ALTÉRITÉ, philosophie

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L'affirmation du sujet : le « cogito » cartésien

Commençons donc par ce qu'Edmund Husserl nommait « la proto-fondation cartésienne de l'ensemble de la philosophie des temps modernes ». Le cogito cartésien se veut un fondement ultime, résidu d'un doute radical naissant de la remise en cause du savoir : le sujet qui doute fait table rase de toutes les opinions jusqu'ici reçues en sa créance, il exclut de lui tout ce qui n'est pas évident, il se persuade que rien n'a jamais été, afin de parvenir à une certitude première indubitable. Le terme du doute sera atteint lorsqu'on aura découvert « une chose qui soit certaine et véritable ». Or, nonobstant l'hypothèse d'un malin génie trompeur, il n'en reste pas moins vrai que je pense, donc que je suis. Le cogito exprime la conscience de soi-même du sujet pensant. Au sein même du doute, je découvre mon existence et mon essence. À la question : qui suis-je ? la réponse est donc : une chose qui pense, qui doute, un esprit, un entendement, une raison. La seule positivité qui persiste est celle de l'ego cogito et de ses cogitationes.

Or les Meditationes de prima philosophia ou Méditations métaphysiques (1641), dont l'objectif est de déterminer avec certitude l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, ne convoquent les autres ego que pour les faire disparaître sous le coup du doute radical, les « vrais hommes » de la seconde Méditation ne se voyant pas attribuer plus de « visage » que le morceau de cire dont la vérité intrinsèque se trouve dans la seule substance matérielle. Pour pouvoir sortir du solipsisme (solus ipse), il faut postuler l'hypothèse du Dieu vérace. Mais, pour que la reconnaissance de l'altérité de Dieu, de l'idée d'Infini, c'est-à-dire du « tout Autre », pût offrir un accès à l'altérité d'autres ego, encore aurait-il fallu que Descartes permît [...]

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Sylvie COURTINE-DENAMY, « ALTÉRITÉ, philosophie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 avril 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/alterite-philosophie/