Avant même la Déclaration d'indépendance (1776), les artisans se regroupent en sociétés d'entraide pour parer à la maladie ou au décès des adhérents. Très rapidement, à la fin du xviiie siècle, des organisations de défense se constituent, par métier (charpentiers, imprimeurs ou cordonniers) dans les villes les plus importantes comme Boston, New York ou Philadelphie, pour s'opposer aux réductions de salaire que leur imposent les employeurs. Apparaissent alors les techniques qui deviendront traditionnelles du syndicalisme, la grève notamment. Très rapidement, la réponse des employeurs sera de recourir aux tribunaux : la technique deviendra, elle aussi, traditionnelle. Dès 1806, des syndicats sont poursuivis et condamnés pour « conspiration dans le but de limiter le commerce », selon la doctrine anglaise de common law qui estimait que toute tentative des travailleurs pour s'organiser afin d'obtenir de meilleurs salaires constituait en fait une conspiration contre le bien public.

Ces attaques, couronnées de succès, contre les syndicats et la récession provoquée par la guerre de 1812 contre l'Angleterre et par les difficultés dues aux guerres napoléoniennes en Europe se conjuguent pour ralentir la progression syndicale. Pourtant, le développement économique et les débuts de l'industrialisation vont permettre la renaissance d'un mouvement syndical qui commence même à établir des liens de ville à ville. Sa croissance est facilitée par une décision d'un juge municipal de Boston (Commonwealth c. Hunt, 1842) qui reconnaît la légalité des associations de travailleurs. Mais si le statut légal des syndicats n'est ainsi plus mis en cause, leurs méthodes (grèves ou boycottages) pour obtenir la satisfaction de leurs revendications restent, pour des décennies encore, du domaine des tribunaux qui n'hésitent pas à condamner les syndicats.

Ce n'est qu'à l'occasion de la guerre civile que naîtra, en 1864, le premier syndicat national, l'International Industrial Assembly of North America, dont l'existence est d'ailleurs brève. La National Labor Union lui succède en 1866, qui ne survivra que jusqu'en 1872. Elle se bat pour la journée de huit heures, adoptée par le Congrès pour les employés fédéraux en 1868. Mais le syndicat se politise et son échec aux élections de 1872 entraîne sa disparition. En 1869, les Chevaliers du travail (Knights of Labor) sont fondés par des catholiques irlandais. Ouverte à tous, ouvriers de métier et ouvriers d'industrie, l'organisation tente de dépasser le vieux conflit sur la forme que doit prendre le syndicat. Quinze ans plus tard, les Chevaliers regroupaient déjà 700 000 adhérents. En 1886, au Canada, ils étaient condamnés par l'Église qui leur reprochait de s'être organisés en société secrète afin de mieux assurer leur sécurité. Aux États-Unis, le cardinal Gibbons et Mgr Ireland intervinrent pour éviter une condamnation similaire, mais ils profitèrent de l'occasion pour dénoncer les dangers du « séparatisme » catholico-irlandais au sein d'une société protestante. Ils amorçaient ainsi l'américanisation du catholicisme en encourageant le gros des troupes des Chevaliers du travail à adhérer à l'American Federation of Labor.

Celle-ci avait été précédée en 1881 par la Federation of Organized Trades and Labor Union qui devint en 1886 l'American Federation of Labor sous la direction de Samuel Gompers (1850-1924), membre du syndicat des ouvriers des manufactures de tabac et président de sa section locale de 1874 à 1881. À ce titre, après la leçon de la grande crise économique de 1873, il entreprit, avec Adolphe Strasser, de réorganiser la Cigar Maker's International Union sur le modèle de [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 11 pages

Médias de l’article

Manifestation de Haymarket

Manifestation de Haymarket
Crédits : AKG

photographie

A.F.L.-C.I.O. : évolution du nombre de syndiqués

A.F.L.-C.I.O. : évolution du nombre de syndiqués
Crédits : Encyclopædia Universalis France

graphique

Afficher les 2 médias de l'article


Écrit par :

  • : rédacteur en chef du journal "Le Monde diplomatique".
  • : directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques

Classification

Autres références

«  A.F.L.-C.I.O. (American Federation of Labor-Congress of Industrial Organizations)  » est également traité dans :

ALTERMONDIALISME

  • Écrit par 
  • Christophe AGUITON, 
  • Isabelle SOMMIER
  •  • 5 468 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « La mobilisation du mouvement syndical »  : […] Mais l'enjeu majeur se situe dans le rapport aux syndicats, qui sont encore, et de loin, la composante la plus nombreuse et la plus structurée des mouvements sociaux et citoyens. Aux États-Unis, le syndicalisme, organisé dans une confédération unique, l'A.F.L.-C.I.O., était présent massivement à Seattle et à Washington. C'est une rupture importante avec une histoire récente où les syndicats restai […] Lire la suite

CONFÉDÉRATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES (C.I.S.L.)

  • Écrit par 
  • Paul CLAUDEL
  •  • 509 mots

Environ un an après la scission intervenue à la Fédération syndicale mondiale (F.S.M.) en janvier 1949, les organisations qui ont rompu tiennent la conférence constitutive d'une nouvelle Internationale syndicale. L'anticommunisme est commun aux centrales américaine, anglaise et européennes qui prennent l'initiative de la Conférence de Bruxelles (déc. 1949), mais il cache bien des divergences : pou […] Lire la suite

FÉDÉRATION SYNDICALE MONDIALE (F.S.M.)

  • Écrit par 
  • Paul CLAUDEL
  •  • 1 267 mots

La montée des fascismes avive, à la fin des années 1930, le désir d'unité des forces syndicales à l'échelle mondiale ; aussi l'Internationale syndicale rouge décide-t-elle de disparaître en vue de rejoindre la Fédération syndicale internationale (F.S.I.). Mais survient la guerre et les choses en restent là. Des initiatives prises dès 1942 par diverses centrales syndicales, européennes et américain […] Lire la suite

GOMPERS SAMUEL (1850-1924)

  • Écrit par 
  • François BROUSSE
  •  • 747 mots

Né à Londres, de parents d'origine hollandaise qui émigrent en 1863 à New York, Samuel Gompers, après avoir suivi jusqu'à l'âge de dix ans des études dans une école libre israélite, devient ouvrier cigarier. C'est en travaillant dans les petites entreprises de fabrication de cigares de la région new-yorkaise qu'il connaît ses premières expériences d'action syndicale. Gompers adhère en 1864 au synd […] Lire la suite

HOFFA JIMMY (1913-1975 env.)

  • Écrit par 
  • Alain CLÉMENT
  •  • 1 042 mots

James Riddle Hoffa est né dans une bourgade de l'Indiana en 1913. Son père, de souche germanique (la consonance italienne est trompeuse), était mineur. Il meurt de la silicose en 1920. Quatre ans plus tard, sa veuve se fixe à Detroit avec ses quatre enfants (James est le second). La famille est dans la gêne. Élève assidu mais médiocre, James quitte très tôt l'école, sans autres atouts que sa vigue […] Lire la suite

LEWIS JOHN LLEWELLYN (1880-1969)

  • Écrit par 
  • François BROUSSE
  •  • 694 mots

Fils d'un mineur gallois fixé dans l'Iowa, John Lewis suit, professionnellement et syndicalement, la tradition paternelle. Il impose rapidement ses talents de lutteur, d'organisateur et son ambition. À vingt-six ans, il devient le chef d'un syndicat local de mineurs de l'Illinois ; cinq ans plus tard, il entre dans les services centraux de l'United Mine Workers (U.M.W. ; Syndicat uni des mineurs). […] Lire la suite

MEANY WILLIAM GEORGE (1894-1980)

  • Écrit par 
  • Marie-France TOINET
  •  • 794 mots

Ce n'est que quelques mois avant sa mort que William George Meany se résolut à quitter, au mois d'août 1979, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, la présidence de la centrale syndicale américaine American Federation of Labor-Congress of Industrial Organizations (A.F.L.-C.I.O.). Il avait régné sur la centrale pendant trente-six ans, ayant eu la carrière caractéristique d'un syndicaliste américain. App […] Lire la suite

REUTHER WALTER PHILIP (1907-1970)

  • Écrit par 
  • Pascale GRUSON
  •  • 1 070 mots

Importante personnalité du syndicalisme américain. D'abord outilleur chez Ford en même temps qu'il suivait les cours de la Wayne University de Detroit, Walter Reuther prit part au syndicalisme militant après la crise de 1929 et la promulgation du National Recovery Act, lequel marquait la collaboration sous certaines conditions de l'American Federation of Labor (A.F.L.) à la mise en œuvre du New De […] Lire la suite

SOCIALISME - Histoire des mouvements socialistes (1870-1914)

  • Écrit par 
  • Daniel LIGOU
  •  • 8 059 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Dominions britanniques et Amérique du Nord »  : […] Aux États-Unis et au Canada, le socialisme a subi un échec à peu près complet dont les causes sont multiples : divisions en factions, médiocre impact sur les organisations syndicales, inadaptation des thèmes essentiels de la social-démocratie allemande à la réalité américaine, libéralisme des structures politiques. Il y a cependant eu, aux États-Unis, entre 1904 et 1912, un certain impact de la s […] Lire la suite

SYNDICALISME

  • Écrit par 
  • Guy CAIRE, 
  • Thomas LOWIT
  •  • 13 169 mots

Dans le chapitre « Rôle international du syndicalisme »  : […] La Première Guerre mondiale, qui avait entraîné l'éclatement d'un certain nombre de centrales syndicales nationales, a aussi engendré un pluralisme syndical international. La première internationale syndicale née en 1913 disparaît dès le mois d'août 1914, mais une série de conférences préparent sa reconstitution, qui se réalise en août 1919 à Amsterdam. L'année d'après se forme à La Haye une Conf […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

4-18 août 1997 États-Unis. Conflit chez U.P.S.

Le 12, l'A.F.L.-C.I.O., la grande confédération syndicale américaine, annonce son intention de soutenir financièrement le mouvement. Celui-ci reflète le sentiment des syndicats et des salariés que la reprise économique dans leur pays se fait à leurs dépens. La grève apparaît comme relativement populaire, en dépit des perturbations qu'elle provoque dans la vie du pays. […] Lire la suite

19 septembre 1981 États-Unis. Manifestation syndicale contre la politique économique du président Ronald Reagan

Une « journée de solidarité » est organisée à Washington, à l'initiative de l'A.F.L.-C.I.O., fédération de syndicats qui regroupe 13 millions et demi de membres. Cette manifestation rassemble plus de 250 000 personnes, ce qui ne s'était pas vu à Washington depuis les grandes marches des années soixante pour les droits civiques ou contre la guerre du Vietnam. […] Lire la suite

Pour citer l’article

Claude JULIEN, Marie-France TOINET, « A.F.L.-C.I.O. (American Federation of Labor-Congress of Industrial Organizations) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/american-federation-of-labor-congress-of-industrial-organizations/