ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES)Littératures

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L'éveil (1750-1945)

L'Aufklärung

Vers 1750, les lettres allemandes sortent soudain de l'ombre où les avaient confinées depuis un siècle les désastres de la guerre de Trente Ans. Trois écrivains en même temps : Lessing, Klopstock, Wieland. Le premier (1729-1781) est un combattant : il aime l'action, le défi, les idées nouvelles ; champion de la tolérance, s'essayant dans tous les genres à la fois, de la comédie au drame sentimental, de la critique théâtrale à la polémique religieuse, il incarne l'esprit des Lumières. L'autre, Klopstock (1724-1803), restitue d'un coup à la poésie les hautes ambitions qu'elle semblait avoir oubliées. Émule de Milton, il écrit sa Messiade, depuis six siècles la seule épopée allemande digne de ce nom ; ses Odes exaltent dans une langue pathétique toutes les formes du sentiment. Wieland (1733-1813), sceptique, licencieux, est l'interprète de ce qu'on nomme « la philosophie des grâces ». Mais, au-delà de leurs différences, les trois écrivains sont bien du même temps : ce qu'on nomme Aufklärung est la somme des trois courants : la philosophie des Lumières, le règne du sentiment (Empfindsamkeit), la légèreté du « rococo ». N'est-ce pas Lessing qui avait introduit le drame sentimental à la mode de Diderot ? Klopstock n'est-il pas le premier à célébrer la réunion des États généraux à Versailles ? Wieland n'est-il pas précepteur du futur duc de Weimar et, à son heure, théoricien de l'État idéal ? Il n'existe cependant en Allemagne ni Encyclopédie ni fronde politique ; dans ces pays de despotisme éclairé, c'est le prince qui met en œuvre les idées nouvelles ; tous les auteurs célèbrent à l'envi Frédéric II, qui ne les estime guère, et Joseph II. D'ailleurs la division de l'Allemagne est à sa manière garante de liberté ; le persécuté trouve aisément refuge en franchissant la frontière. Et si la tradition conserve le souvenir de quelques prisons cruelles et de quelques princes intolérants, la satire des cours et de l'absolutisme est monnaie courante et presque toujours acceptée. Et ces écrivains, tous issus du presbytère protestant, s'accommodent beaucoup mieux que leurs contemporains français des formes traditionnelles de la religion : Lessing peut à la fois se porter à l'appui des premiers défenseurs de la critique biblique et, dans son Éducation du genre humain destinée à élever peu à peu l'humanité à la connaissance éclairée de la divinité, chercher ses arguments dans de vieilles traditions mystiques.

Klopstock

Photographie : Klopstock

Le poète allemand Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803). 

Crédits : Hulton Getty

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Chez tous ces écrivains, cependant, l'Allemagne est à la recherche d'elle-même ; à défaut d'une unité politique, alors impensable, elle rêve d'une unité de culture. Certains s'égarent un peu dans une mythologie germanique imaginaire et dans une brève « teutomanie ». Mais tous rêvent d'une institution dans laquelle l'Allemagne pourrait prendre conscience d'elle-même : Klopstock, d'une « république des savants », Lessing, d'un théâtre national. Comme la France avait été depuis plus d'un siècle le modèle incontesté, l'Allemagne, pour se trouver, était conduite à prendre ses distances envers elle : il y a souvent quelque injustice dans les jugements que Lessing, émerveillé par la découverte de Shakespeare, porte sur les classiques français.

Le Sturm und Drang

On dénomme conventionnellement Sturm und Drang la période qui va de 1770 à 1785 environ : quinze années essentielles puisqu'elles voient naître Götz von Berlichingen (1773), Werther (1774), la version primitive de Faust (Urfaust) terminée avant 1775, ainsi que les quatre premiers drames de Schiller.

La critique allemande du xixe siècle, pour désigner cette période qui correspond à ce qu'on nomme en France préromantisme, a utilisé le titre d'un drame de l'époque, aujourd'hui fort oublié. L'expression signifie à peu près : inquiétude et violence ; c'étaient les caractères qu'on souhaitait faire apparaître comme les traits dominants de ces années : l'Allemagne, libérée d'un rationalisme d'importation, retrouvait sa nature profonde.

Il est vrai qu'un des écrivains qui dominent ces années est Herder (1744-1803), esprit tumultueux et enthousiaste, plus enclin à chercher la vérité du côté des origines, dans les temps primitifs où le langage sécrétait spontanément la poésie, que dans le progrès des [...]

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Écrit par :

  • : directrice de l'association Les Amis du roi des Aulnes, traductrice
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-IV-Sorbonne
  • : professeur de langues et littératures allemandes et germaniques à l'université de Caen
  • : ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, docteur ès lettres, professeur à l'université de Paris-Sorbonne
  • : ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé d'allemand, maître de conférences de littérature allemande à l'université de Paris-Sorbonne

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Nicole BARY, Claude DAVID, Claude LECOUTEUX, Étienne MAZINGUE, Claude PORCELL, « ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Littératures », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/allemandes-langue-et-litteratures-litteratures/