ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES)Littératures

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Le temps du soupçon (1945-1989)

1945 n'est pas l'année zéro

La fin de la guerre laisse les pays de langue allemande dans des situations matérielles et morales très différentes. Le fait nouveau est évidemment, en 1949, la naissance de la RDA dont la littérature, reposant sur des présupposés particuliers, mérite un développement spécifique.

Le vide relatif laissé par les ruines matérielles, la liquidation de l'héritage moral et linguistique du nazisme est, dans un premier temps, comblé par les zones périphériques, la Suisse et surtout l'Autriche, dont la place ne cessera d'ailleurs de grandir. La Suisse, grâce au théâtre de Zurich, donne à l'Allemagne les deux grands dramaturges de l'après-guerre. Même si leur pays est resté à l'écart, Friedrich Dürrenmatt et Max Frisch tentent de s'expliquer les phénomènes de masse dans un théâtre de ton d'abord expressionniste, puis reprenant la parabole brechtienne volontairement privée de toute conclusion idéologique. Dürrenmatt élabore la théorie d'un grotesque seul capable d'exprimer les temps nouveaux, tandis que Max Frisch, dans ses pièces et ses romans, analyse la prison d'une identité artificiellement imposée.

L'influence autrichienne s'étendra particulièrement dans les années soixante-dix, mais elle est déjà réelle grâce à la prose d'Ilse Aichinger, aux romans, récits et poèmes d'Ingeborg Bachmann (1926-1973), où le réalisme s'allie aux symboles et au fantastique pour décrire l'effondrement et, peut-être, l'espoir.

Ce qui va devenir la RFA vit jusqu'au milieu des années cinquante sur le passé. Ce sont les aînés qui ont la parole, ceux dont les débuts remontent aux années vingt ou trente. Les « émigrés de l'intérieur », très contestés par la jeune génération, semblent peu à même de se livrer à une confrontation avec les phénomènes récents. C'est pourtant ce que Ernst Jünger tente de faire avec Héliopolis (1949), puis avec la publication de ses Journaux. Les émigrés sont de retour. Parmi eux, si Thomas Mann, installé en Suisse, démonte depuis son Docteur Faustus (1947) jusqu'à la dernière version de Felix Krull (1954) les mécanismes de la séduction et du pouvoir, Ernst Wiechert (1887-1950) s'en tient à l'idylle et aux bons sentiments.

On réclame une langue nouvelle, une « table rase », un Inventaire sans fioritures, pour reprendre le titre d'un poème de Günter Eich. Mais ceux qu'a marqués le port de l'uniforme doivent aussi liquider ce passé. Les récits de guerre et d'après-guerre foisonnent, moins sous la forme dramatique adoptée par Borchert (Devant la porte, 1947) que sous la forme du récit, assez classique dans le néo-réalisme de Hans Erich Nossack (1901-1977) ou d'Alfred Andersch (1914-1980), plus recherchée dans l'œuvre de Wolfgang Koeppen (1906-1996, Pigeons sur l'herbe, 1951).

Les années 1950-1965 : les liens du présent et du passé

Le renouvellement s'effectue, dans les années cinquante, grâce à la génération rassemblée, sans organisation rigide, autour du Groupe 47. Refusant les idéologies, ces écrivains veulent affronter la réalité de la « reconstruction adenauerienne » où ils analysent les survivances morales du passé. C'est l'ère d'un « réalisme critique » où la description sociologique s'allie aux recherches formelles qui remettent en cause le principe même de la narration subjective. Le théâtre est toujours dominé par les deux grands auteurs suisses dont se rapproche Martin Walser, qui dénonce l'utopie d'une conversion profonde de l'Allemagne (Chêne et lapins angora, 1962) et décrit dans ses romans (Couples à Philippsbourg, 1957) la société froide du « miracle économique ». L'antihéros de cette période, le personnage qui incarne la persistance d'une certaine Allemagne, c'est le petit-bourgeois, Heinrich Böll peint les milieux catholiques rhénans en morcelant et en multipliant les perspectives, comme dans Billard à neuf heures et demie (1959). La même année, [...]

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Écrit par :

  • : directrice de l'association Les Amis du roi des Aulnes, traductrice
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : professeur de langues et littératures allemandes et germaniques à l'université de Caen
  • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-Sorbonne
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'allemand, maître de conférences de littérature allemande à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Nicole BARY, Claude DAVID, Claude LECOUTEUX, Étienne MAZINGUE, Claude PORCELL, « ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Littératures », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 27 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemandes-langue-et-litteratures-litteratures/